Le silence est d'abord ouverture
Si le silence
est l'exigence première du psychanalyste dans le moment de la cure, de la
séance, mais aussi hors de celles-ci, il n'est certainement pas un prétexte à
figer des impasses, un instrument de pouvoir sur l'autre ou même la preuve
donnée par le psychanalyste de sa compétence.
Face aux dérives possibles de ce silence prôné comme pierre
angulaire du cadre de la cure, érigé parfois en absolutisme d'un nouveau genre,
il convient aussi de rappeler avec force que silence n'est pas mutisme. Le
mutisme est un symptôme qui, dans la clinique psychanalytique, est étroitement
lié à la surdité, à la dénégation, au déni. Voire à l'abus, au viol, au meurtre
psychiques.
Le mutisme est contraire à l'esprit de la psychanalyse
Le mutisme du psychanalyste s'enracine dans une psychanalyse non
assez approfondie en ce qui le concerne, en une position fixatoire qui peut en
arriver à se justifier d'idéologies, de dogmes, de théories, de principes
d'écoles, pour camoufler l'abus de position dominante dont il se rend ainsi
coupable, pour masquer son incapacité ou son refus d'entendre ce qui se joue, se
trame ou se dit de part et d'autre de l'inter-transfert, cette relation
dynamique où s'explicitent peu à peu les perceptions, les affects, les
représentations, les fantaisies, les peurs, les douleurs, les souffrances, les
désespoirs, les doutes, les interrogations, les inventions, les créations, les
aspirations, les espérances, les rêves et les désirs de l'analysant(e).
Aller vers plus de liberté et plus de vie
Reste, alors, à savoir dans quelle mesure la psychanalyse
(plus largement, et à plus forte raison, toute thérapie, toute thérapeutique) ne
peut pas, parfois aussi, rendre le malade encore plus malade, le dépressif
encore plus dépressif, le fou encore plus fou…
Question redoutable puisqu'elle ébranle jusqu'aux
fondements mêmes de nos certitudes, mais question que l'on ne peut pas ne pas se
poser, car quel praticien n'aura pas rencontré ces patients rendus étrangers à
eux-mêmes, déboussolés par un " travail " qui les aura enfermés dans un ailleurs
qui n'est pas le leur, dont ils ne savent que faire, dont ils ne peuvent sortir
?
Preuve d'emprise s'il en est, dans ce lieu qui devrait
pouvoir défaire toutes les emprises, passées et présentes ?
"Éloignement de soi" provoqué par la psychanalyse ?
Chaque praticien répondra pour soi-même, pour pouvoir
répondre aussi de l'autre, cet autre qui vient à elle ou à lui, afin de défaire
la mort dans son existence et être, désormais, du côté de la vie.
Saverio Tomasella
(c)
CEM