Vocabulaire (suite)
Saverio Tomasella & Karin Trystram
Dichotomie
Duplicité.
D’après
le Petit Robert, la dichotomie est
une « phase de la lune pendant laquelle une seule moitié de
son disque est visible ». Ce terme désigne aussi une
partition duelle entre deux entités séparées et
opposées. (voir Dualité)
Au sein de la
personnalité, la dichotomie désigne une partition
artificiellement créée, pour mettre de côté tout ce
qui gêne ou ne serait pas conforme aux croyances personnelles et aux
conventions du groupe social. Un tel procédé peut pousser
l’individu à préférer porter un masque pour ne
montrer de lui que ce qui lui paraît « correct »,
quitte à faire semblant.
(voir Fiction
familiale et sociale)
Défense (Abwehr)
Stratégie de
protection contre une « agression » ou une
déstabilisation, lors d’un conflit interne au sujet. Le terme
militaire choisit par Freud insiste sur la démarche active. Le refoulement est la forme la plus
répandue des défenses psychiques. La dénégation et le rejet
en font également partie. La plupart des défenses mises en place
par un individu ont pour but de faire diminuer son niveau
d’insatisfaction, mais surtout de lui éviter douleurs et
souffrances. Parfois, il est plutôt question de refuser de voir la
réalité telle qu’elle est. Lors de la mise en place de
stratégies perverses, les défenses ont alors pour visée
principale d’assouvir la jouissance,
quel qu’en soit le prix, au mépris complet de l’autre. Il
s’agit d’éviter toute prise de conscience de ce qui est agi,
pour ne pas en répondre, donc de maintenir le déni.
Malgré la
rencontre de résistances nombreuses et variées, une psychanalyse
fait tomber peu à peu les défenses mises en place par le sujet
depuis sa toute première enfance. Plus vulnérable, apparemment,
il sera néanmoins libre d’orienter son existence dans le sens de
son désir profond et d’en répondre en nom propre.
Ø S. Freud, Les psychonévroses de défense, 1896.
Déferlement
Débordement
émotionnel. Déchaînement pulsionnel.
La personne est prise,
malgré elle, dans une décharge, parfois chaotique et
frénétique, d’émotions encore impossibles à reconnaître en soi, puis à comprendre et
à transformer. Elle peut avoir le sentiment d’être
« hors d’elle », sans parvenir à
s’apaiser et à se recentrer. Le déferlement peut être
destructeur (ou autodestructeur), érotique (ou autoérotique),
profanateur, voire meurtrier. Il est soit du domaine du seul discours, soit mis
en acte. Ce
débordement émotionnel est accompagné d’angoisse, souvent déniée, ainsi
que d’un vacillement mêlé à une crainte aiguë d’une
atteinte menaçant son identité. (voir Amplification,
Frénésie, Pulsion)
Ø Les damnés, film de Luchino Visconti,
Italie, 1969.
Déflagration
Détonation.
Explosion.
Impact d’un
choc affectif, émotionnel, relationnel, physique ou psychique, qui est
vécu par le sujet comme un déferlement incontrôlable,
une effraction insupportable, une explosion insoutenable ou une
brûlure invivable. La déflagration désigne le moment
accidentel – parfois répété - qui fera traumatisme, privant la personne de ses
capacités à faire face à la situation, puis à en élaborer l’expérience.
Elle crée une insécurité telle que l’ensemble de la
personnalité peut en être bouleversé,
déstabilisé et déstructuré. Les images du corps liées à la
déflagration sont fréquemment celles de la brûlure violente
de l’ensemble du corps par le feu ou par l’eau bouillante, de
l’explosion, de l’incendie, etc. (voir Effroi,
Sidération)
Ø
Vanilla sky, film de Cameron Crow, USA, 2002.
Dénégation (Verneinung)
Acte
d’annuler verbalement la résurgence d’une
réalité jusqu’alors occultée. Par cette façon
d’agir, le sujet, même s’il le nie de façon
appuyée, spécifie qu’il n’est pas dupe de ce
qu’il refuse encore d’accepter, et qui parvient peu à peu
à sa conscience. (voir
Négation, Refoulement)
Ø S. Freud, La dénégation, 1925.
Déni (Verleugnung)
Acte de
démenti par lequel une personne récuse – plus ou moins
consciemment - une réalité fondamentale : l’existence
de la mort, de la différence des sexes, de son engendrement par une
femme et un homme d’une autre génération, etc. Ainsi, par
exemple, le fétichiste nie la différence des sexes. Malgré
ce qu’il voit de la réalité, il continue à croire la
femme « dotée d’un pénis » et se sert
d’un « fétiche », accessoire de jouissance
sans lequel il ne peut accéder au plaisir, pour tenter de remplacer ce
manque, pour lui insupportable… Le déni est l’expression
d’un rejet radical des limites humaines. Ces limitations existentielles
barrent la croyance en sa propre toute-puissance et inscrivent le sujet dans le
champ de la loi, soumis aux interdits
du cannibalisme, de l’inceste
et du parasitage. En
définitive, le déni est la stratégie par laquelle le pervers justifie sa transgression des
interdits fondateurs et s’autorise à bafouer l’éthique, sans le moindre remords.
(voir Désaveu, Manque, Perversion)
Ø S. Freud, Le fétichisme, 1927.
Dépersonnalisation
Décalage
profond. Déréalisation. Déstabilisation intérieure.
Effondrement
de l’identité. Perte
des repères qui maintiennent la cohérence de la
personnalité. Sentiment d’irréalité. (voir Absence,
Disparition, Hébétude)
La
dépersonnalisation peut faire suite à un traumatisme ou à
des moments douloureux qui n’ont pas été accompagnés
de paroles. La personne ne sait plus qui elle est. Ses contours se dissolvent.
L’extérieur et l’intérieur se mêlent. Un fort
sentiment d’étrangeté s’installe. L’être
vit une confusion des repères de l’espace, (notamment entre sa
gauche et sa droite), ainsi que du temps (n’arrive plus à lire
l’heure ou il oublie l’heure)… Il ne se reconnaît plus
dans le miroir : il croit voir son « double
inversé », un « fantôme »
ou une « momie »…
« Dans ces
moments-là, j’avais l’impression de me diluer complètement.
Je ne savais plus qui j’étais. Je me sentais poussé
à grimacer pour assurer la continuité de mon être dans le
miroir. Comme un enfant qui découvre pour la première fois son
reflet. Seul et perdu devant la glace. »
Pour échapper à la
dissolution complète de son identité et combler son vide
intérieur, la personne peut en arriver à se confondre à un
élément de son environnement, animé ou inanimé. Par
exemple, un jeune enfant sans père se prenait pour la machine à
coudre sur laquelle travaillait continuellement sa mère…
L’enfant était devenu le rythme de la machine. (voir Automatisme,
Magie, Psychose)
Ø S. Freud, L’inquiétante
étrangeté, Gallimard, Paris, 1985.
Désaveu
Négation du déni.
Refus de reconnaître sa responsabilité,
ainsi que les intentions de ses actes et de ses paroles.
Dans certaines familles, les lois humaines, fondamentales pour permettre au petit humain de se
civiliser et d’évoluer, sont bannies. La jouissance et la négation
de l’altérité prévalent comme règles qui
maintiennent la cohésion du clan. Dans ces familles, l’ordinaire
fonctionne sur l’inceste
psychique ou physique, l’injure, la maltraitance et l’inversion.
Les membres de la famille font obstruction à
toute tentative de l’enfant pour exprimer sa subjectivité et lui
refusent le droit d’exercer sa capacité à discerner,
à s’appuyer sur ses sensations et ses perceptions pour trouver un
sens à ce qu’il vit.
Certaines personnes du clan restent liées par
des règles qu’elles savent mensongères (loyauté) et
opèrent un premier déni.
Puis, elles refusent de reconnaître leur collaboration aux
« meurtres d’âme » perpétués au
nom du groupe. Le double
déni enferme l’enfant dans un monde où tout contact avec le
subtil est découragé,
voire proscrit.
« J’ai longtemps cru que les
enfants étaient de petits animaux qui ne sentaient rien.
Jusqu’à aujourd’hui où j’ai ressenti la douleur
que j’ai eue quand mon père est rentré de la guerre. Il
était devenu complètement insensible. Il avait perdu toute son
humanité. Il n’avait plus d’âme. »
Souvent,
c’est dans l’éloignement de la famille que peuvent se nouer
d’autres alliances qui aideront la personne à traverser le rejet
de sa famille d’origine. D’abord, la personne pourra se croire
« déloyale » vis à vis de son milieu. Peu à peu, elle comprendra que
les règles auxquelles elle s’était soumise étaient
contraires aux lois de vie.
Si la personne ne
fait pas le travail nécessaire pour se dégager et se
désengager des conventions de sa famille d’origine, elle
continuera à agir le désaveu dans toutes ses relations. Elle
restera identifiée à la « bête », au
« monstre », au « petit animal », et
persistera à ignorer son identité
humaine.
Désir
Du latin desidere : dé-sidérer, sortir
de la sidération.
(voir Désastre, Sidération)
Elan vers un(e) autre, en particulier, et vers les autres, en
général. Energie qui soutient ce mouvement pour créer une
relation de découverte et de connaissance.
« Le signe du manque est ce par quoi
le sujet s’identifie à son désir. »
« L’être comme tel,
c’est l’amour qui vient à y aborder dans la
rencontre. »
J.
Lacan, Encore.
Le désir est une dynamique vers la rencontre d’un(e)
autre, différent de soi. Le désir implique une distance entre
l’autre et soi. La création d’un espace est
nécessaire pour que la rencontre puisse se réaliser et se
maintenir. Etre « en désir » requiert le
renoncement à être « collé » à
un(e) autre. Un renoncement n'est pas une résignation, c'est un acte, un
choix, qui passe par la reconnaissance d’une séparation et par l’épreuve
d’une limitation, d’un manque.
Du fait de son
immaturité (physique et psychique), le petit enfant se trouve
dépendant de la bienveillance et des soins de ses parents. Au tout
début, il cherche la satisfaction de ses besoins vitaux. Pour le
tout-petit, le besoin, sa satisfaction et la
présence de sa mère sont mêlées. Plus tard, si les
parents ne soutiennent pas l’enfant vers le chemin de son autonomie,
motrice et affective, l'enfant restera d’autant plus dépendant de
la mère, « collé » à cette relation
première. Il ne pourra accepter le manque comme une
nécessité pour désirer et aimer ; il subira ce
manque, comme une perte qu’il croira impossible à dépasser.
L'enfant ne pourra pas alors accéder à la capacité
d’exprimer des demandes et restera figé dans un
« circuit court » d’avidité : le
besoin et l’exigence de sa satisfaction immédiate. Les privations auxquelles tout humain est
confronté lui sembleront insurmontables. Elles le laisseront dans la
confusion entre le besoin et le désir. Il compense,
en s’illusionnant, pour
tenter de combler ses frustrations.
Le mouvement
d’aller vers l’autre est très différent dans un
« cycle long ». Cet élan, formulé en
paroles afin de le mettre en œuvre, amène à la
reconnaissance de soi et des autres, dans leurs différences.
L’échange, le partage et la rencontre sont vécus dans
l’altérité.
Soutenir son désir désigne l'action de maintenir le
mouvement d'aller vers l’autre, sans savoir où cela mène,
sans exigence préalable de réciprocité. L'être ne
sait pas à l'avance quel écho va engendrer sa parole. « Le
sujet n'est coupable que de céder sur son désir »,
affirmait Jacques Lacan. Ainsi, « céder sur son
désir » serait abolir la distance qui nous sépare de
l'autre en voulant le posséder.
Il s'agit au contraire de sortir de toute forme de consensus, en
maintenant la distance, la séparation : en acceptant que
l’existence de l’autre ne dépende pas soi. Le désir
ne peut se déployer que dans un espace sans entrave. Je et l’autre
sont à parité.
Le mouvement du désir est multiple. D’une part, il
s’agit d’être dans le « désir de
désir » : être désirant. D’autre
part, il est question du « désir du désir de
l'autre » (J. Lacan) : être désirant de la
désirance de l’autre pour soi, dans la réciprocité.
Il s'agit d'aller à la rencontre du désir d’un(e) autre. (voir Besoin, Collage,
Ethique, Sujet)
Il est possible de
distinguer cinq dimensions complémentaires du désir :
-
désir
de naître ;
-
désir
de s’incarner ;
-
désir
de venir au monde à partir de la matrice de cette
famille-là ;
-
désir
d’être soi-même ;
-
désir
de devenir humain en évoluant.
Le désir
concerne la singularité de chaque être humain, dans une rencontre
vivante, entre soi et un(e) autre, dans un élan sans cesse en mouvement.
Le désir, formulé par une parole vivante, prend corps dans ce
mouvement de découverte et d’échanges humanisants.
Ø Françoise Dolto, Au jeu du
désir, Seuil, Paris, 1981 ; La foi au risque de la
psychanalyse, Seuil, Paris, 1983.
Ø Sigmund Freud, L’interprétation
du rêve, PUF, Paris, 2000.
Ø Jacques Lacan, Ecrits, Seuil, Paris,
1966 ; Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil,
Paris, 1973 ; Le transfert, Seuil, Paris, 1991.
Ø Denis Vasse, Le temps du désir,
Seuil, Paris, 1997.
Destin
Croyance dans la fatalité.
« Ce que j’appelle céder sur son désir
s’accompagne dans la destinée du sujet de quelque trahison. Le
sujet trahit sa voie, se trahit lui-même ; ou plus simplement, il
tolère que quelqu’un avec qui il s’est voué à
quelque chose ait trahi son attente. »
Jacques Lacan, Séminaire VII.
Dès sa conception, l’enfant aspire
à vivre ses relations avec clarté, à partir de ses
perceptions, en contact continu avec sa sensibilité. Pourtant,
très tôt, l’enfant est confronté à des
interrogations douloureuses sur la mort et sur son incomplétude (il est mortel,
limité, d’un seul sexe et confronté à l’altérité). Si aucun adulte
présent, engagé dans sa parole singulière, ne peut l’aider
à donner sens à ces questions, l’enfant invente une mythologie personnelle. Il crée
un code pour tenter de contrôler son angoisse et fera appel
à des comportements magiques pour essayer de dominer les troubles
nés de ces questions. Il pourra utiliser des fétiches, des
incantations, des superstitions, etc. Peu à peu, ces croyances, formules
magiques ou totems seront dotés d’un pouvoir dont il deviendra
l’objet.
Dieux, idoles, stars, hommes politiques,
maîtres, gourous peuvent occuper la place du totem ou du fétiche,
mais aussi les astres, les cieux, les croyances multiples. Peu à peu,
l’enfant (puis l’adulte) justifie son existence par
« l’ironie du sort » qui l’accable. Il subit
les aléas du hasard. Il
« marchande » avec le fétiche pour que sa vie soit
plus clémente. Il se déresponsabilise de son existence. Le mal
est alors placé hors de soi : « à
cause » d’événements extérieurs, dans un système
dénigré ou du fait des « défauts »
des autres. La personne justifie ses agissements en banalisant le
« mauvais » en elle : elle se pose en victime et se
crée une fausse morale.
(voir Ethique,
Trahison)
« Ah,
la vie est injuste ! Je n’ai pas de chance. Le destin
s’acharne contre moi… »
Des constructions imaginaires de cet ordre peuvent
conduire à l’éclipse du sujet : la personne
démissionne, elle évite de s’engager dans sa vie et en son
nom, en devenant ainsi le « jouet du sort » ! Le
chemin vers l’autonomie nécessite la compréhension
et l’acceptation de ce qui conduit le sujet
à agir, dans l’interrogation persévérante des
raisons inconscientes qui déterminent ses actions, ses idées et
ses choix. En
soulevant le voile qui obscurcit sa conscience il va découvrir la
responsabilité qui lui est propre, tout en retrouvant un sens à
ses questionnements d’enfant laissés en suspens. Il est ainsi en mesure de
transformer ses attitudes, ses relations et surtout de mieux orienter son
existence… Cette fois-ci plus en accord avec lui-même. (voir Désir)
Ø
Jacques
Lacan, L’éthique de la
psychanalyse. Séminaire VII, Paris, Seuil, 1986.
Disparition
Dilution de la conscience. Dépossession de soi.
La disparition désigne un évanouissement
de la présence au monde, de l'identité et de la personne du
sujet. Elle opère par absorption des injonctions parentales et par
engluement dans les fantasmes de l’autre, lui servant
d’identité d’emprunt. La personne vit un effacement ;
elle « part dans un désert blanc ». (voir Dépersonnalisation)
Le sujet qui se sent disparaître lutte pour ne
pas être réduit aux demandes qui lui sont adressées, aux
discours le concernant et aux « projections » de son
entourage sur sa personne. La lutte peut être physique pour ne pas
s’évanouir, puis psychique pour ne pas perdre son identité
et garder contact avec la réalité. Par moment, la pression est
telle que ses efforts pour maintenir un minimum d’identité
personnelle et ne pas s’effondrer semblent représenter, pour elle,
un combat de tous les instants. (voir Enferment,
Effroi, Hébétude)
Dualité
Coexistence de deux réalités de natures différentes,
souvent présentées comme opposées : ciel/terre,
esprit/matière, ombre/lumière. Explication du monde selon deux
principes irréductibles. Certains systèmes dualistes sont
antagonistes du fait que ces réalités sont posées comme
inconciliables.
(voir Clivage, Dichotomie, Schisme)
Les « dualités » âme/corps, bien/mal,
Eros/Thanatos, esprit/matière, féminin/masculin, yang/yin ne sont
pas des dualismes antagonistes, contrairement à ce qu’ont pu
prétendre des systèmes philosophiques comme le
manichéisme.
Sortir des référentiels fondés sur des
dualités imaginaires (bourreau/victime, dominant/dominé,
prédateur/proie, mais aussi attraction/répulsion,
déplaisir/plaisir) est une des visée de la psychanalyse.
Freud appuie sa réflexion théorique sur un dualisme
fondamental – non antagoiniste du fait même de l’ambivalence
- qui serait à la source de tous les conflits. Par exemple, il parle de
« couple d’opposés » (Gegensatzpaar) pour le pervers
et son complice (le fétichiste et son fétiche ; le
sadique et le masochiste ; le voyeuriste et l’exhibitionniste),
même si ces « opposés » se retrouvent aussi
à l’intérieur du même individu. Plus
généralement, sur le plan métapsychologique, pour
expliciter les mouvements de l’inconscient, Freud distingue la faim (besoin) de l’amour (désir), et surtout la
« pulsion de vie » de la « pulsion de
mort ». (voir Métapsychologie, Pulsion)
Eclipse du sujet
Sortie du champ de la conscience. Endormissement. Esquive.
Occultation.
La négation de l’identité d’humain
génère une très forte douleur. L’individu
s’éclipse, s’esquive, pour s’en protéger. Il
tente ainsi d’éviter l’impact fait sur sa personne des
intentions de ses proches, lorsqu’ils ne respectent pas les conditions de
son humanisation (voir
Ethique, Lois symboliques). Par exemple, un enfant adhére aux
croyances familiales mensongères pour ne pas sentir que ses parents
l’empêchent d’être dans le mouvement de son désir.
Les moyens le plus souvent utilisés pour s'éclipser
sont l'absence, l'anesthésie, aveuglement, la coupure, le déni,
le refoulement, la dissociation, l'idéalisation,
etc.
Effraction
Acte de briser ce qui fait
limite. Attaque de la peau, de l’enveloppe subjective. Intrusion
violente. Négation de l’intimité, qui provoque la
dissolution des contours de l’être (voir Déflagration,
Traumatisme)
L’effraction due
à un viol physique ou à une violence psychique (abus,
cruauté humiliation, manipulation) provoque un déferlement qui submerge le sujet. Cette sensation est telle qu’elle peut donner le
sentiment de disparaître en vivant une agonie psychique. (voir Effroi,
Emprise, Mélancolie)
Tout ce qui est
nié, notamment la haine et
l’inversion, surgit dans la réalité, de façon
imprévisible, sous forme d’effraction. (voir Déni)
Ø The war zone, film italien et
britannique de Tim Roth, 1999.
Effroi
Epouvante. Frayeur, horreur, terreur. (voir Angoisse)
« Le
vertige, c'est autre chose que la peur de tomber. C'est la voix du vide
au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de
chute
dont nous
nous défendons ensuite avec effroi. »
Milan
Kundera,
L’insoutenable légèreté de l’être.
Face à la mise en œuvre de la cruauté, de la haine ou de la profanation, la personne vit un effondrement : elle perd sa
capacité à maintenir la continuité de son identité et de son sentiment
d’exister. La dépersonnalisation
dans laquelle elle est entraînée la confronte à des
angoisses d’une très violente intensité, pouvant aller
jusqu’à la rendre folle. L’effroi fige la personne et la
pétrifie : il ne lui est plus possible de sentir, de comprendre,
encore moins d’élaborer et de penser. Elle est « hors
d’elle », s’échappe de son corps et perd contact
avec la réalité.
(voir Etats limites)
L’effroi est provoqué par une attaque
imprévisible sur l’âme. Pour faire face à
l’annulation, puis se retrouver, le sujet
a besoin d’être en lien avec une personne extérieure qui
peut prendre la mesure de sa détresse, l’humaniser et en parler
avec lui. A défaut de cet
accès à un tiers, s’il n’y a ni interrogation, ni
médiatisation par la parole de l’effraction vécue,
l’effroi provoque une brisure de la personnalité. Une défense est alors mise en place
pour éviter l’enferment dans l’insensé de la
folie. (voir Psychose)
Dans le cas d’absence de parole, une
« réponse » fréquente à
l’effroi est de se soumettre à la demande de l’agresseur,
d’entrer dans son référentiel
souvent pervers, voire de l’imiter. Des comportements de séduction
peuvent alors prendre place pour essayer de tisser du lien là
où la béance de l’effroi isole, fige et paralyse. Pour
tenter de colmater la brèche ou de combler le gouffre, séduire
l’autre permettrait de s’assurer sa présence et sa
docilité, afin de le phagocyter, si nécessaire, en
s’en « nourrissant » et se remplir de lui. (voir Perversité,
Séduction)
Les enfants fréquemment plongés dans
l’effroi par des adultes manipulateurs et profanateurs sont
dépossédés de leur identité. Pour se créer
une personnalité d’emprunt, une pseudo-identité, ils
deviennent souvent des séducteurs : ils ne savent plus entrer en
contact avec autrui sur un autre mode que celui de l’envoûtement et
de la fascination. (voir
Emprise)
De même, le recours à
l’excitation – et à la recherche systématique de
l’intensité pulsionnelle - est une défense qui fait
ponctuellement barrage au dérapage dans la folie. Il donne
également l’impression de rester
« vivant »… Une telle quête de
l’excitation pour l’excitation devient souvent un mode de
f