Dichotomie

Vocabulaire (suite)

Saverio Tomasella & Karin Trystram

 

Dichotomie

Duplicité.

D’après le Petit Robert, la dichotomie est une « phase de la lune pendant laquelle une seule moitié de son disque est visible ». Ce terme désigne aussi une partition duelle entre deux entités séparées et opposées.   (voir Dualité)

Au sein de la personnalité, la dichotomie désigne une partition artificiellement créée, pour mettre de côté tout ce qui gêne ou ne serait pas conforme aux croyances personnelles et aux conventions du groupe social. Un tel procédé peut pousser l’individu à préférer porter un masque pour ne montrer de lui que ce qui lui paraît « correct », quitte à faire semblant.   (voir Fiction familiale et sociale)

 

 

Défense (Abwehr)

Stratégie de protection contre une « agression » ou une déstabilisation, lors d’un conflit interne au sujet. Le terme militaire choisit par Freud insiste sur la démarche active. Le refoulement est la forme la plus répandue des défenses psychiques. La dénégation et le rejet en font également partie. La plupart des défenses mises en place par un individu ont pour but de faire diminuer son niveau d’insatisfaction, mais surtout de lui éviter douleurs et souffrances. Parfois, il est plutôt question de refuser de voir la réalité telle qu’elle est. Lors de la mise en place de stratégies perverses, les défenses ont alors pour visée principale d’assouvir la jouissance, quel qu’en soit le prix, au mépris complet de l’autre. Il s’agit d’éviter toute prise de conscience de ce qui est agi, pour ne pas en répondre, donc de maintenir le déni.

Malgré la rencontre de résistances nombreuses et variées, une psychanalyse fait tomber peu à peu les défenses mises en place par le sujet depuis sa toute première enfance. Plus vulnérable, apparemment, il sera néanmoins libre d’orienter son existence dans le sens de son désir profond et d’en répondre en nom propre.

 

Ø       S. Freud, Les psychonévroses de défense, 1896.

 

 

Déferlement

Débordement émotionnel. Déchaînement pulsionnel.

 

La personne est prise, malgré elle, dans une décharge, parfois chaotique et frénétique, d’émotions encore impossibles à reconnaître  en  soi, puis à comprendre et à transformer. Elle peut avoir le sentiment d’être « hors d’elle », sans parvenir à s’apaiser et à se recentrer. Le déferlement peut être destructeur (ou autodestructeur), érotique (ou autoérotique), profanateur, voire meurtrier. Il est soit du domaine du seul discours, soit mis en acte. Ce débordement émotionnel est accompagné d’angoisse, souvent déniée, ainsi que d’un vacillement mêlé à une crainte aiguë d’une atteinte menaçant son identité.  (voir Amplification, Frénésie, Pulsion)

 

Ø       Les damnés, film de Luchino Visconti, Italie, 1969.

 

 

Déflagration

Détonation. Explosion.

 

Impact d’un choc affectif, émotionnel, relationnel, physique ou psychique, qui est vécu par le sujet comme un déferlement incontrôlable, une effraction insupportable, une explosion insoutenable ou une brûlure invivable. La déflagration désigne le moment accidentel – parfois répété - qui fera traumatisme, privant la personne de ses capacités à faire face à la situation, puis à en élaborer l’expérience. Elle crée une insécurité telle que l’ensemble de la personnalité peut en être bouleversé, déstabilisé et déstructuré. Les images du corps liées à la déflagration sont fréquemment celles de la brûlure violente de l’ensemble du corps par le feu ou par l’eau bouillante, de l’explosion, de l’incendie, etc.   (voir Effroi, Sidération)

 

Ø       Vanilla sky, film de Cameron Crow, USA, 2002.

 

 

Dénégation (Verneinung)

Acte d’annuler verbalement la résurgence d’une réalité jusqu’alors occultée. Par cette façon d’agir, le sujet, même s’il le nie de façon appuyée, spécifie qu’il n’est pas dupe de ce qu’il refuse encore d’accepter, et qui parvient peu à peu à sa conscience. (voir Négation, Refoulement)

 

Ø       S. Freud, La dénégation, 1925.

 

 

Déni (Verleugnung)

Acte de démenti par lequel une personne récuse – plus ou moins consciemment - une réalité fondamentale : l’existence de la mort, de la différence des sexes, de son engendrement par une femme et un homme d’une autre génération, etc. Ainsi, par exemple, le fétichiste nie la différence des sexes. Malgré ce qu’il voit de la réalité, il continue à croire la femme « dotée d’un pénis » et se sert d’un « fétiche », accessoire de jouissance sans lequel il ne peut accéder au plaisir, pour tenter de remplacer ce manque, pour lui insupportable… Le déni est l’expression d’un rejet radical des limites humaines. Ces limitations existentielles barrent la croyance en sa propre toute-puissance et inscrivent le sujet dans le champ de la loi, soumis aux interdits du cannibalisme, de l’inceste et du parasitage. En définitive, le déni est la stratégie par laquelle le pervers justifie sa transgression des interdits fondateurs et s’autorise à bafouer l’éthique, sans le moindre remords. (voir Désaveu, Manque, Perversion)

 

Ø       S. Freud, Le fétichisme, 1927.

 

 

Dépersonnalisation

Décalage profond. Déréalisation. Déstabilisation intérieure.

Effondrement de l’identité.  Perte des repères qui maintiennent la cohérence de la personnalité. Sentiment d’irréalité.   (voir Absence, Disparition, Hébétude)

 

La dépersonnalisation peut faire suite à un traumatisme ou à des moments douloureux qui n’ont pas été accompagnés de paroles. La personne ne sait plus qui elle est. Ses contours se dissolvent. L’extérieur et l’intérieur se mêlent. Un fort sentiment d’étrangeté s’installe. L’être vit une confusion des repères de l’espace, (notamment entre sa gauche et sa droite), ainsi que du temps (n’arrive plus à lire l’heure ou il oublie l’heure)… Il ne se reconnaît plus dans le miroir : il croit voir son « double inversé », un « fantôme » ou une « momie »…

 

« Dans ces moments-là, j’avais l’impression de me diluer complètement. Je ne savais plus qui j’étais. Je me sentais poussé à grimacer pour assurer la continuité de mon être dans le miroir. Comme un enfant qui découvre pour la première fois son reflet. Seul et perdu devant la glace. »

 

 Pour échapper à la dissolution complète de son identité et combler son vide intérieur, la personne peut en arriver à se confondre à un élément de son environnement, animé ou inanimé. Par exemple, un jeune enfant sans père se prenait pour la machine à coudre sur laquelle travaillait continuellement sa mère[1]… L’enfant était devenu le rythme de la machine.   (voir Automatisme, Magie, Psychose)

 

Ø       S. Freud, L’inquiétante étrangeté, Gallimard, Paris, 1985.

 

 

Désaveu

Négation du déni.

Refus de reconnaître sa responsabilité, ainsi que les intentions de ses actes et de ses paroles.

 

Dans certaines familles, les lois humaines, fondamentales pour permettre au petit humain de se civiliser et d’évoluer, sont bannies. La jouissance et la négation de l’altérité prévalent comme règles qui maintiennent la cohésion du clan. Dans ces familles, l’ordinaire fonctionne sur l’inceste psychique ou physique, l’injure, la maltraitance et l’inversion.

Les membres de la famille font obstruction à toute tentative de l’enfant pour exprimer sa subjectivité et lui refusent le droit d’exercer sa capacité à discerner, à s’appuyer sur ses sensations et ses perceptions pour trouver un sens à ce qu’il vit.

 

Certaines personnes du clan restent liées par des règles qu’elles savent mensongères (loyauté) et opèrent un premier déni. Puis, elles refusent de reconnaître leur collaboration aux « meurtres d’âme » perpétués au nom du groupe.  Le double déni enferme l’enfant dans un monde où tout contact avec le subtil est découragé, voire proscrit.

 

« J’ai longtemps cru que les enfants étaient de petits animaux qui ne sentaient rien. Jusqu’à aujourd’hui où j’ai ressenti la douleur que j’ai eue quand mon père est rentré de la guerre. Il était devenu complètement insensible. Il avait perdu toute son humanité. Il n’avait plus d’âme. »

 

Souvent, c’est dans l’éloignement de la famille que peuvent se nouer d’autres alliances qui aideront la personne à traverser le rejet de sa famille d’origine. D’abord, la personne pourra se croire « déloyale » vis à vis de son milieu.  Peu à peu, elle comprendra que les règles auxquelles elle s’était soumise étaient contraires aux lois de vie.

 

Si la personne ne fait pas le travail nécessaire pour se dégager et se désengager des conventions de sa famille d’origine, elle continuera à agir le désaveu dans toutes ses relations. Elle restera identifiée à la « bête », au « monstre », au « petit animal », et persistera à ignorer son identité humaine.

 

 

Désir

Du latin desidere : dé-sidérer, sortir de la sidération.    (voir Désastre, Sidération)

Elan vers un(e) autre, en particulier, et vers les autres, en général. Energie qui soutient ce mouvement pour créer une relation de découverte et de connaissance.

 

« Le signe du manque est ce par quoi le sujet s’identifie à son désir. »

« L’être comme tel, c’est l’amour qui vient à y aborder dans la rencontre. »

J. Lacan, Encore.

 

Le désir est une dynamique vers la rencontre d’un(e) autre, différent de soi. Le désir implique une distance entre l’autre et soi. La création d’un espace est nécessaire pour que la rencontre puisse se réaliser et se maintenir. Etre « en désir » requiert le renoncement à être « collé » à un(e) autre. Un renoncement n'est pas une résignation, c'est un acte, un choix, qui passe par la reconnaissance d’une séparation et par l’épreuve d’une limitation, d’un manque.

 

Du fait de son immaturité (physique et psychique), le petit enfant se trouve dépendant de la bienveillance et des soins de ses parents. Au tout début, il cherche la satisfaction de ses besoins vitaux. Pour le tout-petit, le besoin, sa satisfaction et la présence de sa mère sont mêlées. Plus tard, si les parents ne soutiennent pas l’enfant vers le chemin de son autonomie, motrice et affective, l'enfant restera d’autant plus dépendant de la mère, « collé » à cette relation première. Il ne pourra accepter le manque comme une nécessité pour désirer et aimer ; il subira ce manque, comme une perte qu’il croira impossible à dépasser. L'enfant ne pourra pas alors accéder à la capacité d’exprimer des demandes et restera figé dans un « circuit court » d’avidité : le besoin et l’exigence de sa satisfaction immédiate. Les privations auxquelles tout humain est confronté lui sembleront insurmontables. Elles le laisseront dans la confusion entre le besoin et le désir. Il compense, en  s’illusionnant, pour tenter de combler ses frustrations.

 

Le mouvement d’aller vers l’autre est très différent dans un « cycle long ». Cet élan, formulé en paroles afin de le mettre en œuvre, amène à la reconnaissance de soi et des autres, dans leurs différences. L’échange, le partage et la rencontre sont vécus dans l’altérité.

 

Soutenir son désir désigne l'action de maintenir le mouvement d'aller vers l’autre, sans savoir où cela mène, sans exigence préalable de réciprocité. L'être ne sait pas à l'avance quel écho va engendrer sa parole. « Le sujet n'est coupable que de céder sur son désir », affirmait Jacques Lacan. Ainsi,  « céder sur son désir » serait abolir la distance qui nous sépare de l'autre en voulant le posséder.  Il s'agit au contraire de sortir de toute forme de consensus, en maintenant la distance, la séparation : en acceptant que l’existence de l’autre ne dépende pas soi. Le désir ne peut se déployer que dans un espace sans entrave. Je et l’autre sont à parité.

 

Le mouvement du désir est multiple. D’une part, il s’agit d’être dans le « désir de désir » : être désirant. D’autre part, il est question du « désir du désir de l'autre » (J. Lacan) : être désirant de la désirance de l’autre pour soi, dans la réciprocité. Il s'agit d'aller à la rencontre du désir d’un(e) autre.   (voir Besoin, Collage, Ethique, Sujet)

 

Il est possible de distinguer cinq dimensions complémentaires du désir :

-         désir de naître ;

-         désir de s’incarner ;

-         désir de venir au monde à partir de la matrice de cette famille-là ;

-         désir d’être soi-même ;

-         désir de devenir humain en évoluant.

 

Le désir concerne la singularité de chaque être humain, dans une rencontre vivante, entre soi et un(e) autre, dans un élan sans cesse en mouvement. Le désir, formulé par une parole vivante, prend corps dans ce mouvement de découverte et d’échanges humanisants.

 

Ø       Françoise Dolto, Au jeu du désir, Seuil, Paris, 1981 ; La foi au risque de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1983.

Ø       Sigmund Freud, L’interprétation du rêve, PUF, Paris, 2000.

Ø       Jacques Lacan, Ecrits, Seuil, Paris, 1966 ; Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973 ; Le transfert, Seuil, Paris, 1991.

Ø       Denis Vasse, Le temps du désir, Seuil, Paris, 1997.

 

 

Destin

Croyance dans la fatalité.

 

« Ce que j’appelle céder sur son désir s’accompagne dans la destinée du sujet de quelque trahison. Le sujet trahit sa voie, se trahit lui-même ; ou plus simplement, il tolère que quelqu’un avec qui il s’est voué à quelque chose ait trahi son attente. »

Jacques Lacan, Séminaire VII.

 

Dès sa conception, l’enfant aspire à vivre ses relations avec clarté, à partir de ses perceptions, en contact continu avec sa sensibilité. Pourtant, très tôt, l’enfant est confronté à des interrogations douloureuses sur la mort et sur son incomplétude (il est mortel, limité, d’un seul sexe et confronté à l’altérité). Si aucun adulte présent, engagé dans sa parole singulière, ne peut l’aider à donner sens à ces questions, l’enfant invente une mythologie personnelle. Il crée un code pour tenter de contrôler son angoisse et fera appel à des comportements magiques pour essayer de dominer les troubles nés de ces questions. Il pourra utiliser des fétiches, des incantations, des superstitions, etc. Peu à peu, ces croyances, formules magiques ou totems seront dotés d’un pouvoir dont il deviendra l’objet.

 

Dieux, idoles, stars, hommes politiques, maîtres, gourous peuvent occuper la place du totem ou du fétiche, mais aussi les astres, les cieux, les croyances multiples. Peu à peu, l’enfant (puis l’adulte) justifie son existence par « l’ironie du sort » qui l’accable. Il subit les aléas du hasard.  Il « marchande » avec le fétiche pour que sa vie soit plus clémente. Il se déresponsabilise de son existence. Le mal est alors placé hors de soi : « à cause » d’événements extérieurs, dans un système dénigré ou du fait des « défauts » des autres. La personne justifie ses agissements en banalisant le « mauvais » en elle : elle se pose en victime et se crée une fausse morale.   (voir Ethique, Trahison)

 

« Ah, la vie est injuste ! Je n’ai pas de chance. Le destin s’acharne contre moi… »

 

Des constructions imaginaires de cet ordre peuvent conduire à l’éclipse du sujet : la personne démissionne, elle évite de s’engager dans sa vie et en son nom, en devenant ainsi le « jouet du sort » ! Le chemin vers l’autonomie nécessite la compréhension et l’acceptation de ce qui conduit le sujet à agir, dans l’interrogation persévérante des raisons inconscientes qui déterminent ses actions, ses idées et ses choix. En soulevant le voile qui obscurcit sa conscience il va découvrir la responsabilité qui lui est propre, tout en retrouvant un sens à ses questionnements d’enfant laissés en suspens.  Il est ainsi en mesure  de  transformer ses attitudes, ses relations et surtout de mieux orienter son existence… Cette fois-ci plus en accord avec lui-même.  (voir Désir)

 

Ø       Jacques Lacan, L’éthique de la psychanalyse. Séminaire VII, Paris, Seuil, 1986.

 

 

Disparition

Dilution de la conscience. Dépossession de soi.

 

La disparition désigne un évanouissement de la présence au monde, de l'identité et de la personne du sujet. Elle opère par absorption des injonctions parentales et par engluement dans les fantasmes de l’autre, lui servant d’identité d’emprunt. La personne vit un effacement ; elle « part dans un désert blanc ».   (voir Dépersonnalisation)

 

Le sujet qui se sent disparaître lutte pour ne pas être réduit aux demandes qui lui sont adressées, aux discours le concernant et aux « projections » de son entourage sur sa personne. La lutte peut être physique pour ne pas s’évanouir, puis psychique pour ne pas perdre son identité et garder contact avec la réalité. Par moment, la pression est telle que ses efforts pour maintenir un minimum d’identité personnelle et ne pas s’effondrer semblent représenter, pour elle, un combat de tous les instants.   (voir Enferment, Effroi, Hébétude)

 

 

Dualité

Coexistence de deux réalités de natures différentes, souvent présentées comme opposées : ciel/terre, esprit/matière, ombre/lumière. Explication du monde selon deux principes irréductibles. Certains systèmes dualistes sont antagonistes du fait que ces réalités sont posées comme inconciliables. (voir Clivage, Dichotomie, Schisme)

 

Les « dualités » âme/corps, bien/mal, Eros/Thanatos, esprit/matière, féminin/masculin, yang/yin ne sont pas des dualismes antagonistes, contrairement à ce qu’ont pu prétendre des systèmes philosophiques comme le manichéisme.

 

Sortir des référentiels fondés sur des dualités imaginaires (bourreau/victime, dominant/dominé, prédateur/proie, mais aussi attraction/répulsion, déplaisir/plaisir) est une des visée de la psychanalyse.

 

Freud appuie sa réflexion théorique sur un dualisme fondamental – non antagoiniste du fait même de l’ambivalence - qui serait à la source de tous les conflits. Par exemple, il parle de « couple d’opposés » (Gegensatzpaar) pour le pervers et son complice (le fétichiste et son fétiche ; le sadique et le masochiste ; le voyeuriste et l’exhibitionniste), même si ces « opposés » se retrouvent aussi à l’intérieur du même individu. Plus généralement, sur le plan métapsychologique, pour expliciter les mouvements de l’inconscient, Freud distingue la faim (besoin) de l’amour (désir), et surtout la « pulsion de vie » de la « pulsion de mort ».   (voir Métapsychologie, Pulsion)

 

 

Eclipse du sujet

Sortie du champ de la conscience. Endormissement. Esquive. Occultation.

 

La négation de l’identité d’humain génère une très forte douleur. L’individu s’éclipse, s’esquive, pour s’en protéger. Il tente ainsi d’éviter l’impact fait sur sa personne des intentions de ses proches, lorsqu’ils ne respectent pas les conditions de son humanisation (voir Ethique, Lois symboliques). Par exemple, un enfant adhére aux croyances familiales mensongères pour ne pas sentir que ses parents l’empêchent d’être dans le mouvement de son désir.

Les moyens le plus souvent utilisés pour s'éclipser sont l'absence, l'anesthésie, aveuglement, la coupure, le déni, le refoulement, la dissociation, l'idéalisation, etc.

 

 

Effraction

Acte de briser ce qui fait limite. Attaque de la peau, de l’enveloppe subjective. Intrusion violente. Négation de l’intimité, qui provoque la dissolution des contours de l’être (voir Déflagration, Traumatisme)

 

L’effraction due à un viol physique ou à une violence psychique (abus, cruauté humiliation, manipulation) provoque un déferlement qui submerge le sujet. Cette sensation est telle qu’elle peut donner le sentiment de disparaître en vivant une agonie psychique.   (voir Effroi, Emprise, Mélancolie)

 

Tout ce qui est nié, notamment la haine et l’inversion, surgit dans la réalité, de façon imprévisible, sous forme d’effraction.   (voir Déni)

 

Ø       The war zone, film italien et britannique de Tim Roth, 1999.

 

 

Effroi

Epouvante. Frayeur, horreur, terreur.   (voir Angoisse)

 

« Le vertige, c'est autre chose que la peur de tomber. C'est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute

dont nous nous défendons ensuite avec effroi. »
Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être.

 

Face à la mise en œuvre de la cruauté, de la haine ou de la profanation, la personne vit un effondrement : elle perd sa capacité à maintenir la continuité de son identité et de son sentiment d’exister. La dépersonnalisation dans laquelle elle est entraînée la confronte à des angoisses d’une très violente intensité, pouvant aller jusqu’à la rendre folle. L’effroi fige la personne et la pétrifie : il ne lui est plus possible de sentir, de comprendre, encore moins d’élaborer et de penser. Elle est « hors d’elle », s’échappe de son corps et perd contact avec la réalité.   (voir Etats limites)

 

L’effroi est provoqué par une attaque imprévisible sur l’âme. Pour faire face à l’annulation, puis se retrouver, le sujet a besoin d’être en lien avec une personne extérieure qui peut prendre la mesure de sa détresse, l’humaniser et en parler avec lui.  A défaut de cet accès à un tiers, s’il n’y a ni interrogation, ni médiatisation par la parole de l’effraction vécue, l’effroi provoque une brisure de la personnalité. Une défense est alors mise en place pour éviter l’enferment dans l’insensé de la folie.   (voir Psychose)

 

Dans le cas d’absence de parole, une « réponse » fréquente à l’effroi est de se soumettre à la demande de l’agresseur, d’entrer dans son référentiel souvent pervers, voire de l’imiter. Des comportements de séduction peuvent alors prendre place pour essayer de tisser du lien là où la béance de l’effroi isole, fige et paralyse. Pour tenter de colmater la brèche ou de combler le gouffre, séduire l’autre permettrait de s’assurer sa présence et sa docilité, afin de le phagocyter, si nécessaire, en s’en « nourrissant » et se remplir de lui.   (voir Perversité, Séduction)

 

Les enfants fréquemment plongés dans l’effroi par des adultes manipulateurs et profanateurs sont dépossédés de leur identité. Pour se créer une personnalité d’emprunt, une pseudo-identité, ils deviennent souvent des séducteurs : ils ne savent plus entrer en contact avec autrui sur un autre mode que celui de l’envoûtement et de la fascination. (voir Emprise)

 

De même, le recours à l’excitation – et à la recherche systématique de l’intensité pulsionnelle - est une défense qui fait ponctuellement barrage au dérapage dans la folie. Il donne également l’impression de rester « vivant »… Une telle quête de l’excitation pour l’excitation devient souvent un mode de fonctionnement obligé dans lequel le sujet s’enferme malgré lui. Cette excitation forcée, à circuit court, est source de formes compulsives de comportements, comme les conduites à risques, la passion pour les jeux d’argent, la consommation effrénée et les pratiques sexuelles provocatrices, hors relation : échangisme, exhibitionnisme, fétichisme, pornographie, prostitution, voyeurisme, etc.   (voir Autoérotisme, Jouissance, Pulsion)

 

 

Emprise

Système de domination sur autrui. Le rapport d’emprise empêche toute possibilité d’entrer en relation réelle avec l’autre...   (Voir Allégeance)

 

L’emprise suscite un enfermement qui vise à « ligoter » autrui. La personne qui met sous emprise impose à l’autre aveuglement et mutisme. Elle l’enferme dans un cercle clos, à double tour, par un message paradoxal : un double langage.  De son côté, la personne sous emprise maintient cet enfermement, pour se protéger de la douleur d’être niée.  Elle se piège dans cette « double contrainte » : obéir à ce qui la destitue, tout en restant dans la confusion.

 

La personne « prisonnière » n’a plus qu’un statut de chose, d’instrument à modeler et à utiliser pour le manipulateur, qui ne convoite que sa soumission et la jouissance qu’il en retire. Dépossédée d’elle-même, elle aura tendance à imputer son état de misère intérieure à la réalité sociale, familiale ou à son environnement de travail… La relation d’emprise se décline dans le registre de l’ « inceste psychique » dans lequel l’enfant  ne peut trouver sa place de sujet. Dans ce modèle faussé de « relation » réside une proximité entre l’autre et soi, où seule règne la confusion et l’arbitraire. « La loi, c’est moi » est l’énoncé du pervers ! La personne sous emprise est comme « possédée », « envoûtée ». L’emprise est établie sur un système non repéré comme tel, dans toutes les organisations collectives qui constituent des clans : de la secte, exemple le plus évident, jusqu’à la famille ordinaire. L’individu mis sous emprise est paralysé, dans l’impossibilité de penser, jusqu’à ce qu’il prenne conscience de sa situation. Lorsque ses yeux s’ouvrent, il découvre qu’il vit un véritable cauchemar. Le plus souvent, les personnes sous emprise n’en ont pas conscience, mais elles peuvent sentir un grand malaise invalidant, qui les pousse parfois à comprendre ce qui leur arrive.

 

Imputer l’emprise dans laquelle la personne a été enfermée uniquement à une cause extérieure consiste à éluder sa propre responsabilité concernant sa participation. De même, la recherche d’une (seule) cause à ses maux est une façon de perpétuer l’emprise intériorisée, puisqu’elle nie également la question du sujet.

 

Ø       L’Emprise, Nouvelle revue de psychanalyse, n° 24, 1981.

Ø       Une femme sous influence, film américain de John Casavettes, 1975.

Ø       Une affaire de goût, film français réalisé par Bernard Rapp, 2000.

 

 

Enfermement

Clôture. Fermeture.  Emprisonnement.   (voir Emprise)

Sensation d’être emmuré, figé, pétrifié, « pris dans un cube », statufié. 

Il n’y a plus d’écho : les vibrations de la parole disparaissent complètement.

 

L’enfermement résulte d’une coupure entre l’âme et l’esprit. Il est le signe d’une suspension complète des possibilités de remaniement psychique et d’évolution. L’influence d’un autre, d’une idéologie, d’un système se replie en se retournant sur soi-même et devient sa propre prison.   (voir Incorporation)

 

« Lorsque j’étais enfant, il n'y avait pas de place pour l'espoir : tout était dévoyé. Pour mon père, ce système était le seul possible sur terre.  C’est ça, l’enfermement. »

 

La personne se crée une « carapace » ou une « coquille »  pour se protéger de l’influence envahissante de son environnement. C’est une façon de se défendre contre une réalité insupportable à vivre. Pourtant, si elle a été un moyen de survie dans l’enfance, cette défense est un véritable handicap pour vivre dans le présent. Le refus qu’est l’enferment devient un cauchemar permanent : l’extérieur menaçant vient tapisser la paroi intérieure de la « coquille ». Il semble ne plus exister ni issues ni répits possibles : le dedans et le dehors se confondent. Il n’y a plus ni ailleurs, ni mouvement, ni lien possibles avec les autres.   (voir Dépersonnalisation)

 

« J'ai une impression d'extériorité qui m'envahit. Un beau corps ne peut pas être le mien. Il doit être sali. Je crois encore une fois que mon père est derrière cette malédiction, il souille tout ce qui est beau. Ma mère aussi, car elle est dans la même énergie : nier tout ce qui est vivant, tout ce qui a de la valeur à mes yeux. »

 

Il existe deux principales formes de manifestation de l’enfermement :

-         Physique : sensation d’armure corporelle. La personne a l’impression d’être murée dans une carapace, une prison, une tour. Cette métaphore illustre l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur.

-         Psychique : empêchement de penser et de parler. Impression que la tête, le cerveau sont enclos dans un labyrinthe, ou dans une « galerie de miroirs ».

L’être est sans cesse renvoyé à lui-même et à son impuissance. Il n’y a pas d’autre. Parfois la « carapace » semble se durcir davantage et empêcher progressivement tout contact avec la réalité de soi et du monde…  (voir Détresse, Hébétude, Psychose)

 

« Je me suis enfermé en moi-même. Je me suis coupé pour ne pas souffrir de toutes les méchancetés que me disaient mes parents quand j’étais petit. Je me suis tellement blindé que je n’entendais plus rien, je ne sentais plus rien. J’étais ailleurs. Le problème, c’est que je me suis coupé de tout le monde de la même façon : je suis devenu complètement insensible ! »

 

Comment sortir de l’enfermement ? D’abord en acceptant la réalité dans toutes ses dimensions, puis en se situant et en prenant position…

 

« J’ai du mal à me confronter à la réalité. De moins en moins, j’espère. Le seul qui peut m’enfermer, c’est moi-même : lorsque je ne dis pas là où je suis. »

 

Plus particulièrement, c’est en s’engageant dans un lien continu avec un témoin bienveillant, que le sujet pourra suivre le fil d’Ariane qui le conduira hors de son labyrinthe intérieur.   (voir Alliance)

 

 

Espace potentiel

Notion introduite par Winnicott désignant l’espace du jeu durant la séance, entre le patient et le psychanalyste. (voir Espace transitionnel)

 

Espace transitionnel

Egalement inventé par Winnicott, l’espace transitionnel est la zone intermédiaire des « objets transitionnels », qui sont à la fois intérieurs/extérieurs, soi/non-soi, et dont le « doudou » de l’enfant est une illustration. L’objet transitionnel représente la relation de l’enfant avec son parent. L’espace de la relation est donc « transitionnel » : échanges à double sens, évolutifs, vivants, entre soi et l’autre.

 

Esprit

Inspiration au désir. Souffle subtil, à la source du vivant. Verbe.

 

Explorant les réalités « suprasensibles », Freud utilise fréquemment le terme « esprit » (der Geist), de même que le mot « âme » (die Seele). Les traductions ont parfois remplacé ces vocables expressifs par des substantifs plus techniques et plus neutres.

 

L’esprit désigne à la fois le principe de toute vie, la clarté de l’intelligence et les mouvements de la pensée. L’esprit est ce qui permet la mise en lumière, donc les prises de conscience, autant en soi qu’autour de soi.

 

L’amour (agapè), dans sa dimension désirante, humaine et humanisante, donne le courage de soutenir la mise en lumière de l’existence par l’esprit. Cette force de l’amour permet au souffle de se manifester dans une vie en conscience. L’esprit s’incarne d’abord à partir du cœur, d’où il rayonne vers tout l’être (âme et corps), en le vivifiant durablement et profondément.

 

L’esprit est une réalité incorporelle présente à chaque instant. Bien souvent, la personne prisonnière de ses habitudes, de ses illusions et de ses préjugés se prive de sa capacité à mettre en pensée les expériences de sa vie. Pourtant, penser de façon singulière et donner sens à son existence est une nécessité pour se constituer en tant que sujet et affirmer son désir.    (voir Espace du symbolique)

 

L’esprit est ce mouvement désirant et jubilatoire de l’humain choisissant de vivre en accord avec les lois symboliques. Il en œuvre la fonction de discernement, qui permet de discriminer ce que l’âme a senti des intentions en présence. Le discernement opère également une différenciation entre ce qui vient de soi et ce qui vient des autres, ce qui va vers la mort ou vers la vie, ce qui est éthique ou ne l’est pas. Cette capacité de discrimination est un fondement solide pour vivre sa responsabilité d’humain : exprimer sa position subjective, poser des choix clairs, prendre des décisions personnelles et œuvrer dans le sens de sa pensée.

 

Ø       Sophie de Mijolla-Mellor, Le plaisir de pensée, PUF, Paris, 1992.

Ø       Donald Woods Winnicott, Jeu et réalité, l’espace potentiel, Gallimard, Paris, 1975 ; La nature humaine, Gallimard, Paris, 1990 ; De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, Paris, 1992.

 

 

 



[1] Françoise Dolto, Tout est langage, Gallimard, Paris, 1994.