Vocabulaire (suite)
Saverio Tomasella & Karin Trystram
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Dichotomie
Duplicité.
D’après le Petit Robert, la dichotomie est une
« phase de la lune pendant laquelle une seule moitié de son disque est
visible ». Ce terme désigne aussi une partition duelle entre deux entités
séparées et opposées. (voir Dualité)
Au sein de la personnalité,
la dichotomie désigne une partition artificiellement créée, pour mettre de côté
tout ce qui gêne ou ne serait pas conforme aux croyances personnelles et aux
conventions du groupe social. Un tel procédé peut pousser l’individu à préférer
porter un masque pour ne montrer de lui que ce qui lui paraît
« correct », quitte à faire semblant. (voir Fiction familiale et sociale)
Défense (Abwehr)
Stratégie de protection
contre une « agression » ou une déstabilisation, lors d’un conflit
interne au sujet. Le terme militaire choisit par Freud insiste sur la démarche
active. Le refoulement est la forme
la plus répandue des défenses psychiques. La dénégation et le rejet en
font également partie. La plupart des défenses mises en place par un individu
ont pour but de faire diminuer son niveau d’insatisfaction, mais surtout de lui
éviter douleurs et souffrances. Parfois, il est plutôt question de refuser de
voir la réalité telle qu’elle est. Lors de la mise en place de stratégies
perverses, les défenses ont alors pour visée principale d’assouvir la jouissance, quel qu’en soit le prix, au
mépris complet de l’autre. Il s’agit d’éviter toute prise de conscience de ce qui
est agi, pour ne pas en répondre, donc de maintenir le déni.
Malgré la rencontre de
résistances nombreuses et variées, une psychanalyse fait tomber peu à peu les
défenses mises en place par le sujet depuis sa toute première enfance. Plus
vulnérable, apparemment, il sera néanmoins libre d’orienter son existence dans
le sens de son désir profond et d’en répondre en nom propre.
Ø S.
Freud, Les psychonévroses de défense, 1896.
Déferlement
Débordement émotionnel.
Déchaînement pulsionnel.
La personne est prise,
malgré elle, dans une décharge, parfois chaotique et frénétique, d’émotions encore impossibles à reconnaître
en soi, puis à comprendre et à
transformer. Elle peut avoir le sentiment d’être « hors d’elle »,
sans parvenir à s’apaiser et à se recentrer. Le déferlement peut être
destructeur (ou autodestructeur), érotique (ou autoérotique), profanateur,
voire meurtrier. Il est soit du domaine du seul discours, soit mis en acte. Ce débordement
émotionnel est accompagné d’angoisse,
souvent déniée, ainsi que d’un vacillement mêlé à une crainte aiguë d’une atteinte menaçant
son identité. (voir
Amplification, Frénésie, Pulsion)
Ø Les damnés, film de Luchino Visconti, Italie, 1969.
Déflagration
Détonation. Explosion.
Impact d’un choc affectif,
émotionnel, relationnel, physique ou psychique, qui est vécu par le sujet comme un déferlement incontrôlable, une effraction insupportable, une
explosion insoutenable ou une brûlure invivable. La déflagration désigne le
moment accidentel – parfois répété - qui fera traumatisme, privant la personne de ses capacités à faire face à la
situation, puis à en élaborer l’expérience.
Elle crée une insécurité telle que l’ensemble de la personnalité peut en être
bouleversé, déstabilisé et déstructuré. Les images
du corps liées à la déflagration sont fréquemment celles de la brûlure
violente de l’ensemble du corps par le feu ou par l’eau bouillante, de
l’explosion, de l’incendie, etc. (voir Effroi,
Sidération)
Ø
Vanilla sky, film de Cameron Crow, USA, 2002.
Dénégation (Verneinung)
Acte d’annuler
verbalement la résurgence d’une réalité jusqu’alors occultée. Par cette façon
d’agir, le sujet, même s’il le nie de façon appuyée, spécifie qu’il n’est pas
dupe de ce qu’il refuse encore d’accepter, et qui parvient peu à peu à sa
conscience. (voir Négation, Refoulement)
Ø S.
Freud, La dénégation, 1925.
Déni (Verleugnung)
Acte de démenti par
lequel une personne récuse – plus ou moins consciemment - une réalité
fondamentale : l’existence de la mort, de la différence des sexes, de son
engendrement par une femme et un homme d’une autre génération, etc. Ainsi, par
exemple, le fétichiste nie la différence des sexes. Malgré ce qu’il voit de la
réalité, il continue à croire la femme « dotée d’un pénis » et se
sert d’un « fétiche », accessoire de jouissance sans lequel il ne
peut accéder au plaisir, pour tenter de remplacer ce manque, pour lui
insupportable… Le déni est l’expression d’un rejet radical des limites
humaines. Ces limitations existentielles barrent la croyance en sa propre
toute-puissance et inscrivent le sujet dans le champ de la loi, soumis aux interdits du cannibalisme, de l’inceste et du parasitage. En définitive, le déni est la stratégie par laquelle le
pervers justifie sa transgression des
interdits fondateurs et s’autorise à bafouer l’éthique, sans le moindre remords. (voir Désaveu, Manque, Perversion)
Ø S.
Freud, Le fétichisme, 1927.
Dépersonnalisation
Décalage
profond. Déréalisation. Déstabilisation intérieure.
Effondrement
de l’identité. Perte des repères qui
maintiennent la cohérence de la personnalité. Sentiment d’irréalité. (voir
Absence, Disparition, Hébétude)
La
dépersonnalisation peut faire suite à un traumatisme ou à des moments
douloureux qui n’ont pas été accompagnés de paroles. La personne ne sait plus
qui elle est. Ses contours se dissolvent. L’extérieur et l’intérieur se mêlent.
Un fort sentiment d’étrangeté s’installe. L’être vit une confusion des repères
de l’espace, (notamment entre sa gauche et sa droite), ainsi que du temps
(n’arrive plus à lire l’heure ou il oublie l’heure)… Il ne se reconnaît plus
dans le miroir : il croit voir son « double inversé », un
« fantôme » ou une
« momie »…
« Dans ces moments-là, j’avais
l’impression de me diluer complètement. Je ne savais plus qui j’étais. Je me
sentais poussé à grimacer pour assurer la continuité de mon être dans le
miroir. Comme un enfant qui découvre pour la première fois son reflet. Seul
et perdu devant la glace. »
Pour échapper à la dissolution complète de son
identité et combler son vide intérieur, la personne peut en arriver à se
confondre à un élément de son environnement, animé ou inanimé. Par exemple, un
jeune enfant sans père se prenait pour la machine à coudre sur laquelle
travaillait continuellement sa mère…
L’enfant était devenu le rythme de la machine.
(voir Automatisme, Magie, Psychose)
Ø S. Freud, L’inquiétante
étrangeté, Gallimard, Paris, 1985.
Désaveu
Négation du déni.
Refus de reconnaître sa responsabilité, ainsi que les
intentions de ses actes et de ses paroles.
Dans certaines familles, les lois humaines, fondamentales pour permettre au petit humain de se
civiliser et d’évoluer, sont bannies. La jouissance
et la négation de l’altérité
prévalent comme règles qui maintiennent la cohésion du clan. Dans ces familles,
l’ordinaire fonctionne sur l’inceste
psychique ou physique, l’injure, la maltraitance et l’inversion.
Les membres de la famille font obstruction à toute
tentative de l’enfant pour exprimer sa subjectivité et lui refusent le droit
d’exercer sa capacité à discerner, à s’appuyer sur ses sensations et ses
perceptions pour trouver un sens à ce qu’il vit.
Certaines personnes du clan restent liées par des
règles qu’elles savent mensongères (loyauté) et opèrent un premier déni. Puis, elles refusent de
reconnaître leur collaboration aux « meurtres d’âme » perpétués au
nom du groupe. Le double déni enferme
l’enfant dans un monde où tout contact avec le subtil est découragé, voire proscrit.
« J’ai longtemps cru que les enfants étaient de
petits animaux qui ne sentaient rien. Jusqu’à aujourd’hui où j’ai ressenti la
douleur que j’ai eue quand mon père est rentré de la guerre. Il était devenu
complètement insensible. Il avait perdu toute son humanité. Il n’avait plus
d’âme. »
Souvent, c’est dans
l’éloignement de la famille que peuvent se nouer d’autres alliances qui
aideront la personne à traverser le rejet de sa famille d’origine. D’abord, la
personne pourra se croire « déloyale » vis à vis de son milieu. Peu à peu, elle comprendra que les règles
auxquelles elle s’était soumise étaient contraires aux lois de vie.
Si la personne ne fait pas
le travail nécessaire pour se dégager et se désengager des conventions de sa
famille d’origine, elle continuera à agir le désaveu dans toutes ses relations.
Elle restera identifiée à la « bête », au « monstre », au «
petit animal », et persistera à ignorer son identité humaine.
Désir
Du latin desidere : dé-sidérer, sortir de la
sidération. (voir Désastre, Sidération)
Elan vers un(e) autre, en particulier, et vers les autres, en
général. Energie qui soutient ce mouvement pour créer une relation de
découverte et de connaissance.
« Le signe du manque est ce par quoi le
sujet s’identifie à son désir. »
« L’être comme tel, c’est l’amour qui vient
à y aborder dans la rencontre. »
J.
Lacan, Encore.
Le désir est une dynamique vers la rencontre d’un(e) autre,
différent de soi. Le désir implique une distance entre l’autre et soi. La
création d’un espace est nécessaire pour que la rencontre puisse se réaliser et
se maintenir. Etre « en désir » requiert le renoncement à être
« collé » à un(e) autre. Un renoncement n'est pas une résignation,
c'est un acte, un choix, qui passe par la reconnaissance d’une séparation et
par l’épreuve d’une limitation, d’un manque.
Du fait de son immaturité
(physique et psychique), le petit enfant se trouve dépendant de la
bienveillance et des soins de ses parents. Au tout début, il cherche la
satisfaction de ses besoins vitaux. Pour le tout-petit, le besoin, sa
satisfaction et la présence de sa mère sont
mêlées. Plus tard, si les parents ne soutiennent pas l’enfant vers le chemin de
son autonomie, motrice et affective, l'enfant restera d’autant plus dépendant
de la mère, « collé » à cette relation première. Il ne pourra
accepter le manque comme une nécessité pour désirer et aimer ; il subira
ce manque, comme une perte qu’il croira impossible à dépasser. L'enfant ne
pourra pas alors accéder à la capacité d’exprimer des demandes et restera figé
dans un « circuit court » d’avidité : le besoin et
l’exigence de sa satisfaction immédiate. Les privations auxquelles tout humain est confronté lui sembleront
insurmontables. Elles le laisseront dans la confusion entre le besoin et le
désir.
Il compense, en s’illusionnant, pour
tenter de combler ses frustrations.
Le mouvement d’aller vers
l’autre est très différent dans un « cycle long ». Cet élan, formulé
en paroles afin de le mettre en œuvre, amène à la reconnaissance de soi et des
autres, dans leurs différences. L’échange, le partage et la rencontre sont
vécus dans l’altérité.
Soutenir son désir désigne l'action de maintenir le mouvement
d'aller vers l’autre, sans savoir où cela mène, sans exigence préalable de
réciprocité. L'être ne sait pas à l'avance quel écho va engendrer sa parole. « Le
sujet n'est coupable que de céder sur son désir », affirmait Jacques
Lacan. Ainsi, « céder sur son
désir » serait abolir la distance qui nous sépare de l'autre en voulant le
posséder. Il s'agit au contraire de
sortir de toute forme de consensus, en maintenant la distance, la
séparation : en acceptant que l’existence de l’autre ne dépende pas soi.
Le désir ne peut se déployer que dans un espace sans entrave. Je et l’autre
sont à parité.
Le mouvement du désir est multiple. D’une part, il s’agit d’être
dans le « désir de désir » : être désirant. D’autre part, il est
question du « désir du désir de l'autre » (J. Lacan) : être
désirant de la désirance de l’autre pour soi, dans la réciprocité. Il s'agit
d'aller à la rencontre du désir d’un(e) autre. (voir Besoin, Collage,
Ethique, Sujet)
Il est possible de distinguer
cinq dimensions complémentaires du désir :
-
désir de
naître ;
-
désir de
s’incarner ;
-
désir de venir au
monde à partir de la matrice de cette famille-là ;
-
désir d’être
soi-même ;
-
désir de devenir
humain en évoluant.
Le désir concerne la
singularité de chaque être humain, dans une rencontre vivante, entre soi et
un(e) autre, dans un élan sans cesse en mouvement. Le désir, formulé par une
parole vivante, prend corps dans ce mouvement de découverte et d’échanges
humanisants.
Ø Françoise Dolto, Au jeu du désir, Seuil, Paris,
1981 ; La foi au risque de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1983.
Ø Sigmund Freud, L’interprétation du rêve, PUF,
Paris, 2000.
Ø Jacques Lacan, Ecrits, Seuil, Paris, 1966 ;
Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973 ;
Le transfert, Seuil, Paris, 1991.
Ø Denis Vasse, Le temps du désir, Seuil, Paris,
1997.
Destin
Croyance dans la fatalité.
« Ce
que j’appelle céder sur son désir s’accompagne dans la destinée du sujet de
quelque trahison. Le sujet trahit sa voie, se trahit lui-même ; ou plus
simplement, il tolère que quelqu’un avec qui il s’est voué à quelque chose ait
trahi son attente. »
Jacques Lacan, Séminaire VII.
Dès sa conception, l’enfant aspire à vivre ses
relations avec clarté, à partir de ses perceptions, en contact continu avec sa
sensibilité. Pourtant, très tôt, l’enfant est confronté à des interrogations
douloureuses sur la mort et sur son incomplétude (il est mortel, limité, d’un
seul sexe et confronté à l’altérité).
Si aucun adulte présent, engagé dans sa parole singulière, ne peut l’aider à
donner sens à ces questions, l’enfant invente une mythologie personnelle. Il crée un code pour tenter de contrôler
son angoisse et fera appel à des comportements magiques pour essayer de
dominer les troubles nés de ces questions. Il pourra utiliser des fétiches, des
incantations, des superstitions, etc. Peu à peu, ces croyances, formules
magiques ou totems seront dotés d’un pouvoir dont il deviendra l’objet.
Dieux, idoles, stars, hommes politiques, maîtres,
gourous peuvent occuper la place du totem ou du fétiche, mais aussi les astres,
les cieux, les croyances multiples. Peu à peu, l’enfant (puis l’adulte)
justifie son existence par « l’ironie du sort » qui l’accable. Il
subit les aléas du hasard. Il
« marchande » avec le fétiche pour que sa vie soit plus clémente. Il
se déresponsabilise de son existence. Le mal est alors placé hors de soi :
« à cause » d’événements extérieurs, dans un système dénigré ou du
fait des « défauts » des autres. La personne justifie ses agissements
en banalisant le « mauvais » en elle : elle se pose en victime
et se crée une fausse morale. (voir
Ethique, Trahison)
« Ah, la vie est
injuste ! Je n’ai pas de chance. Le destin s’acharne contre moi… »
Des constructions imaginaires de cet ordre peuvent
conduire à l’éclipse du sujet : la personne démissionne, elle évite
de s’engager dans sa vie et en son nom, en devenant ainsi le « jouet du
sort » ! Le chemin vers l’autonomie nécessite la compréhension
et l’acceptation de ce qui conduit le sujet
à agir, dans l’interrogation persévérante des raisons inconscientes qui
déterminent ses actions, ses idées et ses choix. En soulevant le voile qui obscurcit sa conscience il va découvrir la
responsabilité qui lui est propre, tout en retrouvant un sens à ses
questionnements d’enfant laissés en suspens.
Il est ainsi en mesure de transformer ses attitudes, ses
relations et surtout de mieux orienter son existence… Cette fois-ci plus en
accord avec lui-même. (voir Désir)
Ø
Jacques Lacan, L’éthique de la psychanalyse. Séminaire
VII, Paris, Seuil, 1986.
Disparition
Dilution de la conscience. Dépossession de soi.
La disparition désigne un évanouissement de la
présence au monde, de l'identité et de la personne du sujet. Elle opère par
absorption des injonctions parentales et par engluement dans les fantasmes de
l’autre, lui servant d’identité d’emprunt. La personne vit un effacement ;
elle « part dans un désert blanc ». (voir
Dépersonnalisation)
Le sujet qui se sent disparaître lutte pour ne pas
être réduit aux demandes qui lui sont adressées, aux discours le concernant et
aux « projections » de son entourage sur sa personne. La lutte peut
être physique pour ne pas s’évanouir, puis psychique pour ne pas perdre son
identité et garder contact avec la réalité. Par moment, la pression est telle
que ses efforts pour maintenir un minimum d’identité personnelle et ne pas
s’effondrer semblent représenter, pour elle, un combat de tous les instants. (voir
Enferment, Effroi, Hébétude)
Dualité
Coexistence de deux réalités de natures différentes, souvent présentées
comme opposées : ciel/terre, esprit/matière, ombre/lumière. Explication du
monde selon deux principes irréductibles. Certains systèmes dualistes sont
antagonistes du fait que ces réalités sont posées comme inconciliables. (voir Clivage, Dichotomie, Schisme)
Les « dualités » âme/corps, bien/mal, Eros/Thanatos,
esprit/matière, féminin/masculin, yang/yin ne sont pas des dualismes
antagonistes, contrairement à ce qu’ont pu prétendre des systèmes
philosophiques comme le manichéisme.
Sortir des référentiels fondés sur des dualités imaginaires
(bourreau/victime, dominant/dominé, prédateur/proie, mais aussi
attraction/répulsion, déplaisir/plaisir) est une des visée de la psychanalyse.
Freud appuie sa réflexion théorique sur un dualisme fondamental – non
antagoiniste du fait même de l’ambivalence - qui serait à la source de tous les
conflits. Par exemple, il parle de « couple d’opposés » (Gegensatzpaar) pour le pervers et son complice (le fétichiste
et son fétiche ; le sadique et le masochiste ; le voyeuriste et
l’exhibitionniste), même si ces « opposés » se retrouvent aussi à
l’intérieur du même individu. Plus généralement, sur le plan métapsychologique,
pour expliciter les mouvements de l’inconscient, Freud distingue la faim (besoin) de l’amour (désir), et surtout la « pulsion de vie » de la
« pulsion de mort ». (voir Métapsychologie, Pulsion)
Eclipse du sujet
Sortie du champ de la conscience. Endormissement. Esquive.
Occultation.
La négation de l’identité d’humain génère une très forte douleur.
L’individu s’éclipse, s’esquive, pour s’en protéger. Il tente ainsi d’éviter
l’impact fait sur sa personne des intentions de ses proches, lorsqu’ils ne
respectent pas les conditions de son humanisation (voir Ethique, Lois symboliques).
Par
exemple, un enfant adhére aux croyances familiales mensongères pour ne pas
sentir que ses parents l’empêchent d’être dans le mouvement de son désir.
Les moyens le plus souvent utilisés pour s'éclipser sont l'absence,
l'anesthésie, aveuglement, la coupure, le déni, le refoulement,
la dissociation, l'idéalisation, etc.
Effraction
Acte de briser ce qui fait
limite. Attaque de la peau, de l’enveloppe subjective. Intrusion
violente. Négation de l’intimité, qui provoque la dissolution des contours de
l’être (voir Déflagration, Traumatisme)
L’effraction due à un viol
physique ou à une violence psychique (abus, cruauté humiliation,
manipulation) provoque un déferlement
qui submerge le sujet. Cette
sensation est telle qu’elle peut donner le sentiment de disparaître en vivant
une agonie psychique. (voir Effroi,
Emprise, Mélancolie)
Tout ce qui est nié,
notamment la haine et l’inversion, surgit dans la réalité, de façon imprévisible, sous
forme d’effraction. (voir Déni)
Ø The war zone, film italien et
britannique de Tim Roth, 1999.
Effroi
Epouvante. Frayeur, horreur, terreur.
(voir Angoisse)
« Le
vertige, c'est autre chose que la peur de tomber. C'est la voix du vide
au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute
dont nous nous
défendons ensuite avec effroi. »
Milan
Kundera,
L’insoutenable légèreté de l’être.
Face à la mise en œuvre de la cruauté, de la haine ou
de la profanation, la personne vit un
effondrement : elle perd sa capacité à maintenir la continuité de son identité et de son sentiment d’exister.
La dépersonnalisation dans laquelle
elle est entraînée la confronte à des angoisses d’une très violente intensité,
pouvant aller jusqu’à la rendre folle. L’effroi fige la personne et la
pétrifie : il ne lui est plus possible de sentir, de comprendre, encore
moins d’élaborer et de penser. Elle est « hors d’elle », s’échappe de
son corps et perd contact avec la réalité.
(voir Etats limites)
L’effroi est provoqué par une attaque imprévisible
sur l’âme. Pour faire face à l’annulation, puis se retrouver, le sujet a besoin d’être en lien avec une
personne extérieure qui peut prendre la mesure de sa détresse, l’humaniser et
en parler avec lui. A défaut de cet
accès à un tiers, s’il n’y a ni interrogation, ni médiatisation par la parole
de l’effraction vécue, l’effroi provoque une brisure de la personnalité. Une défense est alors mise en place pour
éviter l’enferment dans l’insensé de la folie.
(voir Psychose)
Dans le cas d’absence de parole, une
« réponse » fréquente à l’effroi est de se soumettre à la demande de
l’agresseur, d’entrer dans son référentiel
souvent pervers, voire de l’imiter. Des comportements de séduction
peuvent alors prendre place pour essayer de tisser du lien là où la
béance de l’effroi isole, fige et paralyse. Pour tenter de colmater la brèche
ou de combler le gouffre, séduire l’autre permettrait de s’assurer sa présence
et sa docilité, afin de le phagocyter, si nécessaire, en s’en
« nourrissant » et se remplir de lui. (voir
Perversité, Séduction)
Les enfants fréquemment plongés dans l’effroi par
des adultes manipulateurs et profanateurs sont dépossédés de leur identité.
Pour se créer une personnalité d’emprunt, une pseudo-identité, ils deviennent
souvent des séducteurs : ils ne savent plus entrer en contact avec autrui
sur un autre mode que celui de l’envoûtement et de la fascination. (voir Emprise)
De même, le recours à l’excitation – et à la
recherche systématique de l’intensité pulsionnelle - est une défense qui fait
ponctuellement barrage au dérapage dans la folie. Il donne également
l’impression de rester « vivant »… Une telle quête de l’excitation
pour l’excitation devient souvent un mode de fonctionnement obligé dans lequel
le sujet s’enferme malgré lui. Cette
excitation forcée, à circuit court,
est source de formes compulsives de comportements, comme les
conduites à risques, la passion pour les jeux d’argent, la consommation effrénée et les
pratiques sexuelles provocatrices, hors relation : échangisme,
exhibitionnisme, fétichisme, pornographie, prostitution, voyeurisme, etc. (voir
Autoérotisme, Jouissance, Pulsion)
Emprise
Système
de domination sur autrui. Le rapport d’emprise empêche toute possibilité
d’entrer en relation réelle avec l’autre...
(Voir Allégeance)
L’emprise
suscite un enfermement qui vise à « ligoter » autrui. La personne qui
met sous emprise impose à l’autre aveuglement et mutisme. Elle l’enferme dans
un cercle clos, à double tour, par un message paradoxal : un double
langage. De son côté, la personne sous
emprise maintient cet enfermement, pour se protéger de la douleur d’être
niée. Elle se piège dans cette « double
contrainte » : obéir à ce qui la destitue, tout en restant dans
la confusion.
La
personne « prisonnière » n’a plus qu’un statut de chose, d’instrument
à modeler et à utiliser pour le manipulateur, qui ne convoite que sa soumission
et la jouissance qu’il en retire. Dépossédée d’elle-même, elle aura tendance à
imputer son état de misère intérieure à la réalité sociale, familiale ou à son
environnement de travail… La relation d’emprise se décline dans le registre de
l’ « inceste psychique » dans lequel l’enfant ne peut trouver sa place de sujet.
Dans ce modèle faussé de « relation » réside une proximité entre
l’autre et soi, où seule règne la confusion et l’arbitraire. « La loi, c’est moi » est
l’énoncé du pervers ! La personne sous emprise est comme
« possédée », « envoûtée ». L’emprise est établie sur un
système non repéré comme tel, dans toutes les organisations collectives qui
constituent des clans : de la secte, exemple le plus évident, jusqu’à la
famille ordinaire. L’individu mis sous emprise est paralysé, dans
l’impossibilité de penser, jusqu’à ce qu’il prenne conscience de sa situation.
Lorsque ses yeux s’ouvrent, il découvre qu’il vit un véritable cauchemar. Le
plus souvent, les personnes sous emprise n’en ont pas conscience, mais elles
peuvent sentir un grand malaise invalidant, qui les pousse parfois à comprendre
ce qui leur arrive.
Imputer
l’emprise dans laquelle la personne a été enfermée uniquement à une cause
extérieure consiste à éluder sa propre responsabilité concernant sa
participation. De même, la recherche d’une (seule) cause à ses maux est une
façon de perpétuer l’emprise intériorisée, puisqu’elle nie également la
question du sujet.
Ø L’Emprise, Nouvelle revue de psychanalyse, n° 24, 1981.
Ø Une femme sous influence, film
américain de John Casavettes, 1975.
Ø Une
affaire de goût, film français réalisé par Bernard Rapp, 2000.
Enfermement
Clôture. Fermeture. Emprisonnement. (voir Emprise)
Sensation d’être emmuré,
figé, pétrifié, « pris dans un cube », statufié.
Il n’y a plus
d’écho : les vibrations de la parole disparaissent complètement.
L’enfermement résulte
d’une coupure entre l’âme et l’esprit. Il est le signe d’une suspension
complète des possibilité