Désespérance
d’école…
Pour certains enfants le parcours scolaire est un chemin de désespérance.
Cela a été le cas pour moi.
Dès le premier jour de classe, le processus était inexorablement
mis en route.
Uniforme……rang … cloche … peur … solitude… froid… angoisse….
J’ai eu l’impression qu’une partie de moi devait s’échapper pour
survivre.
Laissant un corps vidé de toute capacité de compréhension.
Je me suis vue stupide, incapable, inapte.
Inapte, je l’étais : inadaptée inadaptable.
J’étais différente.
Pour apprendre,
comprendre, assimiler, il me fallait de la joie, de la beauté, du
merveilleux, de l’amour, du sens et un axe à suivre.
Apprendre pour apprendre dans la peur
Et pour aller je ne savais où, m’a été impossible.
Je n’ai donc pas appris
J’ai appris à ne plus être,
Echec scolaire engagé dès le premier jour et confirmé à chaque
instant.
S’installa la honte, le désespoir.
Plus tard, dans un petit village de Haute-Garonne durant une
année l’instituteur fut un véritable maître.
Il m’offrit un doux répit en m’acceptant avec mes moins
cinquante en orthographe.
Cette orthographe était pour moi un labyrinthe où j’étais
totalement perdue.
La logique du nombre de piquets entourant un prés,
les fractions, le débit de l’eau qui s’écoule, les trains qui partent, se
croisent et arrivent me réconcilièrent avec l’apprentissage et avec moi-même.
Par la grâce, l’humanité,
la bienveillance, la tolérance la foi en
l’être que détenait cet homme.
Puis, après lui, sans lui, le chemin de croix reprit.
J’ai été une adolescente dépressive, suicidaire, anorexique,
sans cesse au bord du gouffre.
Il y avait au fond de moi une graine d’Amour, qui, en croissant,
m’a permis de ne pas sombrer totalement
de ne mourir qu’à moitié.
J’ai arrêté mon parcours scolaire en quatrième à peine vivante.
De cette expérience m’est venue la certitude que pour certains
enfants, le système scolaire peut s’avérer destructeur.
J’étais asociale, handicapée rationnellement, vivant entre
fantasmes et rêves, espérant le refuge de la mort.
J’ai survécu, surmonté, mais que de douleurs et de risques…
Je crois que l’enfant à besoin de joie et d’accompagnement
bienveillant pour se construire pour développer son humanité.
Je crois aussi que notre société où la violence est reine est la
résultante de la maltraitance de l’humanité infantile.
Je crois surtout que l’accueil inconditionnel qu’est l’amour
véritable est la clef pour ouvrir toutes les portes, y compris celles des
acquisitions scolaires, et développer à la fois l’envie de vivre, de comprendre, puis de trouver sa juste place dans le monde…
Barbara
Hubert
(mars 2007)