Vocabulaire de la psychanalyse
Saverio
Tomasella & Karin Trystram
Rage
Destructivité en réponse à la cruauté ou à la haine, consécutive à un sentiment insupportable d’impuissance.
Réaction furieuse à une attaque, à une
destitution intentionnelle de l’être, à un meurtre d’âme. Lorsqu’elle n’est ni
acceptée, ni reconnue - par soi et par l’entourage, la rage désespérée peut devenir meurtrière ou
suicidaire.
La rage traduit le désespoir de ne
pouvoir agir pour changer la situation. Elle est souvent l’expression d’une
impasse dans laquelle la personne est placée, par aveuglement, surdité et mutisme
de son entourage.
L’incompréhension et surtout
l’isolement relationnel peuvent provoquer une rage folle chez le nourrisson ou
le petit enfant. Elle perdure parfois jusqu’à l’âge adulte. Tant que cette rage
n’est pas symbolisée, c’est-à-dire représentée et parlée, elle se répète et se
reproduit dans des mises en actes destructrices
vers les autres ou envers soi-même.
Rêve (Traum)
Songe. Mouvement intérieur de l’âme.
L’activité onirique est un processus, un fonctionnement psychique qui se produit durant le sommeil. Début de symbolisation.
Les rêves paraissent émerger durant les phases où l'activité cérébrale
est la plus intense et la musculature la plus détendue, à l'exception de celle
des yeux. Le chercheur français Michel Jouvet a désigné cette phase du nom de
« sommeil paradoxal ». Toutefois, des expériences récentes montrent
que tous les stades du sommeil sont propices à la production de rêves, y
compris le sommeil profond. Seule la remémoration semble meilleure lors du
sommeil paradoxal. Les rêves, durant cette phase, seraient plus vifs et plus
riches en images. Au contraire, la mémorisation est plus difficile après un
réveil en sommeil lent ou profond. Dans tous les cas, les rêves apparaissant le
plus aisément à la conscience précèdent immédiatement le réveil, quelle que
soit la phase de sommeil concernée.
Durant toute l’Antiquité, même la plus reculée, on considérait déjà le
rêve comme un message divin. Au fil des siècles, la conception du rêve se
transforme en même temps que se développent les sciences. Au XIXe siècle, une approche
expérimentale du rêve se développe. Dès 1900, Sigmund Freud publie une Traumdeutung (Interprétation du rêve), qui signe l'avènement public de
la psychanalyse.
« Le rêve ne pense ni ne calcule ; d'une manière générale il ne juge
pas :
il se contente de transformer. »
Sigmund Freud
Le rêve, ce
« gardien du sommeil », est alors considéré comme une
« réalisation de souhait(s) » (Wunscherfüllung), le plus souvent inconscient(s). Selon S.
Freud, « l'interprétation du rêve est la voie royale qui mène à
l'inconscient ». Le rêve est une ouverture vers ce « savoir »
qui n’est pas encore conscient, mettant le rêveur sur le chemin de la connaissance
de soi et, plus largement, de l’humain en soi. Le rêve de l'adulte est
identique au rêve de l'enfant, mais il est déformé par les effets de la censure
du fait des nombreux empêchements moraux, esthétiques ou autres, résultants de
ses origines familiales, de l'éducation, de la culture.
Pour Freud, tout acte psychique a un
sens : à ce titre, le rêve est susceptible d'interprétation(s), de
lecture(s) et d’exploration(s), donc de compréhension et d’intégration à soi.
La méthode est fondée sur le principe de l’association
libre : le rêveur énonce librement une suite d'idées, d’images ou de
sensations après (ou avant) le récit de son rêve, pour s'en faire le premier
interprète.
Le rêve est
composé du contenu explicite (manifeste, ou
ce que le rêve comporte en première lecture) et du contenu implicite (latent : en arrière-plan
inconscient, souvenirs, contexte, etc.). Le « travail du
rêve » désigne les « processus psychiques » qui déforment
le contenu latent, souvent pour en minimiser la portée ou pour le rendre plus
facilement acceptable (censure ou tolérance).
-
La
« dramatisation » : le rêve prend place dans une situation
caractérisée et se déroule comme une narration (histoire, fable, mythologie).
Par
exemple, un rêve se situe dans « une maison de plaisirs » au
Japon et toute l’histoire prend place dans ce décor ; l’action d’un
autre rêve se déroule durant un voyage en voiture sur une corniche au bord de
la mer…
-
La
« figuration » : le rêve est une expression métaphorique (au
travers d’images et de symboles).
La
« mer » représente « la mère » ou
« l’amer » ; une « dent » peut exprimer le terme
« dans » ; le verbe « mordre » au singulier du présent
peut figurer la « mort », de même que « partir » (en
voyage) peut signifier « mourir » ; un « kangourou »
peut témoigner de la question « quand trouverais-je un/mon
gourou ? » ou même « quand serais-je un gourou ? »
(Tout cela, bien sûr, chaque fois au cas par cas et non comme règle
généralisée.)
-
La
« condensation » : le rêve présente de nombreux éléments à
l’aide d’un seul. Inversement, un seul élément du « contenu latent »
peut être représenté par plusieurs éléments du « contenu manifeste ».
C'est en quelque sorte un travail de « compression ».
Dans
tel rêve, un téléphone portable représente à la fois un moyen de communication,
un portefeuille, une clé pour ouvrir la porte d’un appartement… Une personne
emprunte l'apparence d'une autre et présente les attitudes d'une troisième,
etc.
-
Le
« déplacement » : le rêve recouvre un élément fondamental en le
faisant passer pour un détail insignifiant et réciproquement. Il existe peu de
correspondance directe entre l'intensité d'un élément du contenu manifeste et
l’importance des éléments du contenu latent auquel il est associé.
Lors
du rêve d’un dîner, l’importance émotionnelle de la rivalité envieuse et
agressive du rêveur à l’encontre de son voisin de droite est déviée, en
insistant principalement la beauté et le charme de la convive en face de lui.
Parfois, l’image
d’un rêve est la transcription figurative (images) d’une formule verbale (paroles),
d’un mot ou d’une syllabe. La formation plastique du rêve se construit par
proximité de son, de sens, d’investissement ou de participation affectif, sur
les mots qui sont les plus faciles à transformer en images. Ainsi, le rêve traduit
les pensées en images.
Lorsqu’un élément, objet ou personnage, apparemment étranger à
l’action ou au contexte immédiat du rêve, vient compléter la scène ou se
superposer à une personne, il indique l’orientation métaphorique, figurée, de
la signification profonde que le rêve prend pour le rêveur. Son interprétation
se fera sur l’esprit du rêve, plutôt qu’en le prenant « à la
lettre »…
« Dans
les rêves commence la responsabilité. »
William Butler Yeats
Les rêves reprennent généralement des éléments issus de traces de
situations vécues dans la journée précédant le sommeil, mais ce constat demande
à être précisé. Si, effectivement, les ressentis et les perceptions durant la
veille sont les points de départ et d’appui du rêve, il convient d’entendre « veille »
autant comme l’état d’éveil, hors du sommeil, que, seulement, le jour qui
précède le rêve. Ces éléments de vécus peuvent en faire surgir d’autres, plus
anciens ou plus enfouis, par le biais de réminiscences.
Ils peuvent aussi servir de tremplin à l’expression de mouvements instinctifs
et affectifs, autant que de souhaits d’accomplissement non réalisés dans le
passé ou à réaliser pour le futur. Ainsi, le rêve constitue une trame de
réalisation psychique qui fait pont ou trait d’union entre le passé le
présent et l’avenir.
Bien d’autres motifs plus
fréquents peuvent entraver la remémoration : la censure, le refoulement, la
banalisation, mais aussi une métabolisation incomplète des informations qui
sont en voie de représentation. Elles ne peuvent donc pas encore
s’incarner, prendre corps, pour parvenir
à la conscience…
La lecture interprétative d’un rêve suit certains principes
fondamentaux :
- l'expression de l'âme dans le rêve est avant tout une
recherche d'humanisation et de retrouvailles avec son cœur d'enfant ;
- le souhait du rêve n'est pas forcément ou simplement
sexuel, même si la scène est érotique ou peut être érotisée ;
- le rêve se lit, s'explore et s'apprécie sur un plan symbolique,
allégorique, métaphorique et non matériel, concret ou physique ;
- la censure est d'autant plus forte qu'il s'agit de
mouvements pulsionnels en contradiction avec ce que la personne est capable
d'accepter, non pas en général, mais au moment même du rêve ; par exemple, une
femme rêve d’une attirance envers sa directrice, au moment où celle-ci se
penche vers elle pour l’embrasser sur la bouche, la directrice devient
soudainement un homme : les convictions morales de la rêveuse ne sont pas
heurtées et sa considération d’elle-même en sort indemne ;
- certaines périodes sont plus
propices à la censure du fait de conflits entre la vie actuelle du rêveur
(réelle ou imaginée) et les traces encore actives de ses origines ;
- la censure met en œuvre les injonctions parentales et les
jugements esthétiques intégrés par le sujet (« c’est défendu »,
« ce n'est pas beau », « ce n'est pas bien », « tu ne
devrais pas », « voici ce que tu es », « ce n'est pas
normal », « ce n'est pas habituel », « c'est gênant »,
« ce n'est pas comme nous le voulons pour toi », etc.) ;
- le rêve d’union
sexuelle avec un homme pour une femme, ou avec une femme pour un homme, peut
symboliser l’unification de la personne à travers l’accueil profond de sa part
masculine ou féminine ;
-
lorsqu'il s'agit de rêves érotiques, la censure plastique peut
transformer un corps d’homme en corps de femme, et vice versa : par
exemple, chez les hommes qui par éducation et culture supportent mal de
considérer leur part féminine ou d'accepter leur orientation homosexuelle, un
rêve de sodomie ne passe la censure qu'avec un personnage féminin, un corps de
femme : le vœu érotique ne peut pas se manifester sous la forme d'un
accouplement anal avec un homme du fait de l'opprobre et du rejet honteux
dont il est l'objet par la morale éducative intégrée, devenue active
inconsciemment...
Au-delà de
toutes les richesses possibles de l’interprétation, le rêve favorise la
connaissance de soi et de sa vie. Au sein de l’alliance, en s’adressant à l’autre, le sujet se reconnaît parlant
de lui-même et entre en contact avec les lois humaines, afin d’arriver à
les intégrer en soi.
Le rêve favorise
la connexion aux vérités humaines ; de là vient sa potentialité unique
d’enseignement… Une lecture réductrice de Freud laisse croire que « tout
serait sexuel ». De nombreuses dérives ont vu le jour à partir de ce point
de vue contestable. Chez Freud, le sexuel est à entendre au sens large de
l’affectif, de la mise en relation, du lien, et la libido désigne avant tout l’énergie de vie… Il est donc fondamental
de situer le rêve au cœur même de l’identité humaine, dans sa fonction
d’ouverture à l’inconscient et comme expression du mouvement désirant vers la
connaissance. (voir Désir, Image du corps en relation, Inconscient)
Ø
Sigmund
Freud, Sur le rêve, Gallimard,
Paris, 1925 ; « Complément métapsychologique à la théorie du
rêve », Métapsychologie,
Gallimard, Paris, 1968 ; L’interprétation
du rêve, PUF, Paris, 2002.
Ø
Antonino
Ferro, Facteurs de maladie, facteurs de
guérison, In Press, Paris, 2004.
Ø
Jean-Bertrand
Pontalis, Entre le rêve et la douleur,
Gallimard, Paris, 1977.
Ø Antonio
Tabucchi, Rêves de rêves (Sogni di sogni), Christian Bourgois,
Paris, 1994.
Ø
La maison du docteur Edwards, film américain d’Alfred Hitchcock, 1945.
Sagesse
Courage ou
lucidité.
Clairvoyance. Eveil.
(voir Amour, Bénédiction)
La sainteté –
ou sagesse - est la capacité intérieure du sujet
de voir et nommer les dimensions de l’enfer
sans y participer et sans les cautionner en rien. (voir Ethique)
La verticalité
de la position subjective assure d’appréhender la réalité avec justesse, de
discriminer et de discerner avec clarté, sans pour autant médire, maudire ou
juger. L’alliance avec l’autre humain
est possible dans un détachement, hors de toute complaisance, qui garantit
autant la compassion, que l’écoute, la parité, le respect et la sollicitude. (voir Ame,
Cœur, Esprit)
Schisme (voir en
allemand pour Freud : Spaltung, Verwerfung)
Crevasse,
coupure, division, fracture ou scission. Action de fendre, séparation par
niveaux, par plans et par espaces. Clivage.
Pour se défendre
contre une réalité difficile à soutenir (idée, souvenir, posture, vœu, acte,
etc.) qu’elle ne peut intégrer, la personne met en place des systèmes de défense : le rejet (refoulement),
l’enclave (inclusion), et la scission (clivage).
Le refoulement
est la mise à l’ombre, hors du conscient, d’une position, d’un souvenir ou d’un
désir, difficilement soutenables. Tout ce qui est chassé pour être caché dans
l’ombre peut revenir à la conscience et se réveiller par de nouveaux éclairages
de la réalité.
L’inclusion
désigne un lieu protégé à l’intérieur de la psyché qui contient une
réalité honteuse ou insupportable, tenue secrète et camouflée. L’enclave relève surtout des transmissions
inconscientes (ou héritages psychiques) au travers des générations. (voir Crypte, Fantôme)
Le clivage est
une crevasse profonde dans laquelle la personne s’est débarrassée d’une réalité
intolérable pour elle. Cette fracture coupe la personnalité en plusieurs
parties incompatibles. Elle fait alors exister, de chaque côté de ce schisme,
deux positions opposées et inconciliables, qui s’ignorent l’une l’autre. La
personne se vit exclusivement dans un espace, ou dans l’autre. Son existence se
déroule sur deux niveaux déconnectés. L’une de ces positions tient compte de la
réalité ; l’autre la nie complètement. Cette négation (ou refus
inconscient) peut se traduire en symptômes corporels ou psychiques, dans une
douleur parfois sans mots. Dans le
meilleur des cas, ces morceaux épars de
soi réapparaissent dans certains rêves et surtout
lors des cauchemars, ou au travers d’actes manqués, d’oublis, de lapsus, etc. Ces failles peuvent aussi être repérées à
l’aide de la règle fondamentale en psychanalyse : l’association libre.
En dernier
ressort, ce qui a été banni au fond de ce gouffre, si profond qu’il devient
inaccessible et insondable, est du registre de l’identité humaine (différence
des sexes et des générations, mortalité, interdits fondateurs, éthique).
Dans un des
espaces délimités par la scission, la personne clivée vivra en tenant compte de
ces réalités, alors que dans l’autre espace, elle tentera d’exister en les
niant et en agissant comme « isolée », uniquement gouvernée par ses
pulsions, sans égard ni respect pour quiconque. (voir Déni,
Pervers)
Un
exemple simple est rencontré fréquemment chez certains hommes. Pour eux, la
fracture consiste, d’une part, à épouser une femme prétendue « pure »
et qu’ils idéalisent pour construire une famille et, d’autre part, de décharger
leurs excitations pulsionnelles avec des femmes perçues comme tentatrices,
aguichantes et sans contraintes. Pour de tels hommes, d’un côté, la femme est
la servante soumise et « la bonne mère fantasmée » ; de l’autre, la
maîtresse ou la prostituée sont l’objet de convoitise et de jouissance, tout aussi
serviles et soumises dans le domaine sexuel, même si elles jouent un rôle
« entreprenant » voire « dominateur » dans les ébats
érotiques. La représentation scindée que ces hommes ont de la femme n’est que
le miroir de leur schisme intérieur. Ces deux formes inconciliables de
représentation se heurtent au roc d’une contradiction qui paraît insoluble et
qui exige de cloisonner l’existence. Un tel type d’homme ne parvient pas à
concilier la tendresse et la sexualité, tout autant que la position de mari (ou
de père) et celle d’amant… Alors, il change de femmes à la place d’arriver à
changer son mode de relation aux femmes.
Une division
peut être mise en place ponctuellement pour élaborer progressivement un
choc : accident, rupture, licenciement… Le plus souvent, cependant, le
mécanisme de la scission, ou coupure, s’installe en contribuant à constituer
une fausse personnalité : la crevasse se creuse alors davantage et les
deux parties de l’individu s’éloignent l’une de l’autre, comme si deux
personnes (ou plus) cohabitaient dans le même corps. (voir Incorporation, Traumatisme)
Autant le rejet
(refoulement) est de l’ordre de la névrose, autant le schisme (clivage) est du
domaine de la perversion, voire de la psychose : la position perverse
n’étant bien souvent qu’un ultime rempart contre la folie…
> Michael Connely, Le poète, roman policier, Seuil, Paris, 1998.
>
Dom Juan, opéra de
Wolfgang Amadeus Mozart, Autriche, 1788.
>
La maman et la putain, film
de Jean Eustache, France 1972.
Sidération
Sens ancien, du latin sideratio : influence maligne des astres.
Sens moderne, du
latin sideratus : stupéfait, paralysé.
La sidération
désigne la sensation réelle d’être coupé de ses forces vives, de sa capacité de
pensée, voire d’être agi comme une marionnette.
Subtil
Qualité de ce qui est fin, délié, léger. Réalité éthérique très concrète bien
qu’immatérielle. Caractéristique du
psychisme.
Le subtil
désigne la vie de l’âme, c’est-à-dire les énergies des mouvements sensibles qui
animent l’être : les sensations, impressions, émotions, sentiments,
représentations et surtout les intuitions. L’ouverture à la dimension subtile
favorise la perception délicate de la réalité, au-delà des apparences
premières. Sigmund Freud la reconnaît comme une « qualité très fine et
nuancée de l’âme ». Pour
Françoise Dolto, le subtil est un « lien de cœur à cœur ». Le subtil
est au-delà du substantiel, qu’il complète et spiritualise, dans un élan qui
favorise la symbolisation : la mise en pensée à partir du corps.
La réalité
subtile est présente à chaque instant. Il est possible de se rendre disponible
pour la percevoir et la connaître (naître à elle). Plus la personne est à
l’écoute de ses intuitions, plus elle leur accorde de valeur, plus elle peut
entrer en contact avec le subtil, le percevoir sous forme de sensations, le
transformer en visions (images intérieures) et enfin arriver à l’exprimer. Cet
accueil du subtil en soi permet de le partager avec d’autres, grâce à la
parole.
(voir Inconscient, Médiatiser)
Tiers
Agent de la triangulation,
mettant en œuvre la séparation, ou « fonction paternelle », le
plus souvent représenté par la figure du « père éducateur ». La
fonction de tiers ouvre l’accès à l’altérité,
hors des leurres de la fusion et de la symbiose. (voir Loi, Père symbolique)
Triangulation
Mise en place de la relation triangulaire réciproque, à
parité, entre l’enfant, la mère et le père.
La dyade mère-enfant ou père-enfant correspond à une relation
duelle, de même qu’une relation fusionnelle dans un couple. Tout système
fermé à deux individus en miroir
va à l’encontre du désir et des lois humaines. Il fige toute possibilité
d’évolution et de transformation. L’ouverture au tiers, donc à l’altérité,
passe par une inscription dans le champ de la parole. L’enfant, ou l’enfant en l’adulte, peut alors accepter puis
intégrer les lois de vie…
Trahison
Abandon de la fidélité. Refus de l’alliance.
La trahison constitue une attaque du
lien et une rupture de la promesse donnée.
Elle provoque un isolement forcé de l’âme.
Comme le mensonge, la tromperie exprime
et induit une fermeture du cœur. Il
produit une « sortie du corps » et un enfermement : « l’enfer me ment »…
« Quelque chose se joue autour de la trahison, quand on la
tolère, quand on cède, au point de rabattre ses propres prétentions et de se
dire : ’’Eh bien, puisque c’est comme ça,
renonçons à notre perspective, ni l’un ni l’autre nous ne valons mieux, rentrons dans la voie ordinaire’’. Là, vous
pouvez être sûr que se retrouve la structure qui s’appelle céder sur son
désir. »
Jacques Lacan,
L’éthique de la psychanalyse.
Pour croire au mirage d’une relation et
maintenir l’illusion de « l’amour »,
la personne trahie s’absente à
elle-même et endort sa
conscience : elle se désiste.
Son désir est mis
« hors-jeu », elle est plongée dans un état frontière entre
réalité et fiction, qui porte atteinte à son sentiment d’identité (voir Disparition). La trahison entraîne un effet d’irréalité intense sur le ressenti
de la relation… A-t-elle été vraiment vécue ou non ? N’a-t-elle été que
rêvée, ou peut-être seulement fantasmée ou crainte ? L’angoisse et le délire peuvent être des signes précurseurs d’un retour douloureux
de la conscience. En effet, lorsque le sujet
se « réveille », il voit l’ampleur du désastre et prend la mesure du
mensonge. (voir Déflagration, Effraction)
La personne qui trahit instaure un
rapport de séduction. Elle fait
croire qu’il y a alliance et fait miroiter une relation, alors qu’il n’y a que
du semblant : sans engagement réel, sans présence ni vérité de sa part.
Elle favorise le désistement de l’autre en essayant de l’anesthésier, pour
pouvoir se déresponsabiliser et agir sans interroger la question de leur –
bonne ou mauvaise - entente. (voir Déni, Jouissance, Pulsion)
La plus grande fidélité est la fidélité à son être et à son désir, pour maintenir une compréhension
authentique de la situation. Rester investi auprès de l’autre nécessite d’être
conscient des manquements, sans toutefois les cautionner, tout en les
interrogeant avec courage. Cette position permet de faire évoluer la relation,
en demeurant fidèle à soi-même, donc à l’autre.
Ø
In the mood for love, Wong Kar-Wai, 2000.
Transmission
familiale
Héritage
imaginaire inconscient légué par les grands-parents et les parents aux enfants
des générations suivantes. (voir Fantasme,
Mythe, Mythologie)
D’après Serge
Tisseron, il
existe trois formes de transmissions entre les parents et leurs enfants :
-
une
transmission consciente, qui incite l’enfant à imiter ses parents et à les
prendre pour modèles, en se référant soit à leurs discours, soit à leurs
actes ;
-
une
transmission inconsciente, qui pousse l’enfant à se conformer aux vœux et projets que ses parents entretiennent à
son égard ;
-
une
transmission d’inconscient à inconscient, à partir de laquelle l’enfant cherche
à comprendre les fragilités et les impasses de ses parents en les mettant en
scène. Dans ce dernier cas, le plus dévorateur de libido, l’enfant espère « soigner » l’un ou l’autre de
ses parents, ou les deux, dans l’espoir que ceux-ci seront plus disponibles
pour s’occuper de lui et s’intéresser à lui.
Les
transmissions familiales concernent plus de deux générations : les
petits-enfants reprennent aussi à leur compte les difficultés ou interrogations
de leurs grands-parents à travers leurs parents, etc.
Les décalages
entre le discours rationnel et logique d’une part, et le langage émotionnel et
imagé d’autre part, révèlent l’impensé familial, le plus souvent lié aux
non-dits des générations précédentes.
© CEM, centre
d’études métasémiotiques.