Profanation et absences
Le choix de s’absenter du réel constitue la plupart du temps
un choix du sujet pour répondre à la difficulté de faire face à douleur.
Il permet d’idéaliser le profanateur, qui a bien souvent été
choisi comme « idéal du moi»
par l’enfant. Il peut s’agir d’un parent ou d’un proche.
(Le profanateur séduit l’enfant et devient
intentionnellement cet idéal.)
Si le profanateur est vu et reconnu comme profanateur,
l’enfant s’écroule ; le choix devient alors « mieux vaut ne plus
ressentir, plutôt que de courir le risque de la disparition »
(désintégration).
Ce que je nommerais
« l’oubli ou l’escamotage du ressenti »
emprisonne la mémoire et les ressentis qui y sont liés dans des poches isolées
qui n’ont pas moyen de communiquer entre elles.
S’absenter du réel correspond au choix de se protéger d’une réalité invivable pour
l’enfant. Dans les familles incestueuses, qui sont des lieux clos, qui
rejettent l’extérieur, l’autre n’existe pas, il est une chose.
Tout est hors relation, donc hors réel… Comment peut-on
garder la notion même de réel ? Il
est nécessaire d’être deux humains désirants pour qu’il y ait relation.
L’absence cesse dès lors que cette personne est
responsable et actrice au sein de la relation.
L’enfant considéré comme objet-chose ;
« objet » dont il est nécessaire de s’occuper comme l’on s’occupe d’une plante verte,
il devient un pantin. Il en oublie même sa qualité d’humain, il met en sommeil
son âme et son corps ressenti ; le temps s’aplatit.
Seule la libido, à son heure, vient réveiller - parfois de façon explosive - le sentiment
d’existence en propre.
Puis la recherche de sensation fortes, sports à risques, sexe brut,
drogues, etc. permettent de retrouver un temps le sentiment d’être présent.
La masturbation tente de venir renforcer l’impression
d’exister dans un corps de ressentis…
Gilles Pho
(mai 2007)