Profanation et absences

Profanation[1] et absences

 

Le choix de s’absenter du réel constitue la plupart du temps un choix du sujet pour répondre à la difficulté de faire face à douleur.

 

Il permet d’idéaliser le profanateur, qui a bien souvent été choisi comme « idéal du moi» [2]  par l’enfant. Il peut s’agir d’un parent ou d’un proche.

(Le profanateur séduit l’enfant et devient intentionnellement cet idéal.)

 

Si le profanateur est vu et reconnu comme profanateur, l’enfant s’écroule ; le choix devient alors « mieux vaut ne plus ressentir, plutôt que de courir le risque de la disparition » (désintégration) [3].

 

Ce que je nommerais  « l’oubli ou l’escamotage du ressenti » emprisonne la mémoire et les ressentis qui y sont liés dans des poches isolées qui n’ont pas moyen de communiquer entre elles.

 

S’absenter du réel correspond au choix de se protéger d’une réalité invivable pour l’enfant. Dans les familles incestueuses, qui sont des lieux clos, qui rejettent l’extérieur, l’autre n’existe pas, il est une chose.

 

Tout est hors relation, donc hors réel… Comment peut-on garder la notion même de réel ? Il  est nécessaire d’être deux humains désirants pour qu’il y ait relation.

L’absence cesse dès lors que cette personne est responsable et actrice au sein de la relation.

 

L’enfant considéré comme objet-chose ; « objet » dont il est nécessaire de s’occuper comme l’on s’occupe d’une plante verte, il devient un pantin. Il en oublie même sa qualité d’humain, il met en sommeil son âme et son corps ressenti ; le temps s’aplatit.

 

Seule la libido, à son heure, vient réveiller - parfois de façon explosive - le sentiment d’existence en propre.

 

Puis la recherche de sensation fortes, sports à risques, sexe brut, drogues, etc. permettent de retrouver un temps le sentiment d’être présent.

La masturbation tente de venir renforcer l’impression d’exister dans un corps de ressentis…

 

Gilles Pho

(mai 2007)



[1] La profanation désigne le choix délibéré de déshumaniser une personne, par une pratique destructrice et humiliante, qui met en œuvre la haine de l’autre : harcèlement, inceste, mutilation, torture, viol, etc.

[2] Aîné valeureux, référent ou personne de référence (modèle)… Chez l’adulte, le « moi idéal » sain est intérieur et symbolique. Devenu « idéal du moi  », il correspond à l'intériorisation de l’éthique humaine.

[3] Cf. Winnicott (chaos, effondrement, etc.)

 
 

Devenir psychanalyste

 

La pratique de la psychanalyse ne s’autorise en rien du moindre savoir ou d’une quelconque théorie. Elle s’appuie sur l’exploration singulière de l’inconscient, les découvertes personnelles et la connaissance intime développées, puis mûries, au cours de sa propre psychanalyse, assimilable à aucune autre.

Elle requiert du praticien l’engagement à accueillir l’autre humain, à parité, dans sa globalité, comme personne complète et en évolution, dans le plus grand respect de sa subjectivité, de son histoire et de son désir. Cet engagement est d’ordre éthique. Il implique une alliance entre les deux participants à l’effort de recherche sur l’inconscient.

Nous métamorphosons la difficulté, la douleur ou l’écueil en connaissance. Au fil de l’expérience, nous développons cette capacité à la transformation. L’écoute active durant chaque séance se fonde sur cette implication à donner du sens et à créer du nouveau.

Ecueil majeur à la connaissance, la question de la perversion rejoint celle de la complicité : une complicité qui prend d’abord appui sur des manœuvres visant à faire naître (ou croire à) une certaine (fausse) intimité, artificiellement crée par la fascination, la manipulation et la séduction.

Un rapport de dissymétrie est induit pour mettre la main sur l’autre. Ce rapport vise à établir une ligature d’emprise avec autrui, mis à la place d’une chose pour assurer sa jouissance, que celle-ci soit directement sexuelle, ou qu’elle se situe dans la sphère du pouvoir ou du savoir…

Au contraire, séance après séance, pour que les élaborations psychiques puissent avoir lieu, il s’agit de maintenir l’espace de la relation, dans la dimension de l’âme, du symbolique et du subtil.

Saverio Tomasella

Mars 2007

 

 

Repères pour une pratique éthique

 

« Le chemin humain se structure en référence aux lois symboliques qui, intériorisées, deviennent un mode d’être à l’autre, fondé sur le ressenti, antenne de la fonction de discernement donc de pensée.

 

Désirer implique une posture proche du silence, au sens d’attitude intérieure d’ouverture.

L’élan ne peut devenir désir que dans la rencontre avec autrui.

 

La souffrance est un rappel de l’existence de l’âme dans un milieu qui la dénie.

 

L’inscription de l’éthique est si puissante dans l’inconscient qu’elle ne peut être que

-          honorée,

-           effacée c’est-à-dire refoulée,

-          ou retournée en son contraire par inversion, dans le cas de la perversion.

 

Ce récit nous fait vivre le douloureux passage de l’enfer - provoqué par l’annulation du sujet dans la perversion - au monde symbolique propre à l’humain.

 

Avec l’analyste le patient va pouvoir vivre l’expérience de la curiosité désirante de l’autre, allant de pair avec un désir de laisser place à son initiative de sujet. C’est ce soutien dans le subtil qui va donner au patient le courage, né de la perception, de s’aventurer sur ce chemin, non sans doutes et hésitations.

 

L’aspiration à connaître l’être profond de l’enfant invite celui-ci à se révéler : de même l’attention soutenante de l’analyste sollicite le guide intérieur du patient à se manifester.

 

Le don est symbolique, c’est-à-dire un don de conscience qui, en fait, est un apport d’énergie, ajout de connaissance, processus d’ouverture et contact durable avec un autre niveau de conscience.

 

L’inceste vise à provoquer l’écrasement du subtil dans le substantiel, là ou la substance devrait se retirer pour laisser place à l’émergence du subtil : cet écrasement tente même de réduire l’enfant à de la matière.

 

La rencontre peut se faire sous forme de vision intérieure.

Les grands enseignants ou chercheurs de l’humanité sont dans cette dimension de la vision. C’est une capacité humaine qui se constitue avec l’évolution personnelle. Peuvent alors se mettre en place devenir, recherche et transmission. »

 

 

Chérifa Amara,

Marie Claude Defores,

Yvan Piedimonte.

(Extrais de la préface au Journal d’une psychotique éveillée, Aviva, Publibook, 2007.)