Pour aller plus loin, à propos de la haine…
La haine
vient parler du sujet et de son histoire.
Le préalable à la haine est
l'abolition de la relation. L'autre n'existe pas en tant que personne, il est
un objet qu'on veut posséder ou que l'on ignore.
« La haine est un effort
pour dénaturer l'autre », affirme Yvan Piedimonte.
Elle est un effort pour supprimer l'objet partiel (l’ustensile) qui résiste ;
il n'y a pas d'autre pour celui qui agit la haine.
« La
haine est une force de dépersonnalisation. » (M-C Defores).
On dit parfois que la haine est
« aveugle » : la haine se trompe le plus souvent d'objet. Les vraies
motivations de cette intention destructrice prennent leur origine dans une
démarche avortée de relation, perçue dans un passé proche ou moins proche.
L'objet haï est habillé d'un
ensemble de caractéristiques propres à justifier cette décharge pulsionnelle
qui peuvent n'avoir aucun rapport ou qu'un rapport très lointain avec
l'injustice refoulée.
La
conscience du sujet est elle présente lors de cette décharge ?
L'être irresponsable
existe-t-il ?
La projection et la part de folie
mises en jeu par le sujet sont à l'initiative de celui-ci. Ce qui reste hors de
porté du sujet ce sont les motivations « inconscientes » de sa haine.
Quel
chemin pour sortir de la haine ?
Les chemins vers l'absence de mise
en oeuvre de la haine me semble être l'éthique ou la fidélité à des valeurs
morales (chrétiennes, bouddhistes ou républicaines). Pourtant, elles ne
permettent pas d'accéder à une abolition de la haine en soi, elles la mettent
sous cloche.
Seule la compréhension des origines
diverses de la haine permettent, si ce n'est de l'abolir, tout au moins d'en
diminuer la force et la durée.
Cette compréhension n'est pas une
jouissance intellectuelle, mais une joie de la découverte et de la paix.
Sans cette compréhension, le
cheminement intérieur reste figé dans la haine, qui passe d'une haine de
l'autre, voire à la haine de soi (suicide, autodestruction), mise en acte ou
non.
Au-delà
de la compréhension des origines de sa haine, la découverte d'une éthique
personnelle
La conscience de ce qui est juste,
de ce qui est éthique, est innée, tout autant que la pulsion de vie.
Si le référent, le père, est là pour
valider les ressentis justes de l'enfant. Les éléments de cette relation seront
introjectés.
Si l’adulte a nié l'éthique innée de
l'enfant, celui-ci ne sera plus à même d'écouter ses ressentis. Il
s'identifiera au modèle paternel ou familial.
Ainsi, le ressenti est le fondement
d'une éthique intérieure et personnelle qui n'est pas une morale et qui est
mouvement.
Qu’en
est-il de l’inceste et de l’incestuel ?
La possession est une pulsion
couplée à un fantasme : l’autre non autre, objet partiel, doit se
conformer à un modèle (du parent ou du groupe familial).
L’inceste n’est qu’un genre
particulier de haine.
L’incestuel dont parle Racamier n’est, également, qu’une modalité d’ambiances
haineuses. Elle est dans tous les rapports et s’insinue dans les comportements,
les discours ou les silences.
Quelle
position face à la haine subie ?
L'enfant qui sent la haine de
l'adulte, et ne la comprend pas, peut chercher à la justifier par ses actes.
« Si je suis mauvais, je peux comprendre que mon père soit si méchant avec
moi. » L’enfant peut même choisir de devenir celui que l'adulte a
fantasmé : il tente de donner un semblant de sens dans un monde insensé.
Hors d’une possibilité d’entrer en
relation, l’enfant peut développer certaines formes d’avidité, de
volonté de possession, mais aussi de soumission.
Cette position peut perdurer avec
l'âge. Il s’agit alors d'une jouissance masochiste, qu'il remet en place
lorsque une accroche de ce type est possible dans ses relations actuelles.
Il est la victime et se met donc en
position d'irresponsable.
Encore une fois, une option possible
est de retourner la haine contre soi, sous forme « d’auto sadisme »
ou de cruauté, de maladie… Cette position peut être liée à la colère sourde, parfois féroce, de s’être
soumis.
Pourquoi
je hais ?
La haine découle souvent d’une
insécurité primaire, compensée par une tentative de prise de contrôle de
l’entourage. « Ce que je hais ne peut m’atteindre ; ce que je ne peux
contrôler ou posséder, je le tue. »
La haine nie la différence
fondamentale avec l’autre. Il peut semble plus facile de créer un monde sans
autre…
Gilles
Pho, 2008. © CEM