Haine
« La haine est un attachement, elle s'installe
sur une douleur silencieuse dont on a perdu les mots. Elle est
immobilité alors que la vie est mouvement et
guérison. » Barbara
Schasseur
La haine vient parler
du sujet et de son histoire.
Le
préalable à la haine est l'abolition de la relation. L'autre
n'existe pas en tant que personne, il est un objet qu'on veut posséder ou que l'on ignore, ou
plus radicalement d’un objet que
l’on veut sciemment détruire.
« La haine est un effort pour
dénaturer l'autre », affirme Yvan Piedimonte. Elle est un
effort pour supprimer l'objet partiel (l’ustensile) qui résiste ; il n'y a pas d'autre pour celui qui
agit la haine.
« La
haine est une force de dépersonnalisation. » (M-C Defores).
On dit parfois que la haine est
« aveugle » : la haine se trompe le plus souvent d'objet.
Les vraies motivations de cette intention destructrice prennent leur origine
dans une démarche avortée de relation, dans un passé proche
ou moins proche.
L'objet haï est habillé d'un ensemble
de caractéristiques propres à justifier cette décharge
pulsionnelle qui peuvent n'avoir aucun rapport ou qu'un rapport très
lointain avec l'injustice refoulée.
La conscience du sujet
est elle présente lors de cette décharge ?
L'être
irresponsable existe-t-il ?
La
projection et la part de folie mises en jeu par le sujet sont à
l'initiative de celui-ci. Ce qui reste hors de porté du sujet ce sont les
motivations « inconscientes » de sa haine.
Quel chemin pour
sortir de la haine ?
Les chemins vers l'absence de mise en oeuvre de la
haine me semblent être l'éthique ou la fidélité
à des valeurs (chrétiennes, bouddhistes ou républicaines).
Pourtant, elles ne permettent pas d'accéder à une abolition de la
haine en soi, elles la mettent sous cloche.
Seule la compréhension des origines
diverses de la haine permettent, si ce n'est de l'abolir, tout au moins d'en
diminuer la force et la durée.
Cette compréhension n'est pas une
jouissance intellectuelle, mais une joie
de la découverte et de la paix.
Sans cette compréhension, le cheminement
intérieur reste figé dans la haine, qui passe d'une haine de
l'autre, à la haine de soi (suicide, autodestruction), mise en acte ou
non.
Au-delà de la
compréhension des origines de sa haine, la découverte d'une
éthique personnelle
La
conscience de ce qui est juste, de ce qui est éthique, est innée,
tout autant que la pulsion de vie.
Si le référent, le père, est
là pour valider les ressentis justes de l'enfant, les
éléments de cette relation seront introjectés.
Si l’adulte a nié l'éthique
innée de l'enfant, celui-ci ne sera plus à même
d'écouter ses ressentis. Il s'identifiera au modèle paternel ou
familial.
Ainsi, le
ressenti est le fondement d'une éthique intérieure et personnelle
qui n'est pas une morale et qui est mouvement.
Qu’en
est-il de l’inceste et de l’incestuel ?
La possession est une pulsion couplée
à un fantasme : « l’autre non autre »,
objet partiel, doit se conformer à un modèle (du parent ou du
groupe familial).
L’inceste n’est qu’un genre
particulier de haine.
L’incestuel - dont parle Racamier - n’est,
également, qu’une modalité d’ambiances haineuses.
Elle est dans tous les rapports et s’insinue dans les comportements, les
discours ou les silences.
Quelle
position face à la haine subie ?
L'enfant qui sent la haine de l'adulte, et ne la
comprend pas, peut chercher à la justifier par ses actes.
« Si je suis mauvais, je peux comprendre que mon père soit si
méchant avec moi. » L’enfant peut même choisir
de devenir celui que l'adulte a fantasmé : il tente de donner
un semblant de sens dans un monde insensé.
Hors
d’une possibilité d’entrer en relation, l’enfant peut
développer certaines formes d’avidité, de
volonté de possession, mais aussi de soumission.
Cette position peut perdurer avec l'âge. Il
s’agit alors d'une jouissance masochiste, qu'il remet en place lorsque
une accroche de ce type est possible dans ses relations actuelles.
Il est la victime et se met donc en position
d'irresponsable.
Encore une fois, une option possible est de
retourner la haine contre soi, sous forme « d’auto
sadisme » ou de cruauté, de maladie… Cette position
peut être liée à
la colère sourde, parfois féroce, de s’être
soumis.
Pourquoi je
hais ?
La haine découle souvent d’une
insécurité primaire, compensée par une tentative de prise
de contrôle de l’entourage. « Ce que je hais ne peut
m’atteindre ; ce que je ne peux contrôler ou posséder,
je le tue. »
La haine nie
la différence fondamentale avec l’autre. Il peut semble plus
facile de créer un monde sans autre…
Gilles
Pho, 2008. © CEM