Rêve et introjection
Journée
clinique de l’association N. Abraham et M. Torok
5 octobre 2008
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Après voir affirmé que le
travail onirique est un élément essentiel de la vie psychique,
les intervenants ont proposé un regard nouveau sur le rêve en
stipulant que la fonction du rêve est de relancer le processus
d’introjection.
Freud n’a
pas fait cette hypothèse, car au début de son œuvre il
aborde le rêve par son sens et son interprétation. Un message de
l’inconscient au conscient du rêveur est crypté sous
l’effet de la censure. Il s’agit de déchiffrer un rebus.
Un intervenant
se demande alors si le rêve tient tellement à cacher ce
qu’il a à dire : pourquoi ces pensées ne restent pas
inconscientes ?
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Le rêve d’enfants qui ont un
sens d’accomplissement de souhaits contredit la conception
première de Freud. Les rêves d’enfants échappent
à la censure et appuient l’idée d’une « fonction
introjective » du rêve. Exemple :
Anna mange en rêve les fraises dont elle a été
privée
Le chapitre 6
de « l’interprétation des rêves » est
un coup de théâtre car Freud ébauche la notion de
régression. Les rêves sont vus alors comme les produits d’un
processus. On interroge ici la fonction du rêve : à quoi
ça sert ?
Comme si la
métaphore du message émetteur récepteur nous avait
éconduit ! Comme si on tenait pour vrai la métaphore du
gastro-entérologue : les selles sont les produits de la digestion
et la digestion a pour fonction de produire des selles. Faux, bien sûr !
Il est important de ne pas s’attacher qu’aux produits mais
également au processus en jeu.
La nouvelle
conception permet de considérer le rêve comme une traduction de
pensées inconscientes en images, comme une bande dessinée. La
régression est favorisée par la diminution de la censure.
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Les souvenirs enfantins attirent à eux
les idées diurnes [pensées latentes ou
représentations
préconscientes] dans la régression, alors qu’ils
sont empêchés par la censure durant la veille. Il y a là
comme un phénomène d’aimants.
Le travail du rêve n’est pas
un cryptage d’un message écrit quelque part mais une mise en
relation des restes du jour non totalement évacués.
Dans la
névrose traumatique, il y a un échec de la fonction du
rêve. La description des cauchemars rend impossible d’y voir
l’accomplissement d’un souhait.
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Faisons un détour par le jeu de la
bobine. Ce jeu permet à l’enfant de surmonter les microtraumatismes
des départs de la mère, en se rendant maître de la
situation. Il y a passage de la position passive en position active et un
souhait de revanche sur les caprices infligés par la mère comme
une réappropriation du destin par le narcissisme du rêveur.
L’enfant veut reprendre la main.
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Les restes diurnes ont une valeur de microtraumatismes.
Comme le
rêve, le jeu de psychodrame permet à l’enfant de prendre le
dessus sur la situation anthropologique d’être omnipotent. Du coup
le jeu psychodramatique relance le processus onirique.
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Il est intéressant de suivre le
trajet inverse du rêve pour le lier aux restes diurnes. Un patient
évoque un rêve ; le psychanalyste peut demander :
« Voyez vous ce qui a provoqué ce rêve ?
Racontez-moi votre journée ? »
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C’est une erreur
d’interpréter les rêves avec les symboles convenus, il est
nécessaire de considérer l’environnement du rêveur
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Les rêves réussis sont ceux
qui ne laissent pas de traces, seulement une humeur positive au réveil.
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Les cauchemars sont la voie royale des
cryptes, ils comportent des éléments de réalités
qui persistent à l’état de veille.
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Les rêves d’angoisse sont, en psychanalyse,
un appel à la collaboration : parler de quelque chose dont le
patient est incapable de faire seul(e) l’élaboration. Les
scènes traumatiques peuvent signifier qu’il y a un cadavre vivant
à l’intérieur de la psyché.
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Le rêve traumatique ne donne pas accès
aux associations libres. Attention aux interprétations hâtives qui
peuvent rompre le processus d’élaboration. Le psychanalyste
devient alors hors circuit et l’alliance thérapeutique risque
d’être rompue
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Le thérapeute reste attentif
à tout ce qui déroute son écoute et l’éveille
sur la possibilité de l’existence d’une crypte chez son
patient Exemple : une patiente possède une crypte
héritée de sa mère, qui lui interdit de faire des liens,
comme un interdit familial d’associer.
Christine Paquis
Octobre
2008
« Les exposés
au long de cette journée ont permis de mieux saisir la dimension du travail
d'introjection que le rêve réalise, le caractère trop
réducteur de confiner le rêve à la réalisation d'un
désir - ou alors il est nécessaire d’entendre qu'il s'agit du
désir (et non des désirs) du sujet.
Autre point éclairant :
les rêves traumatiques où le rêveur se trouve à la
frontière de l'effraction traumatique et d'une tentative de mise en
route du processus d'introjection.
Il est également
intéressant d’approcher le cauchemar sous l'angle du rêveur
porteur d'une crypte ou d'un fantôme.
Par ailleurs, j'ai l'intuition
que le rêve comprend en effet tout cela mais probablement plus encore.
Je me demande si, outre sa dimension et sa fonction psychique, il ne
détient pas au plus profond une dimension spirituelle et essentielle
à notre être. Le rêve est enseignant pour l'âme et
certaines civilisations ne l'entendaient-elles pas comme
une "voie royale"entre le divin et l'humain ?
Au fil de mes
élaborations, une idée clé m'est apparue : l'important
n'est pas tant pour mes patients de démêler l'écheveau
de leur vie, mais, par tout leur travail en ma présence discrète
et attentive, de trouver/créer (au sens de Winnicott) leur
liberté de sujet. Je porte donc mon effort davantage vers
moi-même pour laisser le patient le plus libre possible de tisser
son travail à sa manière en évitant de le devancer par
mes propos ou de penser à sa place. »
Véronique
Berger
Octobre 2008