Paul Racamier : l’inceste et l’incestuel
Le concept d’incestuel a été mis en
lumière par Paul Racamier dans les années
1980-1990 à partir de sa clinique de la
psychose dans les familles et plus particulièrement de la place de l’inceste au
regard de l’Œdipe.
Pour l’auteur l’inceste est le contraire de la triangulation oedipienne.
L’oedipe est un fantasme et doit le
rester. Le passage à l’acte constitué par l’inceste sort du registre de l’Œdipe.
L’inceste dans une famille ne se borne
pas à la pratique génitale, il a des équivalents et ce ne sont pas les
moindres.
« L’incestuel sera ce qui dans la
vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste sans
qu’en soient nécessairement accomplies les formes génitales. » Il représente
donc un équivalent d’inceste.
L’auteur distingue trois plans :
1-
ce qui ressort du « fantasme », qui est refoulé,
inconscient ou mythique et donc « oedipien » ;
2-
ce qui ressort du fait physique et sexuel et consiste l’inceste
proprement dit ;
3-
ce qui est constitué par les équivalents d’inceste :
l’incestuel.
Il définit l’incestuel comme « un
climat : un climat où souffle le vent de l’inceste sans qu’il y ait
inceste. Le vent souffle chez les individus ; il souffle entre eux et dans
les familles. Partout où il souffle, il fait le vide ; il instille du
soupçon, du silence et du secret ; il disperse la végétation, laissant
cependant pousser quelques plantes apparemment banales qui se révèlent urticantes. »
Pour aborder l’incestuel, Paul Racamier nous fait explorer les deux voies qui selon lui y
conduisent : la première qui part de la séduction narcissique et la
seconde de l’antoedipe.
I.
La « séduction narcissique »
Paul Racamier
utilise souvent le terme d’ « unisson » pour expliquer ce
que la mère et l’enfant vont tenter de recréer pour succéder à l’unité qu’ils
ont connu avant la naissance.
La « séduction narcissique »
serait le moyen de se séduire comme « si chacun avait à faire partie de
l’autre ».
Il nous rappelle que la séduction est
une force d’attraction dont les moteurs sont le sexuel et le narcissique. Cette
relation sera non seulement mutuelle, exclusive mais à l’écart du monde.
Elle est narcissique dans le sens où
son objectif est de constituer une « unité » où chacun se reconnaît
dans l’autre, plus exactement dans l’unité qu’ils formaient ensemble.
Cette force d’attraction qui existe
entre la mère et le nouveau né entraîne un processus entre les partenaires qui va aller crescendo. Le but ultime de cette séduction est le
fantasme d’unisson et de toute puissance. La séduction va être de plus en plus
précise, s’ajuster – comme dans une relation amoureuse. Elle va culminer dans
la fascination avant de commencer à décroître.
La relation narcissique va commencer
alors à se distendre quand les forces de croissance qui poussent à la
différenciation, à l’autonomie et à la séparation vont entrer en concurrence
ave elle. Alors l’appel sexuel - vers
l’extérieur - va l’emporter.
Puis l’idée du Moi va marquer
son déclin.
Ce que la relation narcissique aura
laissé en dépôt : « ce sentiment profond et informel de
connivence avec le monde, d’isomorphie avec le réel ».
L’empathie
Elle se retrouve dans des relations qui
fleurissent tout au long de la vie et qui sont fondées sur l’identification.
Les alliances narcissiques
« Qui
se ressemble s’assemble. »
Cette dynamique régit des relations parfois
bienfaisantes, plus souvent néfastes. Dans ces alliances narcissiques il y a
cette étroite connivence entre les partenaires qui les aveugle et fait le vide
autour d’eux.
Paul Racamier
rappelle que les noyaux de « perversion narcissique » sont des dérivés
malencontreux de ces sortes d’alliances nouées par la séduction narcissique.
Les distorsions de la séduction
narcissique
Dans ce cas, une mère et son enfant
sont « ligaturés » par une
séduction qui n’en finit pas. « Ensemble nous formons un être à tous égards
unique, inimitable, insurmontable et parfait. Ensemble nous sommes le monde, et
rien ni personne d’autre ne saurait nous plaire. Ensemble nous ignorons le
deuil, l’envie, la castration…et l’oedipe. »
Vient donc la question cruciale :
Qu’en est il, dans une telle relation, de l’irruption des pulsions
sexuelles ?
La
solution, la seule, de la séduction narcissique invétérée à l’irruption de la
pulsion sexuelle, c’est l’inceste.
Vers le dérapage incestuel
La séduction narcissique ne s’achève
pas, tout simplement parce que la mère (ou le père) ne supporte pas qu’elle
s’achève
Le credo narcissique :
« Ensemble, nous nous
suffisons, et n’avons besoin de personne. »
Fantasme de suffisance dans la
complicité
« Ensemble et soudés nous
triompherons de tout. »
Fantasme de toute puissance dans
l’unité
« Si tu me quittes, je
meurs. »
Fantasme de mort dans la
différenciation
La séduction se détourne alors de ses
destins naturels et se fait dissymétrique,
manipulatoire. « La symétrie qui caractérise le mouvement même de la
relation, cette symétrie entre les partenaires se gâte et se brise. »
L’enfant devient le miroir d’une mère avide de confirmation
narcissique.
Il devient son complément, garantie
d’identité, témoin, preuve et garant de son existence. Miroir qui doit être
insécable et indéfectible. Si l’enfant n’est là que l’instrument du narcissisme
de la mère, il est lui aussi narcissiquement flatté
« Il
bénéficie en effet d’une grandeur à laquelle il contribue. »
La séduction vire alors à la capture.
Les mères, sous des dehors hyper
protectrices, sont froides et distantes.
L’incestuel aura tendance à rebondir au
fil des générations : l’incesté deviendra incesteur.
Antoedipe arrive en
scène et accompagnant l’avènement du complexe d’Œdipe.
C’est ce qui est avant et ce qui est
contre, ce qui sous sa forme furieuse empêche
le deuil
originaire et fige le sujet dans une relation de séduction narcissique
aliénante et fait barrage aux forces innées de croissance et maturation.
L’antoedipe
tempéré, au contraire sert de socle au complexe d’Œdipe,
assurant
l’indispensable assise du
sujet.
II.
Œdipe et Antoedipe : un face à face
Œdipe et Antoedipe :
il n’est pas de constellations
conflictuelles plus importantes au sein de la psyché.
Dans les pires cas, elles entrent en
compétition.
Dans les meilleurs cas elles ont un
rapport de complémentarité
Conflit et force
Œdipe : le conflit oedipien se
noue envers les deux parents dans le registre génital de la sexualité. Il est
tissé d’une attirance vers le parent du sexe opposé (ou du même sexe) et d’un
rejet du parent du même sexe (ou du sexe opposé). Tendresse, hostilité,
angoisse sont les forces en jeu.
Cette configuration est rendue plus
complexe par l’existence d’élans tendres pour le parent jalousé et complété par
le contre oedipe parental (réactualisation de la relation oedipienne déposée
dans l’inconscient des parents eux-mêmes).
Antoedipe : Le
conflit est celui des origines et oppose des forces visant à l’union
narcissique avec la mère primaire et celles visant à
la séparation et à l’autonomie.
Personnages
Œdipe : père, mère, enfant –
triangle oedipien.
Antoedipe :
l’enfant et la mère qui porte en elle l’icône du père géniteur et le dépôt des
générations précédentes.
Butoir
Œdipe : interdit de l’inceste.
Antoedipe :
interdit de l’indifférenciation, qui empêche
la confusion des êtres, des genres et des générations.
Organisateur
Œdipe : complexe de castration qui
façonne dans la psyché l’interdit de l’inceste.
Anteoedipe : le
deuil originaire qui pousse le sujet à se tourner vers l’individualisation.
Dualité et enjeux
Œdipe : la bisexualité est le
potentiel pulsionnel et psychique. L’enjeu est l’identité sexuelle.
Antoedipe : la bigénérie – le fait de provenir de deux parents de sexes différents
et de provenir de deux générations distinctes est le potentiel. L’enjeu est une
identité personnelle.
Configurations
Œdipe : le mode d’organisation est
le fantasme : possession du parent de sexe opposé, l’enfant fait à sa
mère,l’enfant donné à son père,scène primitive et castration sont les
principaux.
Antoedipe :
«fantasme non fantasme ».
Quelque chose dans la vie qui prend la
place du fantasme, sans en posséder toutes les vertus. Fantasme non fantasme de
l’antoedipe : être générateur de sa propre vie.
Destins
Œdipe : Une névrose est l’avatar
malheureux d’un oedipe qui tourne mal, alors que la psychose est la
complication la plus grave d’un oedipe qui fait défaut.
Antoedipe : Dans sa
version redoutable, le sujet se veut l’unique auteur de ses jours et dans sa
version tempérée il se voit comme coauteur de sa vie, avec ses géniteurs.
Héritage
Œdipe : Surmoi avec sa fonction
d’interdiction et de protection. Le Surmoi défend.
Antoedipe : l’idée
du moi, qui exerce une double fonction de limite et de sécurité.
Je
suis un humain parmi les humains.
Si l’interdit de parasitage (confusion
des êtres) n’est pas respecté, alors l’interdit de l’inceste ne le sera pas non
plus. La résultante : l’incestuel…
Tout inceste est violence.
L’incestuel est violence.
L’inceste dans une génération induit
des ravages incestuels dans les générations
suivantes.
Les incestes sont des affaires
narcissiques avant que d’être des affaires sexuelles.
Tout inceste est une emprise
narcissique.
La relation entre l’incesteur
et l’incesté est dissymétrique.
L’inceste est mis au servie d’une
séduction narcissique abusive.
L’abus sexuel succède à un abus
narcissique.
L’inceste est une violence profonde
multiple, sans échappatoire.
C’est une violence faite au corps et à
la psyché « l’inceste a la très funeste capacité de
cumuler la violence par le traumatisme et la violence par la
disqualification ».
Disqualification
Si l’attaque incestueuse est
traumatique pour l’incesté, la disqualification consiste en un discrédit porté sur la valeur et la qualité intrinsèque d’un
individu. C’est une atteinte narcissique : l’inverse de la reconnaissance.
L’incesté
est disqualifié :
- Dans son élaboration psychique personnelle et dans son organisation imaginale
qui sont complètement bouleversées par la transgression effectuée par l’incesteur ainsi que par la défaillance de la mère, souvent
complice passive ou même active de l’inceste du père. Comment pour la fille
imaginer un « scénario » affectif avec son père si celui-ci la force
et la viole ?
- Dans sa capacité de désir, qui comporte la capacité de désirer l’autre, de
désirer qu’il vous désire, et aussi la capacité et le droit de se refuser à la
satisfaction.
- Dans l’intégrité de son moi, dans l’intimité de ses pensées, l’exercice
de la pensée.
La relation incestuelle
L’enfant investi sur ce mode est
tellement traité en ustensile qu’on
hésite à le considérer comme un sujet proprement dit. Il ne sera pas entier,
mais partiel. Pour commencer, il sera adulé.
Une
idole à tout faire
Il doit illuminer l’idolâtre en retour.
Il incarne un idéal ; il a tous les pouvoirs.
Celui aussi de procurer au parent la
jouissance sexuelle (même s’il ne l’exerce pas)
Il doit incarner à lui seul les objets internes qui manquent à l’auteur de
l’idolâtrie.
Telle mère n’a pas pu connaître et
aimer son père. Elle a délaissé et perdu son mari, etc.
Une
présence de fétiche
L’objet incestuel ne doit pas connaître
d’autres origines que celles de son investisseur
Impasse sur le père ou sa
famille : imaginons une famille où il y aurait des hommes mais pas de père
et où s’il y a du sexe mais pas d’interdit.
L’idole fétiche doit rester inamovible,
immuable. Toujours disponible pour combler le vide en dedans, ce qui exige
de la proximité physique. Il ne peut avoir des intentions personnelles.
Certaines mères incestuelles
atteignent la sérénité lorsque leur
objet a cessé de vivre – cultivatrices de deuil, tombent malades, ou entrent en
psychose.
Du
coté de l’enfant
Dans un premier temps, il est
ébloui de la gloire qui lui est faite. Il devient complice et adhère aux vues
et illusions de l’agent incestuel.
Il se constitue un noyau
narcissique, investi comme indéfectible et surpuissant capable de faire front à
tout.
Puis, viennent la lassitude et la peur.
Peur de perdre la grandeur
d’antan, peur de se perdre, peur de nuire à la mère.
De la coalition, l’objet
incestuel passe à la soumission. La haine le guette, il réalise qu’il a été
parasité, utilisé, jugulé Le conflit apparaît, la haine renforce la peur de détruire, d’où
l’augmentation de défenses aussi violentes.
Parmi les issues : la
maladie, la mort ou l’identification à l’agresseur.
Fantasmes
incestuels
Fantasme d’agglomération qui correspond
au vœu de former avec l’objet un noyau compact indissociable (fantasme de peau commune).
Ce fantasme commande une relation
étroite à l’abri de toute ingérence extérieure, de la différence des
générations et des êtres.
Fantasme de transpercement qui correspond
au vœu de violer l’intégrité physique et corporelle de l’objet. Il signe un
rapport d’emprise et s’oppose à l’autonomie des désirs et des pensées.
L’incestualité
à l’encontre de la triangulation
Si la construction oedipienne s’est
bien effectuée, il n’y a pas de place pour l’incestuel.
Si elle a bien rempli sa fonction
d’organisateur de la vie psychique, familiale, individuelle et sociale, le
sujet a alors intégré la différence des sexes et des générations.
Les « incestés »
ont des problèmes à différencier les générations. Ils ont des problèmes de
limite ; celles du moi et celles du corps. Ils ne savent pas où s’arrête
leur territoire et ou commence celui des autres.
Dans le « brouillage » des générations, c’est le temps qui est en
cause.
Dans le brouillage des limites entre la
psyché et le corps, c’est l’espace qui est en cause.
Inceste
contre tendresse
L’ultime adversaire de l’incestualité
c’est le sentiment tendre.
La tendresse est radicalement évincée
du monde incestuel. Ce monde est produit par un manque fondamental de tendresse
parentale.
La tendresse enveloppe – voir les
gestes maternants de la mère.
L’incestuel fait effraction dans les
corps et dans les esprits.
La tendresse s’exerce dans la
sollicitude, l’incestuel dans la disqualification.
Elle est tournée vers la douceur ;
il se tourne vers la violence
Elle se développe dans le tact qui
touche (peau), il s’affirme dans la compression comme on le voit dans les
noyaux incestuels. Elle est connivence ; il est
complicité.
Elle est partage et continuité ;
il triomphe dans les coupures, les ruptures.
Paul Racamier
n’a pas connu dans sa clinique de sujets tournés vers l’incestuel qui aient eu
pu s’appuyer sur une relation primaire de tendresse avec leur mère.
Ils ont des mères plutôt froides.
Certes ils ont été élevés, choyés et même encensés mais pas tendrement
entourés.
De là leur vient une sorte de
maladresse fondamentale Ils sont maladroits dans leur corps. Ils ont du mal à
l’habiter.
La mère chaleureuse et proche n’éprouve
pas le besoin de serrer compulsivement à tous moments son enfant contre elle.
Lorsque son enfant grandit, elle le
regrette un peu mais de réjouit fort pour lui.
Elle ne fait qu’obéir à la vie et
connaît d’autres désirs.
C’est, à contrario, la mère distante qui
veut l’enfant tout à elle.
C’est la mère rejetant qui le veut
captif
L’enfant incesté
sera placé dans la position insoutenable du « rejetté-attaché ».
Les
secrets d’incestualité
Ils barrent la route à l’imagination.
Ils tranchent, confondent, s’enferrent, obturent la vérité, la dénie, touchent
à la non vie, voire à la mort.
Ils sont les instruments privilégiés de
l’incestualité
La fonction majeure de ces secrets est
donc d’occulter les origines et de se mettre au service de la séduction
narcissique et sa version totalitaire. Le fil des origines étant coupé, la
séduction narcissique reste seule à gouverner.
Ces secrets
obturateurs sont aussi néanmoins diffuseurs. Ils propagent autour d’eux ces
ondes que l’on observe dans l’entourage des noyaux incestuels
et qui sont des ondes de silence.
Le secret
exerce un rayonnement de non dit, non à savoir, non à dire et non à penser. Il
est une injonction ; un interdit.
Cet effet de
silence et de sidération est associé avec l’effet de fascination.
Ils sont tueurs
de pensée.
Trajectoire
des secrets incestuels
Il y a d’abord la matière à
secret : la mort et la
transgression.
La mort : le décès (ou un équivalent :
disparition, incarcération, internement) d’un proche. Le décès est déjà ancien.
Le deuil n’est pas fait, soit que la mort paraisse suspecte (ignominieuse,
criminelle) la mémoire qui se perpétue n’est pas celle du mort mais du non
deuil de sa mort. La disparition peut être aussi insupportable pour une raison
narcissique : l’objet est idéalisé, glorifié.
La transgression : la principale
est l’inceste. Ce peut être aussi une simple mésalliance.
Tout secret incestuel porte sur les
origines.
Il est interdit de penser, interdit
d’imaginer. Le secret devient encrypté :
l’amalgame l’a rendu invulnérable. Le découpage en le détachant de ses
origines le rend indétectable. La mise hors circuit du fonctionnement
intrapsychique et intrafamilial le rend inaltérable et imputrescible. Il
est chéri et honni. Jamais reconnu, jamais ignoré,il
peut traverser les générations.
Le secret a une fonction de conservation :
Il maintient intacte l’occultation d’un
fait, préserve l’idéalisation de l’objet perdu dont le deuil n’a pas été fait.
Il met cette occultation et cette idéalisation à l’abri du temps et préserve de
toute atteinte le narcissisme des premiers auteurs de la mise au secret.
Il est un chaînon entre les membres qui sont liés par le secret. Il contribue
à les souder entre eux.
C’est bien la vérité qui est interdite,
la vérité sur l’inceste.
Incidences
cliniques
Lorsque nous sommes en face d’une
pathologie qui à la fois s’étale et se dissimule, d’une dynamique familiale qui
à la fois nous échappe et nous atteint, ou encore d’une psychanalyse qui
s’éternise, l’hypothèse de l’incestuel n’est pas à négliger.
En ce qui concerne les psychanalyses
interminables,l’obstacle apparent à l’achèvement de l’analyse est constitué par
un noyau ou comme en une sorte de crypte est enfermée une vérité sur les
origines du sujet et de sa famille. Qui a été couverte sous une chape de non
dit. L’ouverture de la crypte (qui exerce un effet typique d’attraction-repulsion) ne s’effectue pas sans douleur. Elle
seule peut conduire à l’heureuse terminaison de la psychanalyse.
Pour Racamier,
l’incestuel est à la jointure entre psychose et perversion.
Dans les ouvertures thérapeutiques, il y
a :
- Un cadre à replacer
Pour trouver ou retrouver une
perspective psychique.
Importance des règles, des
interdictions correspondantes.
En défendant l’intégrité de notre aire
thérapeutique, c’est l’intégrité de l’aire psychique de nos patients et de
leurs familles que nous défendons et que nous allons peut être pouvoir
restaurer.
A la suite du cadre :
Quelles réactions y aura t’il
quant à l’imposition des règles ?
Rien ; l’attitude et les
manières de la famille ne changent pas. Le patient ne varie pas dans ses
symptômes, ou ceux-ci s’accentuent. C’est la résistance au changement
Sinon :
Après une phase d’irritation,
une meilleure coopération survient, une confidence, une vérité se fait jour. Un
symptôme s’allège
C’est une réponse positive
capitale car elle est la preuve que le règne de l’incestuel n’est pas
irrésistible, et que si on y met une limite, il recule.
- Tenter de démêler les amalgames :
Essayer de réintroduire une perspective
entre l’autre et soi.
Tenter de détendre les ligatures pour
obtenir de nouveaux liens.
Ex : Un père et sa fille, ou une
mère et son fils qui vont finir par se sentir de la même famille sans pour
autant se prendre pour un couple.
- Réinventer des alentours :
La famille renonce aux ligatures incestuelles : donc à l’illusion de toute puissance,
d’immortalité pour vivre le deuil et la castration.
Il est nécessaire de travailler autour
du noyau, de requalifier le sujet.
Quant aux secrets, on ne peut s’y
attaquer directement sachant comme ils sont jalousement gardés. Nous avons donc
deux ressources qui sont interprétatives :
-> Interpréter la mise au secret
L’illusion de pérennité est à
interpréter comme telle.
Le deuil jamais fait, la déchirure
ouverte par la rupture du fil des origines.
Si le sujet ou la famille accepte
d’aborder ces domaines sensibles et de baisser la garde de l’illusion
omnipotente, un monde va se découvrir, moins grandiose mais plus vivant.
-> Autre matière à
interpréter : l’interdiction de savoir et de dire
En leur montrant qu’ils en ont peur
parce que c’est défendu.
Par qui c’est défendu ? Pourquoi
l’interdit est transmis comme un bien de famille ?
Puis, il s’agira de :
* Panser les blessures
attachées au secret faites de honte et de deuil
* Reconstituer la trame
des origines
* Renouer le fil des
antécédents
* Peu importe que le fil
soit historiquement juste ou non. (L’histoire
de sa vie et de sa famille est faite d’un mélange de vérité et de légende.)
Avec un patient incesté :
. Il a été
soumis à une emprise alors qu’il croyait être aimé.
. Il a servi
alors qu’il croyait aimer.
. Il a eu
l’illusion d’être choisi, mais lui-même a perdu la capacité de choisir.
Nous devons travailler à l’encontre des
abus narcissiques qu’il a subis et nous lui prêterons une enveloppe
qualifiante.
C’est dans le transfert qu’apparaissent
et se travaillent les contraintes subies, les choix impossibles, les secrets
imposés, les discrédits encourus ; la haine,la culpabilité et la profonde
disgrâce
Ce qui importe c’est que soit reconnue
l’authenticité du vécu du sujet.
Alors il pourra renaître à lui-même.
(Résumé de Dominique Tayebaly.)
Dans ma clinique, je rencontre très
souvent de cas de familles incestuelles et des cas
d’inceste. Ce travail me permet une vision différente de celle de Paul Racamier sur un point important : ce n’est pas
forcément l’inceste qui amène l’incestuel. C’est aussi parce qu’il y a un
climat incestuel sur plusieurs générations qu’il y a passage à l’acte :
l’inceste.
Quand on travaille sur plusieurs
générations, on prend conscience que le terrain avait été préparé au passage à
l’acte qu’est l’inceste.
Il y a des arbres où, sur plusieurs
générations, l’homme est absent : guerre, abandon, etc. en tous cas, il
n’y a pas de représentation masculine chez les ascendants. A la dernière
génération se produit l’inceste.
J’ai noté aussi que Paul Racamier n’évoque que les incestes père-fille
ou mère-fils. Qu’en est-il de l’inceste avec un autre
membre de la famille (oncle, tante, etc.) voire des incestes de fratrie ?
En transgénérationnel,
on a pu constater qu’un inceste de fratrie cache fréquemment un autre un autre
inceste non repéré dans l’ascendance.
Dans ce livre, le rôle de la mère dans
les familles incestueuses et incestuelles est
prédominant. Le rôle du père est rarement évoqué ; nullement celui de
toute personne extérieure (à la mère) qui pourrait jouer le rôle du séparateur dans la
résolution du conflit oedipien.
Ce qui est à la base de l’étude de Racamier : la séduction originaire entre la mère et
l’enfant. Il semble néanmoins important de rappeler que lorsqu’on parle de
cette relation d’amour primaire, originaire entre la mère et l’enfant, c’est
une recherche de symbiose qui va s’effectuer.
La « séduction » existe
lorsque cet amour originaire manque.
Lorsqu’on élabore un arbre en transgénérationnel, on le fait à l’aide d’un génogramme. Cette façon de dessiner l’arbre généalogique
donne des pistes très significatives de ce qui se passe dans l’inconscient du
patient qui est concerné par une problématique incestuelle
ou incestueuse
Il va faire des lapsus de dessin
révélateurs de sa souffrance et de celle de sa famille. On y voit dessinée la
confusion des genres et des générations. L’amalgame entre personnes,
l’indistinction des lignées.
On y trouve aussi le manque total de
transmission dans une lignée. Ce vide est pour la plupart un indice de la
crypte où se terre le « fantôme » (« mort injuste », deuil
non fait, non dit, secret inavouable, etc.)
Dans certains cas, il est question
d’une multitude d’informations éparpillées, éclatées, qu’il semble à première
vue impossibles à relier.
Travailler sur les renseignements
généalogiques est précieux quand il n’y a plus de mémoire familiale transmise
par la parole.
La lecture des informations
généalogiques fait surgir des émotions de façon tout à fait inattendue.
Emotions diverses selon que le consultant accède à des territoires de la
mémoire familiale inexplorés, incompris ou prenne conscience qu’il a été aux
prises toute sa vie avec un mythe familial qui ne correspond pas au vécu de sa
famille. Bien entendu, il est judicieux de chercher la signification de ce
mythe pour le patient.
Le consultant peut prendre conscience
que c’est un mythe familial qui lui est transmis. Pourquoi ce mythe et par qui
a-t-il été transmis ?
Les lapsus de langage ou de dessin au
cours du travail sont autant d’indications
précieuses. Je pense à cette sensation de froid qui traverse, pointant
le froid de la mort ou le froid de la haine familiale qui rode.
C’est ainsi que le dessin va nous
servir à aider le patient à se repositionner à sa juste place, ses ascendants
aussi.
Il va ainsi enfin faire exister dans
l’arbre « le disparu » ou « l’exclu » dont le deuil n’avait
jamais été fait. Il va remettre des limites là ou tout n’est que mélange. Il
rassemble les pièces éparpillées de son histoire pour tenter d’en achever le
puzzle.
Dominique
Tayebaly
Janvier 2008