Hypnose et psychanalyse
Séminaire
du 11 mars 2008
Historique :
L’essor de l’hypnose est dû au
médecin allemand Franz Anton Mesmer (1734-1815). Il a développé une théorie
autour du « magnétisme animal », où il traite de l’existence d’un
fluide invisible universel. Diverses commissions ont nié l’existence de ce
fluide tout en reconnaissant ses guérisons par le magnétisme.
Cette discipline, le mesmérisme, a inspiré divers thérapeutes
et docteurs, notamment Armand de Puységur (1751-1825)
considéré comme l’un des premiers psychothérapeutes modernes, puis son élève
Joseph Deleuze. Le marquis de Puységur a
placé la parole au centre de sa pratique, contrairement à Mesmer. Il a
découvert qu’une personne en état somnambulique pouvait parler et maîtriser ses
mouvements. Il part du principe que "le patient a un savoir sur sa maladie
qu’il doit mettre au jour". C’est lui qui va utiliser le transfert qui se
trame entre magnétiseur et magnétisé, bien que Mesmer l’avait déjà relevé dans
sa pratique. Il mettra en exergue une nécessaire volonté du patient, son besoin
de croire qu’il va guérir.
Joseph Deleuze (1753-1835) a étudié le transfert, le lien
affectif asexué. Sa méthode était axée sur la relation, plus précisément sur
l’écoute bienveillante des patients.
Une autre figure importante, reconnue comme étant le premier
à avoir développé la doctrine de l’induction hypnotique par la suggestion, fut
l’abbé Faria (1755-1819). José Custodio de Faria
était prêtre et professeur de philosophie. Il fut l’élève de Mesmer. Il travailla
sur l’auto-thérapie du malade mis par suggestion
directe (il disait « dormez ») dans un état somnambulique qu’il a
nommé "le sommeil lucide". Contrairement aux autres, ce thérapeute
pensait que la volonté du patient ne lui est d’aucun secours.
A signaler également l’utilisation de l’hypnose dans le cadre
de spectacles de théâtre. C’est ainsi qu’en Angleterre, le chirurgien James Braid (1795-1860) aurait découvert l’hypnose. Sa méthode
consistait à provoquer un sommeil artificiel, le somnambulisme, chez les
patients en leur faisant fixer visuellement un objet. C’est en hypnotisant un
aveugle qu’il a compris que l’essentiel, dans l’induction hypnotique, est la
suggestion verbale. Ce chirurgien a donné un nom et un statut scientifique à
l’hypnose, qui a été utilisée ensuite dans les blocs chirurgicaux pour
anesthésier les malades (avant l’apparition du chloroforme).
Durant le XIXème siècle, l’hypnose devient une
discipline pour des docteurs en psychiatrie, notamment J. M. Charcot de
l’hôpital "la Salpêtrière", ainsi que les docteurs A.-A. Liébault et le plus fameux H.
Bernheim de l’école de Nancy. Ces deux écoles se sont affrontées au sujet
de leurs méthodes : l’hôpital de la Salpêtrière s’inspirait du mesmérisme,
alors que l’école de Nancy s’inspirait des travaux de J. Braid
et de l’abbé Faria. Elles ont contribué à propulser la pratique de l’hypnose à
son apogée.
Le jeune étudiant en médecine Sigmund Freud (1856-1939) a
étudié avec Charcot à la Salpêtrière. Quelques années plus tard, il est allé
étudier à l’Ecole de Nancy avec Bernheim. Freud a exercé, durant ces premières
années de pratique, l’hypnothérapie. A partir de
son expérience de l’hypnose, après quelques années de pratique, il va
concevoir la psychanalyse. L’on peut dire que grâce à l’hypnose, Freud a pu
étudier les instances psychiques, ce qui lui a permis de reconnaître
l’inconscient.
Le fameux médecin russe Ivan Pavlov (1849-1936) s’est évertué
à démystifier l’hypnose et à la distinguer des pratiques de magie.
A noter la célèbre "Méthode Coué", du pharmacien
Emile Coué (1857-1926) qui avait étudié l’hypnose auprès de A.-A. Liébault (de l’école de Nancy).
Dans les années 1920, Pierre Janet continue à étudier les
phénomènes hypnotiques.
Ensuite, l’hypnose a continué à se développer principalement
en Russie, en Allemagne et aux USA.
Aujourd’hui, une discipline psychothérapeutique existe :
l’hypnothérapie. Les praticiens hypnothérapeutes
sont formés à ce que l’on nomme actuellement : l’hypnose éricksonienne
ou l’hypnose nouvelle. Cette discipline est pratiquée autant par des docteurs
que par des psychothérapeutes de divers courants ainsi que par des personnes
uniquement formées à cette approche particulière.
En 1979, c’est Daniel L. Araoz,
sexologue et hypnothérapeute, qui a
parlé de « nouvelle hypnose » (autre nom de l’hypnose éricksonienne).
Alain Cayrol a été le premier enseignant français de
l’hypnose éricksonienne.
C’est à partir de 1984 que l’hypnose, dans le cadre
psychothérapique, connaît un nouvel essor en France. Cette année-là, le livre
de Jay Haley a été traduit et publié sous le titre « Un thérapeute hors
du commun, Milton H. Erickson. »
Le psychothérapeute Olivier Lockert
contribue à former des hypnothérapeutes en France. Il
a écrit un livre très complet sur cette méthode (l’hypnose éricksonienne)
intitulé : "Hypnose", éditions IFHE, Paris, 2003 (2ème
édition).
Milton Hyland Erickson (1901-1980), né dans le Nevada
(USA) :
Jeune enfant, Milton H. Erickson était daltonien et dyslexique. Il avait une
perception des rythmes musicaux altérée. Il vivait en campagne, ses parents
étaient fermiers. A dix-sept ans, il eut une attaque aiguë de
poliomyélite. M. H. Erickson
entendit cette nuit-là un docteur annoncer à sa mère qu’il ne passerait pas la
nuit. Le matin, il est tombé dans un coma. Miraculé, il se réveille paralysé.
Les diagnostics étaient formels : il ne marchera plus. Milton Erickson, alité, passe beaucoup de temps à observer son
entourage, notamment sa toute jeune sœur qui commence à marcher. Il étudie
ainsi les mécanismes psychiques en œuvre lors de l’apprentissage de la marche.
Ensuite, il a commencé sa propre rééducation. M. H. Erickson
s’est auto-guéri, notamment par l’auto-suggestion.
Vu sa fragilité physique, il a décidé d’étudier la médecine.
Durant ses études, Milton H. Erickson découvre
l’hypnose lors d’un séminaire. Il va s’y intéresser et créer rapidement une
façon personnelle de l’utiliser dans un contexte psychothérapeutique. Il
présente son premier travail de recherche. Il s'attacha à y démontrer
que les états altérés de conscience et les phénomènes de transe constituent une
partie normale de la vie de tous les jours et que le plus important est la
dynamique interne de chaque individu qu'il est indispensable de respecter. (réf. Site Net : www.hypnoses.com/erickson/erickson-biographie.htm)
A noter également, qu’il développe ces années-là une idée
originale pour l’époque : travailler avec les couples ou les familles (ce
qui a inspiré l’Ecole Palo Alto et la systémique).
En 1928, Milton H. Erickson publie
un premier article consacré à l’hypnose. Dans un premier temps, les
idées d’Erickson déclenchent un vent d’hostilité chez
ses confrères. Ensuite, pendant quatorze ans, il entreprend de nombreuses
études expérimentales… Il développe une conception originale d'un inconscient
actif et positif qui contient les solutions dont l'individu en difficulté a
besoin.
Erickson se
considérait comme a-théorique,
parce qu'il refusait toute position de disciple qui, pour lui, entraîne la
rigidification prématurée de la pensée et de la méthode, et inhibe toute libre
exploration ultérieure.
Durant la seconde guerre mondiale, il entreprend diverses
recherches expérimentales pour le gouvernement.
En 1948, pour des raisons de santé, Milton H. Erickson s’installe en Arizona où il ouvre un cabinet privé
à son domicile. Il y a soigné de nombreux patients (près de 30'000 selon
certaines sources !) Sa réputation a grandi au point qu’il y sera surnommé
le "Sage de Phoenix" ou encore le "Wizard"
(= magicien, génie). Malgré de nombreux séquelles physiques
dus à une nouvelle attaque de polio (en 1951), il organise de nombreux
séminaires et conférences, jusqu’à son décès en 1980.
A noter que les fondateurs de la PNL, Richard Bandler et John Grinder, étaient
des élèves de Milton H. Erickson.
Définition de l’hypnose éricksonienne :
En plus de diverses méthodes pour
induire les états de transe hypnotique, cette pratique comporte des protocoles
thérapeutiques bien précis permettant de traiter des phobies, des traumatismes,
ainsi que pour aider les personnes à intervenir sur leurs comportements
limitants.
Déroulement d’une séance type :
Pour commencer, l’hypnothérapeute
calibre le client (soit : il détermine si le client fonctionne plutôt sur
un mode visuel ou auditif ou kinesthésique) et il le synchronise (soit :
il entre dans sa vision du monde en adoptant une position semblable et une même
gestuelle, ce qui favorise une communication d’inconscient à inconscient),
pendant que ce dernier lui parle de sa difficulté ou de ce qu’il désire
(améliorer ses performances, par exemple). Ensuite, l’hypnothérapeute
aide le client à définir un objectif (ce qu’il aimerait atteindre ou
transformer) en utilisant une communication particulière (échange orienté
solution, reformulation et recadrage du discours du client, métamodèle
et positivité). Ensuite, et selon l’objectif, le thérapeute induit un état de
transe plus ou moins profond à son client. Une fois ce dernier en transe, l’hypnothérapeute utilise le protocole d’accompagnement
adapté.
Eric Espi