L’image inconsciente du corps
Françoise Dolto
"Le désir n'est pas désir d'un objet, mais désir de
ce manque qui dans l'autre désigne un autre désir."
Serge Weidenhaum
Le concept d’image inconsciente du corps permet à F. Dolto de pallier ce qui
lui manque dans la théorie freudienne.
Premièrement, rendre compte des expériences archaïques du petit humain et
proposer un nouvel éclairage sur l’origine de certains troubles psychiques.
Rappelons que contrairement à la plupart des psychanalystes de son temps,
(comme D. Winnicott) F. Dolto envisage le début de la vie psychique bien avant
la venue au monde. Elle prend d’emblée en compte la dimension désirante du
sujet, inscrit dans le langage avant sa naissance. Elle s’attache à
« l’être au monde », sujet du désir et sujet de son histoire. D’où sa
célèbre formule « tu as décidé de naître ». C’est sur ce socle que se
développe la thématique de l’image inconsciente du corps.
Deuxièmement Dolto relance ainsi la question de la dimension corporelle de
l’inconscient. L’inconscient est affaire de corps !
Dans un premier temps, nous distinguerons l’image du corps du schéma
corporel, puis décrirons l’aspect structurel et développemental
enfin sa dimension relationnelle de sa construction.
I. Schéma corporel et image du corps
L’image du corps est une médiation pour la parole de l’enfant.
Les enfants
aiment produire des dessins libres. Contrairement à ce qu’on croit, le
psychanalyste ne peut interpréter d’emblée le matériel. C’est à l’enfant
d’associer sur son travail et de donner les éléments d’une interprétation.
L’enfant raconte ce que ses mains ont traduit de ses fantasmes et de ses
fantaisies. Le médiateur des instances psychiques (ça, moi et surmoi) est
spécifique à chaque enfant : c’est l’image du corps.
Un garçon âgé
de 10 ans, très inhibé, dessine à plusieurs séances un étrange combat de boxe.
Un seul boxeur est représenté en entier, et du second n’apparaît que le gant.
Aussi les 2 boxeurs sont à genoux. Ce « non face à face » témoigne
d’un problème de rivalité sous la forme de l’impossible corps à corps. L’un des
boxeurs porte un maillot rayé, les associations de l’enfant lui rappellent le
pull d’un camarade de classe qui rentré de l’école avec une mauvaise note,
avait reçu une correction de son père. F. Dolto demande « tu voudrais que
ton père te flanque des corrections ? » « Non, répond l’enfant,
mais son père au moins il s’occupe de lui ! » Cet enfant avait un
père indifférent à lui. Il y avait même un reversement de la situation
œdipienne, le père était jaloux de son
fils, ce qui ne lui permettait pas de se construire psychiquement. L’enfant
se sentait un grand danger pour son père. C’est l’interprétation à travers les
dessins qui a mis au jour cet autofreinage de la libido du fait de l’absence de
sécurité du père à l’égard de son fils assortie pour l’enfant du refuge dans une vie puérile de non-rivalité. Son rêve était d’être le camarade au pull
rayé.
- Il ne faut pas confondre image du corps et schéma
corporel.
Le schéma
corporel spécifie l’individu en tant que représentant de l’espèce. En principe,
le schéma corporel est le même pour tous. C’est notre vivre au contact du monde
physique. Il est le vécu du corps actuel dans l’espace. C’est lui qui sera
l’interprète de l’image du corps.
- L’image du corps est propre à chacun.
Elle est liée
au sujet et à son histoire. S’élaborant dès les temps premiers de l’existence,
elle est la synthèse vivante de ses expériences émotionnelles. Elle se
structure par la communication entre les sujets et se réfère donc à un
imaginaire intersubjectif marqué d’emblée chez l’humain par la dimension
symbolique. Elle est vivante, camouflable ou actualisable dans la relation ici
et maintenant par toute expression langagière, dessin, modelage etc. « L’image du corps est l’incarnation
symbolique inconsciente du sujet désirant. »
- Les liens entre schéma corporel et image du corps
peuvent être perturbés.
Un schéma
corporel sain peut aller de pair avec une image du corps perturbée. Comme l’un
et l’autre sont reliés, cette situation entraîne une discordance empêchant le
sujet de se servir de façon saine de son schéma corporel.
Un garçon peut
connaître son schéma corporel de petit homme et se vivre, dans son image
inconsciente du corps, comme « châtré », parce que considéré comme
dangereux par son père, ou comme « la petite femelle » d’un père
incestueux.
Dans le cas
précédent, si l’image du corps fonctionnait bien, les deux boxeurs auraient eu
chacun deux bras et auraient combattu debout, pour de bon, en face à face. On
peut dire que c’est à l’image du corps qu’il manquait un bras et des jambes.
F. Dolto reçoit
en entretien une fillette, elle dessine un très beau vase de fleurs épanouies.
La psychanalyste fait ensuite entrer la mère. La fillette fait un second
dessin : un minuscule pot de fleurs avec des petites fleurs fanées. On
voit là, la différence dans l’image du corps, selon qu’elle est en présence de
la mère ou sans elle. Relativement à sa mère elle se sent minable. Son
narcissisme est blessé dans sa relation à sa mère tandis qu’avec la
psychanalyste elle se sent le droit de s’épanouir et d’être dans sa beauté
charmeuse. Alors que la présence de la mère ne
modifie en rien le schéma corporel de la fille, elle entraîne en revanche une
modification dans l’image du corps.
- Par les médiations de langage, les parents donnent
la structure d’une image du corps saine et soutiennent la relation de
l’enfant à autrui.
Un schéma
corporel infirme peut cohabiter avec une image du corps saine chez un même sujet
comme chez les enfants handicapés physiques. Leur infirmité n’affecte pas leur
image du corps si leur relation à l’environnement humain est restée souple et
satisfaisante, sans trop d’angoisse. Lorsqu’un enfant est atteint d’une
infirmité, il est important d’expliquer son déficit physique par rapport à son
passé non infirme ou lorsque c’est le cas à la différence congénitale entre lui
et les autres enfants. Il est nécessaire qu’il puisse exprimer ses désirs,
qu’ils soient réalisables ou non selon son schéma corporel. Ainsi a-t-il besoin
de jouer verbalement avec sa mère en parlant de courir, sauter, choses que sa
mère sait comme lui qu’il ne pourra pas réaliser. Il doit être reconnu comme
sujet de ses désirs par ses parents qui l’aiment. C’est pourquoi les enfants
handicapés peuvent dessiner des corps qui ne présentent aucun des
dysfonctionnements ou des manques qui sont les leurs.
- L’image du corps est le lieu du désir.
Il n’y a que le
désir pour se trouver à se dire sans
jamais s’assouvir dans les expressions que permettent la parole, les images,
les fantaisies et, sous une forme tronquée ou déformée, les fantasmes.
Contrairement au besoin qui doit
être satisfait pour que la vie du corps puisse continuer. L’image du corps est
édifiée dans le rapport langagier à autrui et constitue un pont de
communication interhumain. Elle est relationnelle.
- Les pulsions de mort peuvent affecter l’image du
corps.
Les pulsions de
mort sont sans représentations, comme une mise
au repos du sujet (alors que les pulsions de vie sont liées à des
représentations). Elles incitent le sujet à se retirer de toute image érogène.
Ainsi
l’énurésie secondaire peut apparaître chez un enfant dont le schéma corporel
avait déjà acquis la continence. Confronté à un
état émotionnel inassimilable pour son image du corps, il en revient à la mise
en sommeil d’une zone érogène (ici urétrale). Il dort non pas comme l’enfant de
7 ans qu’il est, mais comme l’enfant qu’il fut avant la continence. Les pulsions de mort lui font perdre la continence du fait d’un désir qu’il
s’interdit. Il retourne alors à une image du corps archaïque et il tente de
retrouver un espace maternel ancien de sécurité.
Dans ses
dessins l’enfant prête une partie de son image du corps aux éléments
représentés
Lorsque
l’enfant parle de son père, par exemple, il ne parle pas de cette personne dans
la réalité mais de ce que son père est en lui, tel qu’il se le
représente. Ses relations à cette personne réelle sont fantasmées dans ses
dires. De là vient la possibilité de projection du vécu relationnel dans ses
dessins. A la question : « qui serait le soleil ? »
l’enfant peut dire « le soleil serait papa ! ”. L’image du corps
avant « l’Œdipe » (= séparation affective avec les parents qui permet l’inscription du sujet
en nom propre dans le social) peut se trouver dans toute
représentation quelle qu’elle soit. C’est ainsi que tout dessin est à la fois
image de celui qui dessine et image de ceux qu’il dessine tels qu’ils les
voudraient. C’est au moment où se fait cette projection qu’il communique sa vie
inconsciente. Avec l’entrée dans l’ordre symbolique de la Loi, du fait de la
« castration œdipienne » (=
intériorisation de l’interdit de l’inceste), la relation
directe pourra alors exprimer clairement celui dont il parle.
- Les mots correspondent à une expérience sensorielle
symbolisée.
La vision du
monde du petit enfant est conforme à son image du corps actuel. Dès la
naissance, les mots ont accompagné les contacts perçus par le corps de
l’enfant. Ainsi le mot « aimer » n’exprime pas la même chose chez un
enfant de 6 mois au stade oral et chez un adulte. Pour le bébé, c’est le
plaisir de bouche et du corps porté qui ont trait à l’érotisme oral.
Aussi, un
enfant qui se cogne à une table croit celle-ci méchante et s’attend à ce que
cette table le console du mal qu’elle lui a fait. Il projette sur le meuble son
image du corps. Ce n’est que par la parole de la mère qu’il parviendra à discriminer les choses des personnes et
arrêtera de supposer des comportements intentionnels aux choses.
D’une façon
générale, la compréhension d’un mot dépend à la fois du schéma corporel de
chacun et de la constitution de son image du corps, reliés aux échanges vivants
qui ont accompagné l’intégration de ce même mot. L’aveugle de naissance n’a pas
l’image du corps quant à ses yeux, il en a le schéma corporel. Il sait qu’il a
des yeux organes, mais il n’a pas d’image relationnelle par sa vue. Ce qui ne
l’empêche pas de parler en se servant des signifiants de la vision qui feront
image pour le voyant. Un aveugle peut dire « je l’ai vu » voulant
dire « untel est venu à la maison » parce que tout le monde dit
comme cela, alors qu’en réalité il l’a entendu. Bien qu’il ne puisse se
représenter les couleurs, l’aveugle a entendu les gens parler des couleurs
froides et des couleurs chaudes, du triste et du gai que les voyants associent
à leurs visions. L’aveugle se fait une représentation auditive et émotionnelle
des couleurs dans sa relation avec les autres.
- Vivre dans un schéma corporel sans image du corps est
un vivre muet et solitaire aux limites de la détresse humaine.
Le sujet
autiste ou psychotique reste captif d’une image incommunicable. Il ne peut se
manifester qu’un « être-chose » sans
plaisir ni peine. On voit ces enfants ignorer leurs sensations même les plus
douloureuses. En raison du manque de symbolisation, le sujet vit exilé car son
image du corps est sans médiation langagière. Il est fort possible que la
construction de son image du corps ait été interrompue à une époque cruciale
par une séparation avec la personne avec qui la relation était structurante.
Alors l’enfant aurait symbolisé pour lui-même tout ce qu’il vivait dans un code
qui n’est plus communicable. Ainsi, il est en communication avec le monde des
choses mais pas celui des humains (cf. H. Searles). Le « rapport » à
l’autre est devenu dangereux. Il se retire en lui-même et établit pour lui un
code de langage. Nous disons de lui qu’il déparle, qu’il délire.
II. La dimension structurelle et développementale
du corps
F. Dolto élargit le concept des « stades de développement » pour
en souligner l’importance cruciale des franchissements, chacun correspondants à
des remaniements pulsionnels décisifs pour le sujet. A chaque stade de
développement libidinal, l’être humain semble appréhender le temps et l’espace
de son être au monde par la médiation d’une image caractéristique du stade en
cours. L’entité image du corps serait la synthèse de trois composantes :
- L’image de base, dite aussi
« image de sécurité » assure au sujet la « mêmeté d’être ».
Selon F. Dolto, il y a un narcissisme primordial qui préexiste à la
conception de l’individu qui devient sujet du désir de vivre. C’est ce en
quoi l’enfant est un héritier symbolique du désir de ses géniteurs. Ce
narcissisme pousse le sujet à s’incarner dans un corps.
L’image de base
est la plus fragile. Toute menace contre son intégrité peut être ressentie
comme mortelle. Parce que basale, cette image est le lieu de l’affrontement
fondamental et radical des pulsions de vie contre les pulsions de mort.
Un garçon âgé
de 8 ans présente une grande instabilité. Il fantasmait les angles saillants
des murs comme lançant des flèches qui risquaient de le transpercer et de le
faire mourir sur-le-champ. Cette hantise des angles meurtriers était reliée au
signifiant « anglais ». Pendant la seconde guerre mondiale, il fut
accidenté à l’âge de 3 ans : son schéma corporel a été mis à rude épreuve.
Depuis le mot « anglais » été devenu un signifiant de grand danger
pour le corps.
La naissance
conduit au développement de la première image
de base aérienne, dite par F. Dolto respiratoire, olfactive et auditive
(impliquant sur le plan du schéma corporel, cavum et
thorax). Puis, apparaît une image de base
orale (comprenant la précédente, mais également toute la zone buccale,
associant au cavum et au thorax, le ventre, la
sensation de plein ou de vide, la faim, la soif ou, au contraire, la satiété).
Un bébé fille
de cinq jours, séparée de sa mère souffrante, refuse de s’alimenter. F. Dolto
donne au père ce conseil « rapportez lui la chemise que porte votre
femme » : le bébé enveloppé dans le linge pris de suite son biberon.
Du fait de l’absence de sa mère, il manquait au bébé l’image olfactive de
celle-ci.
Après l’image
de base orale vient l’image de base anale
(intégrant les deux premières, le fonctionnement de la sensation de rétention
ou d’expulsion et les sensations qui s’y rattachent), et enfin une image de base génitale (complète).
- L’image fonctionnelle est la caractéristique énergétique qui porte vers l’action et qui
établit des relations avec l’environnement ; elle vise
l’accomplissement du désir du sujet.
Avec ces
modifications de l’image de base évoluent les images fonctionnelles et
érogènes, et c’est ainsi qu’on peut voir l’image fonctionnelle anale, d’abord exclusivement
émissive passive, évoluer en direction de l’expulsion énergique vers les
plaisirs qui l’accompagnent, pour ensuite se déplacer sur d’autres objets
partiels du corps, également « expulsables »
comme une colonne d’air pulmonaire (chant, instruments à vents, théâtre).
Celle-ci, une fois les modalités de la sonorisation buccale découvertes par
modification de la forme de l’ouverture orale, conduira à la lallation, la
modulation de la voix et pour finir aux actes de parler et de chanter.
- L’image érogène se focalise sur
le lieu où plaisir et déplaisir érotisent la relation à l’autre. « Sa représentation est référée à
des cercles, ovales, concaves, boules, palpes, traits et trous, imaginés
doués d’intentions émissives ou réceptives, à but agréable ou
désagréable. »
La main, par
exemple, est d’abord une zone érogène préhensive orale, puis anale rejetante. Lorsque l’image fonctionnelle se trouve niée par
une intervention verbale répressive « touche pas », qui s’oppose au
désir d’agir de l’enfant, celui-ci peut choisir comme issue que la zone érogène
n’entre plus en contact avec l’objet interdit.
Une fillette
phobique du toucher a pu retrouver l’usage de la préhension par le dire de
Dolto « prends avec ta bouche de main ». Cette parole a rendu la possibilité
d’une image fonctionnelle orale-anale et de l’intérêt
oral pour les choses anales habituelles pour son âge.
v
L’image dynamique a pour fonction de relier les trois composantes. Elle correspond au « trajet du désir doué de sens allant
vers son but ». Elle pourrait se représenter comme les traits en
pointillé qui partant du sujet par la médiation d’une zone érogène de son corps
irait vers l’autre. C’est l’image du sujet se sentant dynamisé, c’est à dire désirant.
On peut parler
d’une image dynamique orale centripète par rapport au besoin ; l’image
dynamique anale est centrifuge par rapport au besoin ; l’image dynamique
génitale est centripète chez la femme relativement à l’objet pénien et chez
l’homme centrifuge. Dans l’accouchement, il y a une image dynamique centrifuge
expulsive.
L’image dynamique orale-anale, conforme au schéma corporel, suit le cheminement bouche vers anus. En cas
du vomissement, l’image orale agit le rejet de l’objet ingéré. Elle est
inversée dans la relation à l’autre.
Après le
biberon, le bébé a besoin de parler de communiquer le désir qu’il a de sa mère.
Il est à la recherche de l’autre par qui il se sent être. Si on ne lui parle
pas, il peut assouvir les potentialités dynamiques de ses pulsions suçant son
pouce. Une partie de son corps devient un support illusoire du leurre de
l’autre. Il entre dans un système compulsif où il utilise son corps pour
fonctionner.
III. Les images du corps et leur destin : les
castrations symboligènes
Nous revenons ici sur la dimension relationnelle de l’élaboration de
l’image du corps. Cette élaboration prend appui sur les dires de l’autre et
plus particulièrement sur celui de la mère auquel l’infans est charnellement attaché. Porteurs de sens,
d’avis, de jugement, d’encouragements, les dires limitent, infirment,
promeuvent. La parole de la mère médiatise (= donne du
sens par sa parole vivante et vraie adressée à la personne de l’enfant) l’absence de l’objet ou la non-satisfaction d’une demande de plaisir. De cela
résultera l’évolution de l’image inconsciente du corps.
« Non,
c’est fini, tu ne tètes plus » ou bien encore « le sein de la mère
t’est désormais interdit » sont des paroles qui, du fait de la fonction
symbolique, entraîneront au moment du sevrage une mutation essentielle : on
relègue au rang de désir ce qui était précédemment de l’ordre du besoin. On
passe donc à une relation plus élaborée qu’on appelle la relation d’amour,
laquelle est ouverture à l’autre, communication de sujet à sujet, et non plus
dévoration (interdits de cannibalisme et de
parasitage).
La parole est
l’organisateur qui permet le croisement du schéma corporel et de l’image du
corps. L’image de soi est unie par la relation
symbolique continue, pour que le nourrisson puisse de vivre de façon non morcelante (introjecter) les perceptions rencontrées.
Entendons-nous
sur le terme de «castration ». Il ne s’agit pas ici de mutilation, mais
d’épreuve limitante et humanisante. En psychanalyse, les castrations
renvoient aux épreuves auxquelles se heurte le désir comme interdit radical
opposé à la satisfaction auparavant connue, ou interdite pour tout humain (inceste). C’est le processus qui s’accomplit chez
un être humain lorsqu’un autre lui signifie que l’accomplissement de son désir
sous la forme qu’il voulait lui donner est interdit par la Loi. « L’enfant comme l’adulte est marqué
par cette Loi, la même pour tous. Le fruit de la castration par le
renoncement aux actes interdits a un effet humanisant, qui inscrit le petit
humain dans l’univers symbolique. Cette Loi est promotionnante
du sujet pour son agir dans la communauté. »
Ces épreuves,
F. Dolto les qualifie de « symboligènes »,
dans la mesure où elles ouvrent des possibilités de métaphorisation et de
sublimation des pulsions. Le passage de la frustration à la conquête d’une
situation meilleure est source de représentations
symboliques.
F. Dolto
précise que les castrations symboligènes ne sont
opérationnelles que si elles sont reçues à temps et non à contretemps. Chaque
« castration » est un passage nécessaire pour pouvoir aborder le
stade suivant.
La maturation de l’image du corps se fait grâce aux castrations
successives :
-
la castration ombilicale (fin de la vie fœtale et naissance) qui permet le
fondement du narcissisme primordial,
-
la castration orale (sevrage ou interdit de téter) est la possibilité d’accéder
au langage, le fruit de la castration anale
(fin de l’assistance maternelle) qui permet l’accès aux interdits de nuire à soi
et aux autres, à la l’autonomie et la socialisation,
-
la castration génitale primaire qui entraîne la différence des sexes,
-
la castration génitale œdipienne qui pose l’interdit de l’inceste.
Nous étudierons
en détail les « castrations symboligènes » dans
l’histoire vécue de l’enfant lors d’un prochain exposé (séminaire de mai).
Pour
synthétiser la pensée de F. Dolto en une phrase, nous dirions que la parole et le processus de castration
sont déterminants dans la construction symbolique du corps.
Aussi nous
remarquons dans sa conception, une forte proximité avec la théorie freudienne.
Certains auteurs lui reprochent même une rigidité de la théorisation des stades
de structuration.
Bibliographie
Dolto, F.,
1971, Psychanalyse et pédiatrie,
Paris, Le Seuil.
Dolto, F.,
1984, L’Image inconsciente du corps,
Paris, Le Seuil.
Guillerault, G. 2002, « Prendre corps », Enfances & PSY (n° 20).
Schauder, C 2002, « Image inconsciente du
corps, castrations symboligènes et perversions dans
l’œuvre de Françoise Dolto », Le
coq-héron, n° 168 2002/1
Marzano M., 2007, Dictionnaire du corps, PUF.
Christine Paquis
(Séminaire
du 11 mars 2008.)