Confiance et soin
Saverio Tomasella
Comment l'estime de soi modifie la relation
au patient ?
Voici
la question à laquelle Bernard Pelosse me propose aujourd'hui de réfléchir avec
vous. Pour le dire autrement : est-ce que la confiance en soi favorise la
relation avec le patient ? Evidemment, oui. Reste à découvrir comment…
Je
vais vous demander de ne pas écouter avec votre raison, votre
« tête » comme il est souvent coutume de dire, un peu abusivement,
mais d'écouter avec vos sensations, votre peau, vos muscles, vos viscères, vos
os, votre cœur, avec tout votre corps vivant, en laissant flotter en vous les
images qui viennent.
I. De quoi parlons-nous ?
Estimer,
s'estimer (confiance, fierté).
Soi
(être, personne, sujet).
Modifier
(changer, se transformer).
Relation
(lien, accueil, écoute, respect).
Patient
(personne en demande ou en souffrance).
1) Estime
et confiance
Sur quel fondement repose
la confiance en soi ?
La confiance en soi
repose sur l'amour. Les personnes qui s'engagent dans une psychanalyse sont à
la recherche d'une vie plus humaine et plus vraie. Tout être humain est en
quête de reconnaissance, d'affection et d'amour.
L'estime de soi est le
fondement d'une attitude créative face à la vie.
La confiance est un
sentiment fondateur : elle rend plus capable d'oser, de se risquer, de
chercher, d'inventer, , et de se lancer dans l'action. Etre confiant permet de
mieux accueillir, écouter, percevoir…
Quels sont les bénéfices de la confiance ?
- Un
meilleur discernement : faire la part des choses entre ce qui vient de soi
et ce qui vient de l'autre, ce qui concerne un comportement ponctuel et ce
qui concerne une identité profonde.
- Une
moindre confusion : dans la relation, les singularités de chacun vont
pouvoir s'exprimer sans être étouffées ou nivelées par peur de la
différence.
- Une
plus grande indépendance : moins se sentir sous le regard des autres pour
exprimer librement sa pensée, mettre en œuvre un projet ;
- Plus
de détachement et d'humour : relativiser les conflits et les échecs ;
- une meilleure
communication : du moment où les émotions, le ressenti, les convictions de
chacun sont acceptés et valorisés, la communication est plus libre, plus
riche.
Quels sont les principaux freins à la confiance en soi ?
- Le
perfectionnisme : la peur de l'imperfection, la recherche de
« toujours » bien faire ou de « toujours » faire
mieux.
- Les
préjugés : se persuader que l'on sait les choses d'avance.
- Le
fatalisme : « tout est déjà écrit », « ce qui est arrivé devait arriver ».
- La
plainte : faire porter à l'environnement la responsabilité de ce qui
n'aboutit pas, ou ne change pas, ou ne s'inscrit pas dans l'action, voir
tout en noir, décourager l'autre ou miner son enthousiasme.
- les
modèles : aucune personne ne peut correspondre complètement à un modèle ;
lorsque l'on donne la primauté au modèle, il y a souffrance à cause du
décalage entre ce que l'on vise et ce que l'on est, puis dépréciation de
soi-même.
Il
est bon de penser à soi…
Si je
me sens exister uniquement dans le regard des autres, par leurs appréciations, leurs autorisations, je dois sans cesse m'adapter à leurs
demandes. A l'inverse, si je m'appuie sur mes ressentis (sensations,
perceptions, émotions) pour construire mon sentiment d'identité et élaborer une
pensée personnelle, je ne dépends plus des autres : je peux entrer en
relation avec eux, de façon libre et paritaire.
La confiance favorise la relation
La confiance en soi
facilite l'ouverture et l'élan vers l'autre.
Une personne qui connaît
sa juste valeur, ses forces, ses faiblesses, entre dans un cercle fécond :
elle trouve plus facilement et plus rapidement, des solutions aux questions qui
surgissent dans toute relation, même au travail. Elle est capable d'anticiper
certaines évolutions qu'elle sent se dessiner ou qu'elle souhaite induire en
accord avec son désir.
La confiance est le
regard porteur qu'un être pose sur soi-même. Ce regard peut être optimiste,
encourageant, bienfaisant.
Etre
accueilli pour s'accueillir
Que
se passe-t-il pour le nourrisson ? Il se mire dans le regard de ses parents. Il se voit comme ils le
voient ; il se considère selon leurs critères. S'ils prennent soin de lui
avec sollicitude, il saura prendre soin de lui-même. Au contraire, s'ils le
délaissent, le négligent, l'abandonnent, le traitent mal, il aura tendance à se
délaisser, se négliger, s'abandonner et se mal traiter. Je ne peux apprécier,
voire aimer, les autres que si je développe la capacité d'apprécier mes
qualités, et de m'aimer, au moins un peu.
L'autre
au-delà de soi
Il
s'agit d'apprendre à l'enfant à vivre le manque. L'enfant supporte d'autant
plus facilement
d'attendre, s'il est reconnu et valorisé par ses parents. Par exemple, il peut
accepter de ne pas avoir le plus beau camion de pompier, s'il est dans une
relation de paroles avec l'un au moins de ses parents. Parler du camion de
pompier, de ce qu'il représente pour l'enfant est plus important, plus
vitalisant et plus humanisant que le posséder.
La santé correspond à un va et vient entre
soi et l'autre, l'intérieur et l'extérieur, le contact et le repli. La santé
est la manifestation de ce qui est vivant. Elle est aussi synonyme de
fragilité.
2) Eloge
de la fragilité
Le
terme « fragilité » vient
de la même racine que fracture.
Fragile découle de frangere qui signifie
briser et qui donne fraction et fragment.
La
fragilité peut être comprise comme effraction, fêlure, rupture et nous conduit
à la cassure, à la division et au morcellement.
La
vulnérabilité est intéressante parce qu'elle ouvre à au-delà de soi et au-delà
de l'immédiateté : au delà de l'audible, du visible, du palpable, et
depuis Freud à l'inconscient. « Le
Moi n'est pas maître dans sa maison. » L'exploration de cet
inconscient va permettre d'aller vers la
guérison…
Dans
une perspective artistique, voicice qu'écrit le dramaturge Jean-Claude
Carrière : « un personnage ne
peut nous toucher que lorsque nous avons trouvé en lui ce que nous appelons sa
"vulnérabilité". Tout le théâtre, tout le cinéma, toute la
littérature, toute forme d'expression repose sur la fragilité. Elle est notre
source cachée, le moteur de toute émotion et de toute beauté. Acceptons-la.
Revendiquons-la. Soyons frêles mais souples. Nous devons préserver notre
fragilité comme nous devons sauver l'inutile. L'inutile, parce qu'il nous sauve
du simple calcul productif, maître du monde. Il nous permet de nous en évader,
il est notre issue de secours. La fragilité nous rapproche les uns des
autres. »
Ce
qui sous-tend notre fragilité autant que notre confiance est de l'ordre de la
sensibilité. Comment cette sensibilité a-t-elle été accueillie dans notre
environnement, notamment enfant ? A-t-elle été encouragée ?
3) Fracture
et fragmentation. La réalité des traumatismes.
Il
existe des moments critiques durant lesquels la sensibilité est mise à mal,
soit par rejet ou dévalorisation, soit par effraction.
Une
effraction correspond à l'acte de briser ce qui fait limite ; à une
intrusion violente, qui attaque la peau, l'enveloppe subjective ; ou à une
négation de l'intimité, qui provoque la dissolution des contours de l'être.
L'effraction
due à une violence physique ou psychique provoque un déferlement qui
submerge la personne. Cette sensation est telle qu'elle peut donner au sujet le
sentiment de disparaître en vivant une agonie psychique. On parle alors de
sidération.
La
psychanalyse définit le « traumatisme »
comme un « événement de la vie
du sujet qui le déborde par son intensité ».
Un
traumatisme est une expérience de violence hors du commun au cours de laquelle
l'intégrité d'une personne est menacée. La soudaineté de l'événement submerge
sa capacité à y faire face et la plonge dans la détresse et l'effroi.
Voici
le témoignage d'une femme d'une cinquantaine d'années :
« Le choc a la violence d'une explosion volcanique,
avec la lave en feu qui ruisselle à l'intérieur de chaque parcelle de mon être.
Après coup, la mémoire du choc est plus insidieuse, mais tout aussi violente.
Elle provoque un arrêt sur image, un élan coupé qui ne reviendra plus.
Imaginons un enfant qui court dans un champ ; il court, il vole presque,
emporté par sa joie, son innocence, son désir de vivre. Tout à coup, il
s'arrête et s'effondre.
Le corps est comme replié sur lui même, rigidifié,
tétanisé, d'ailleurs je dois rester tapie, silencieuse pour ne rien réveiller
de ce moment abominable, indicible. Ne surtout pas réveiller cette monstruosité
qui a empli chaque fibre de mon être. Ce choc a créé une béance dans l'être qui
laisse s'engouffrer des résidus au fil des jours. L'âme erre, affolée, bleuie, exsangue, brisée.
Du temps, beaucoup de temps m'a été nécessaire pour dire
les mots qui ont pu repousser cette mise à mort. Ce n'est que par l'émergence
de la parole juste, du regard bienveillant et du souffle de l'amour que l'être
traumatisé reprendra petit à petit sa respiration. »
Sandor
Ferenczi, psychanalyste ami de Freud, a mis en évidence la fragmentation que
produit un traumatisme grave : le sujet est atomisé. « Si l'enfant se remet d'une telle agression,
il en ressent une énorme confusion ; à vrai dire, il est divisé, à la fois
innocent et coupable, et sa confiance dans le témoignage de ses propres actes
est brisée. » « L'enfant dont on a abusé devient un être qui obéit
mécaniquement, ou qui se bute ; mais il ne peut plus se rendre compte des
raisons de cette attitude. »
Pour
clore ce premier temps, disons que : la confiance est le fruit naturel de
notre sensibilité, y compris dans ce
que la vulnérabilité la plus intime peut permettre de créer et d'exprimer,
notamment dans l'art.
II. Dans quel monde vivons-nous ?
1) Le
commerce de la dépression
La consommation de petits ou grands médicaments
contre l'angoisse ou la dépression est impressionnante : elle était déjà
forte il y a quelques années, elle ne cesse d'augmenter. Pourquoi ?
Plusieurs phénomènes y concourent :
·
la croyance en la pharmacologie
miracle reste très forte : il semble d'ailleurs plus facile d'avaler une molécule
que de regarder en face son existence, de s'interroger sur soi-même et de
prendre le temps de réfléchir ;
·
ne pas être en forme, parler de ses
fragilités n'est pas à la mode, à une époque où le positivisme forcené est
souvent de rigueur ;
·
la course à la performance, dans les
registres privés et publics, pousse beaucoup de nos contemporains à s'en
demander trop à eux-mêmes, si ce n'est à vouloir plus, sans cesse, y compris
d'eux-mêmes ;
·
la mort est très fréquemment
occultée de la culture actuelle et des échanges en famille ou ailleurs ;
les deuils sont donc de plus en plus empêchés ou perturbés, engendrant des
« maladies du deuil » qui se révèlent brusquement lors de moments
éprouvants ;
·
les médecins généralistes ne sont
pas formés à écouter les détresses de leurs patients, ils se sentent vite
dépassés ; ils prescrivent des médicaments pour se protéger des angoisses
et du désarroi que la désorientation de leurs patients génère en eux.
Jordi est un « médecin de famille »,
comme il aime le préciser, à peu d'années de la retraite. Son existence a
brutalement basculé il y a quelque temps avec la mort accidentelle d'une de ses
filles. « Jusqu'alors, j'étais très sûr de moi, de ma compétence, de la
science, de la médecine. Je travaillais beaucoup. Je consacrais peu de temps à
ma famille et à mes loisirs. Lorsque je recevais un patient un peu déprimé, je
ne prenais pas vraiment le temps de l'écouter, pas simplement parce que cela
m'ennuyait, ou me faisait peur, mais aussi parce que je ne savais pas comment
faire pour écouter, pour poser les bonnes questions au bon moment, pour parler
à propos. Je reconnais que c'était facile de lui donner des anxiolytiques et
des antidépresseurs, la combinaison la plus aveuglément donnée par les
généralistes, sans vraiment chercher à savoir ce qu'il en est de la réalité
vécue par l'être humain qui est là, devant son médecin ; parfois la seule
personne à laquelle il peut se confier. En plus, je ne croyais pas du tout aux
psys, j'étais même assez méprisant. À la mort de ma fille, j'ai sombré, à mon
tour, dans le gouffre. C'est moi qui n'en pouvais plus, qui me sentais
abandonné, à en crier nuit et jour, à en verser toutes les larmes de mon corps,
c'est moi qui n'arrivais plus à me lever le matin, qui n'avais plus goût à
rien, qui ne voulais parler à personne. Pourtant, je savais bien, au fond de
moi, qu'aucun médicament ne me rendrait ma fille, qu'aucun principe actif ne me
redonnerait le goût de vivre. » Grâce à un collègue et ami, qu'il avait
longtemps gardé en distance, Jordi accepte alors de participer à un
« groupe Balint » : des
praticiens se rencontrent régulièrement pour parler de leur métier, en toute
honnêteté et sincérité. « Cela m'a beaucoup aidé ; oui, les paroles
échangées librement, l'écoute simple de mes confrères, la compassion discrète
de mes congénères humains : c'est cela qui m'a permis de remonter la
pente. De sortir du gouffre de l'absence dans lequel j'avais glissé. »
Les interactions avec la société
Un point de vue complémentaire est nécessaire
pour réfléchir aux nombreuses formes de lassitude et d'abattement. L'histoire
des sociétés met en perspective la souffrance individuelle par rapport aux
croyances communément admises qui façonnent les mentalités. Si nous pensons,
comme Spinoza, que nous souffrons d'abord de nos pensées, c'est-à-dire de mal
penser, de penser faux, en dehors du réel, il devient évident que certaines
« valeurs » proposées par un groupe social peuvent rendre malade.
Du temps de Freud, il s'agissait de
l'enfermement des femmes à la maison, dans des rôles d'intendance familiale
autant que de soumission politique et sexuelle. L'homme lui-même était
prisonnier d'un rôle socialement définit qui lui interdisait souvent l'accès à
sa sensibilité. L'hypocrisie morale de l'époque empêchait la possibilité d'une
vie sexuelle épanouie, en tout cas au grand jour ; l'homosexualité, par
exemple, étant alors présentée comme scandaleuse et irrecevable. Au moment de
la formidable révolution sociale de la jeunesse, au printemps 1968, la
sexualité n'a plus été la source principale des conflits intimes et
« extimes ». À partir des années 1980,
le virus du sida a de nouveau changé et compliqué la donne, mais plus encore,
c'est l'arrivée massive de l'idéologie « ultralibérale », visant à un
capitalisme déshumanisé et désolidarisant qui a de nouveau bloqué les processus
d'émancipation et d'épanouissement des personnes comme des groupes. Pour
plusieurs raisons :
·
le primat du rendement dans tous les
domaines au détriment de la relation humaine ;
·
la domination des critères techniques,
là encore dans toutes les disciplines, évinçant l'aspect singulier et subjectif
des situations ;
·
la course au « plus-de-jouir » dans une
consommation effrénée, finissant par éteindre la capacité désirante de la
personne.
Ces nouvelles « valeurs » sont
aveuglément admises et quasiment pas contestées. Pourtant, ce sont elles qui
vident de sens l'existence de nos contemporains et assignent l'individu à un
rôle de pantin obéissant, de machine dopée : docile et productrice le
jour, consommatrice avide le soir et le week-end, jouisseuse droguée puis
« narcosée »
la nuit. Julia Kristeva ne s'y trompe pas : « Le tout-sexe s'est
transmué en prétendue paix universelle, gérée par le spectacle et le profit, et
a fini par se confondre avec la mort du désir » … Le sexe sans
limites éteint la capacité désirante : avec l'excitant du matin, le
calmant du soir, l'hominidé leurré par l'idéologie de la jouissance maximale
consomme du Viagra pour feindre ou mimer les élans du désir : société des
apparences et du virtuel sans humanité. Même s'il ne s'agit pas
uniquement des personnes, chaque fois singulières, ce schéma sous-jacent du
système social actuel induit des dysfonctionnements qui dérivent fréquemment
vers l'activisme pour certains ou la dépression pour d'autres…
A
l'opposé, se trouve la relation humaine, j'y reviendrai, mais d'abord écoutons
ce qu'en dit l'acupuncteur et psychothérapeute Benny Cassuto :
« L'aventure de la relation à l'autre
nécessite une respiration, un aller et un retour, c'est-à-dire une ouverture
vers l'autre mais aussi une attention à sa propre perception. »
Nous
avons déjà là une indication précieuse pour notre activité de soignant : « Ecouter et être présent au ressenti
de l'instant. » Les repères pour accueillir, recevoir, écouter et accompagner
sont des repères humains, pas des règles abstraites, pas des protocoles. Il est
question d'éthique, une éthique des situations,
chaque fois singulières.
« L'éthique de la singularité humaine
est celle de la sincérité, sur fond d'estime de soi, car l'affection que l'on
se porte soulage l'autre de devoir nous en donner ».
2) L'institution
thérapeutique et ses limites
J'ai
parlé de guérison tout à l'heure. Je sais qu'il s'agit d'un mot souvent malvenu
et mal apprécié. Un mot qui rebute ou qui fait peur. Apporter des soins à
l'autre, y compris des soins psychiques, correspond déjà à une démarche vers la guérison. Voici ce qu'en dit
Platon : « L'erreur répandue
par les hommes est de vouloir entreprendre séparément la guérison du corps et
celle de l'esprit. »
Ce à
quoi Georges Sand répond, en nous mettant sur la voie : « L'esprit cherche et c'est le cœur qui
trouve. »
« Cœur »
est un gros mot, mais peu importe. Demandez-vous sincèrement à quelle place vous
mettez votre sensibilité dans votre travail. Je veux dire vos sensations, vos
émotions, vos sentiments et aussi les valeurs humaines profondes auxquelles
vous croyez. Vous avez pu constater à quel point le « cœur » est à la
fois une boussole et un baromètre particulièrement aidants pour écouter l'autre
et tâcher de le comprendre.
Soin
et thérapie
Bien
évidemment, il ne s'agit pas d'éradiquer des symptômes, mais d'accueillir un
être humain unique dans sa globalité. Il ne s'agit pas non plus d'anesthésier
des sensations désagréables ou de rafistoler des connexions neuronales
défectueuses, mais d'observer des processus psychiques. « Les symptômes ne sont pas forcément des témoins à réduire au
silence, des ennemis à étrangler. » recommande le Dr Billot, qui
a été un de mes guides en la matière.
Alors,
qu'est-ce qu'un thérapeute : littéralement, il s'agit d'un accompagnateur.
Le mot grec « thérapon », à
l'origine désigne le « second au combat », celui qui accompagne
l'autre dans les épreuves.
Différentes
conceptions de la maladie mentale
Par
exemple, en hôpital psychiatrique, il existe de très nombreuses approches
thérapeutiques. Art thérapie, ergo thérapie, packing (ou enveloppements
humides), psychodrame, psychanalyse, thérapies systémiques, etc. Toutes ont
leur intérêt. Comme je suis psychanalyste, je vais vous donner un point de vue
parmi tant d'autres, celui d'un psychanalyste américain peu connu, Joseph
Berke, qui a travaillé avec Ronald Laing dans les années 1960 et 70 en
Angleterre.
Son approche en vaut d'autres, tout aussi intéressante et thérapeutique que
celles de Harold Searles aux Etats-Unis, ou celles de Piera Aulagnier, de
Françoise Dolto, ou de Gisela Pankow en France.
Voici
ce qu'il a noté concernant sa patiente Mary Barnes :
« J'ai appris comment et pourquoi une
personne arrive à faire de sa vie un tissu de nœuds et à oublier ensuite où
commence le dernier fil. » (p. 97)
« Ce que l'on nomme communément
''maladie mentale'' n'est pas une maladie mais un exemple de souffrance
affective entraînée par un trouble dans tout un champ de relations sociales, à
commencer par la famille. Autrement dit, la ''maladie mentale'' reflète ce qui
se produit au sein d'un groupe humain perturbé ou perturbant. Le plus souvent,
une personne cataloguée comme ''malade mentale'' est le bouc émissaire sur
lequel se déchargent les troubles affectifs de sa famille ou de son entourage,
alors qu'en réalité elle est peut-être le membre le plus sain du groupe.
[…] La schizophrénie est une carrière et
non pas une maladie. Le plus souvent, elle se déclenche avec l'aide et
l'encouragement de la famille proche. »
(p. 98)
« Ces gens n'échangeaient pas des
paroles mais se lançaient des mots, et pas directement, mais sur la tangente.
Leurs positions se modifiaient sans cesse. Il était difficile de savoir qui
parlait, et de quoi. […] Les paroles des personnes étaient souvent en
contradiction avec leur façon de s'exprimer (ton de la voix, mimiques). » (pp. 101-102)
« L'une des pratiques caractéristiques
de ces familles, qui constitue une arme essentielle pour les parents acharnés à
détruire l'autonomie de leurs enfants, se nomme double contrainte. Il s'agit
d'un moyen d'enfermer quelqu'un dans une camisole de force de culpabilité et
d'angoisse afin de l'empêcher de faire ce qu'auparavant vous lui aviez demandé
ou permis. C'est une recette formidable pour rendre fou. » (p. 102)
« Je décidai de ne jamais me mettre dans
une position telle que je sois obligé ou forcé d'agir envers les autres de la
même façon que mes maîtres. Pour cela, il était nécessaire de cesser - cesser
de projeter ses propres troubles sur les autres, cesser de transmettre son
ignorance aux autres et cesser d'agir comme les chiens de garde d'une
entreprise de brutalité institutionnalisée. » (p. 110)
3) L'importance
du cadre
Le
mot cadre correspond au « setting » anglo-saxon. Il désigne l'espace
thérapeutique et ce qui le rend possible : avant tout, les règles de
fonctionnement qui permettent de travailler sans déraper vers la fusion
affective ou les passages à l'acte et sans mélanger les plans :
l'inconscient psychique avec le discours conscient, le passé avec le présent,
l'autre avec soi, etc. Le cadre rend possible, non pas de supporter la folie,
mais de la déceler, de la désigner, d'en repérer les fonctionnements, pour
l'explorer et la transformer, ou déjà -au moins- pour lui donner un sens. Le
respect du cadre rend possible le travail en commun et justement la mise en
place d'une confiance réciproque, pour retrouver ensemble ce qui était endormi,
occulté, refoulé… ou déformé au point de devenir méconnaissable.
Si je
n'ai pas assez confiance en moi et en mon désir d'accueillir l'autre, il me
sera difficile de lui faire confiance et d'inspirer en lui assez de confiance
pour faciliter nos échanges.
Les
limites du cadre duel
Pourtant,
en institution psychiatrique, le travail à deux n'est pas suffisant. Le groupe
thérapeutique est important, lui aussi. Vous le savez bien, en fait, tous les
intervenants dans l'hôpital sont thérapeutes. Quel que soit votre poste, vous
avez tous un rôle à jouer dans l'accompagnement des patients. Reste alors à
nous entendre sur ce rôle, notamment par rapport à ce que nous pourrions nommer
la réalité.
En 1966,
Le Dr Oury éveille les thérapeutes de psychotiques au risque du mot réalité. Il
précise : « Je ne pense pas que
le soignant soit le représentant de la réalité, mais d'une certaine situation
symbolique. » Il s'agit de « créer
un cadre fait de lieux, d'activités et d'échanges susceptibles d'aider le
psychotique à émerger progressivement de son rapport stéréotypé avec le monde,
pour le faire accéder à l'imprévisible, au singulier, au vivant dans un espace
thérapeutique de symbolisation. » Le
Dr Dalle nous invite à faire attention aux « rigidités
que suscite l'angoisse apaisée par le dogme ». En vérité, il n'y a
aucun dogme qui tienne la route, vous le savez autant que moi. Les méthodes et
les protocoles peuvent être mis en avant au détriment de l'accueil et de la
créativité. Ainsi la rigueur et la souplesse sont nécessaires tout à la fois,
car, « pour ce qui est de la
psychose, rien n'est acquis que dans le relatif ».
III. Quelle place pour la personne, son
histoire, sa sensibilité et son intelligence ?
L'expérience
prouve que le chemin humain de guérison, pour se remettre debout et en marche,
demande d'accepter ses fragilités.
Lequel
d'entre nous pourrait prétendre ne pas avoir vécu d'épreuves
personnelles ?
Quels
enseignements, quelle connaissance avez-vous pu retirer de la traversée de vos
épreuves ?
Le 18
août 1943, quelques jours avant sa déportation, Etty Hillesum écrit : « Je suis très fatiguée depuis quelques
jours, mais cela passera comme le reste ; tout progresse selon un rythme profond propre à chacun de nous. Nous
devrions apprendre à écouter et à respecter ce rythme : c'est ce qu'un
être humain peut apprendre de plus important dans cette vie. »
1) L'accueil
du féminin ?
Par
un procédé bien connu, nous avons tendance à rejeter en dehors de nous ce qui
nous gêne. En prêtant à l'autre ce qui me dérange dans ma personne, je crois
illusoirement m'alléger d'un poids. Ce « mécanisme de défense »
s'appelle la projection : l'expulsion hors de soi de ce qu'on ne peut ou
ne veut reconnaître en soi, souvent par manque de confiance et d'estime de soi.
S'il
est plus facile de prétendre que le fautif, c'est l'autre, il est aussi plus
confortable de croire que l'autre est fragile, et non pas soi. La fragilité est
alors très vite le problème d'autrui, bien rarement le sien. Regardez comme mon
voisin, ma collègue, mon enfant, ma femme, tel patient sont fragiles. Eux, pas
moi !
L'extériorisation
de mes fragilités en pointant celle des autres détourne l'attention
ailleurs : je crois pouvoir faire l'économie de la conscience de soi.
Ecoutons
Julia Kristeva : « Nous sommes
en vie parce que nous avons une vie psychique. La vie psychique est cet espace
intérieur, ce for intérieur qui
permet de recueillir les attaques du dedans et du dehors, c'est-à-dire les
traumas physiologiques et biologiques, mais aussi les agressions sociales et
politiques. L'imagination les métabolise, les transforme, les sublime, les
travaille : elle nous maintient vivants. »
Kristeva
prône une « réhabilitation du
sensible ». Pour elle, il est vital de « revaloriser l'expérience sensible ».
C'est
également ce qu'affirme le psychanalyste britannique W. Bion : « Pour affronter une expérience,
nouvelle, surtout si elle est douloureuse, l'important n'est pas tant d'être en
mesure de penser intellectuellement, que d'éprouver émotionnellement avec toute
sa sensibilité. »
Le
féminin est mis à mal parce qu'il est synonyme d'intériorité, de sensibilité,
de fragilité. Il est alors important
d'interroger la place du féminin dans nos idées et nos comportements.
Comment
acceptons-nous le manque, le creux, l'insaisissable ?
Ne
serait-ce pas là notre plus grande fragilité ? Ce « roc » sur
lequel nous buttons tous, l'inventeur de la psychanalyse l'a nommé « refus
du féminin ». En 1937, deux ans avant sa mort, réfléchissant sur la fin de
la cure psychanalytique, Sigmund Freud mettait en évidence une résistance
fondamentale, parfois irréductible, chez les hommes surtout, mais aussi chez
les femmes. Pour les hommes, il s'agit de la grande difficulté à reconnaître sa
part féminine, sa capacité à accueillir et recevoir, donc à développer son
intériorité. Pour les femmes, l'enjeu est de lâcher la revendication idéalisée
d'être un homme (comme si c'était la seule sexuation anatomique valable) et
d'accéder à la fierté d'être femme…
2) Confiance en soi : accueil de
l'autre
Voici
un exemple de cette confiance qui favorise la connaissance de soi.
Un
homme d'une quarantaine d'années, en pleine situation de crise dans son couple
et de détresse personnelle, m'envoie un message…
« Je
me rends compte que je vous écris pour avoir un contact humain quelque part sur
terre, comme si le monde avait disparu et que je me retrouvais seul, c'est là
ma panique.
Un
jour, peut-être, arriverai je à dormir la nuit, à ne plus paniquer comme un
bébé abandonné. A ne plus m'agiter toute une nuit durant avec un répondeur
téléphonique que je finis par connaître par coeur.. La mort d'un nouveau né
abandonné doit être la pire qui puisse exister... et j'ai l'impression de la
vivre si souvent. » « Le vide du
nourrisson qui meurt, jeté au caniveau, les bras tendus vers le ciel ! C'est
comme une noyade ».
Il y
a environ deux ans, avant de commencer sa recherche sur lui-même, cet homme
était dur, fermé et sûr, pourtant il manquait complètement de confiance en lui.
Il n'était pas encore préparé à accepter ses fragilités, ses limites et sa
solitude. Aujourd'hui, il est capable de les nommer et d'appeler au secours…
Son parcours a été long, puisqu'il sort peu à peu d'une très forte addiction
sexuelle et d'une grande dépendance affective. Il a également appris à vivre sa
solitude, à l'accepter comme telle, aussi rude soit-elle, sans chercher à la
fuir dans des parties de sexe anonyme, qui l'excitaient terriblement rien que
de les prévoir, puis lui donnaient envie de vomir (et de mourir) après.
Cela
me fait penser aussi à la récente confidence d'un patient. Cet homme de 39 ans
reconnaissait, pour la première fois, après de longues années d'exploration de
son histoire et de son inconscient, qu'il n'avait pas d'empathie pour les
autres, qu'il était incapable de ressentir la moindre compassion. Cette
découverte est survenue deux jours après avoir ressenti de la tristesse pour
lui-même, chose tout à fait nouvelle dans son existence…
Dans
le même mouvement, cet homme s'est rendu compte qu'il mettait sans cesse ses
amis à l'épreuve, comme son père l'avait fait avec ses amis et également avec
lui. Cette faille inconsciente, par laquelle il répétait indéfiniment les
blessures du passé, le maintenait dans un grave isolement affectif et le
privait de développer un peu d'estime de lui-même. Cet homme ne s'aimait pas du
tout et passait son temps à se dénigrer. Il peut maintenant inventer de
nouvelles façons d'être en relation avec ses amis.
Introjection
et libre arbitre
Ces
mises en conscience sont possibles grâce à un processus d'intériorisation et de
symbolisation que les psychanalystes nomment « introjection ». Ce
terme, inventé par Ferenczi, désigne « le
mécanisme psychique fondamental qui nous permet de prendre et de garder dans
l'esprit les traces de toutes nos expériences - qu'il s'agisse de nos
sentiments, de nos désirs, des événements ou des influences du monde extérieur.
Chez le bébé, les premières introjections lui permettent de conserver des
images de lui-même et des images de sa mère. […] Comme il n'est pas possible
d'accueillir dans l'esprit les choses et les gens, ce sont des symboles qui les
représentent. »
Notre
sensibilité est une aide pour la mise en pensée de nos expériences, capacité
qui est nécessaire à une bonne estime de soi et à une confiance solide den la
vie. De là, la possibilité de choisir et de se déterminer par soi-même…
3) Confiance
et créativité
L'être
humain est un projet qui se constitue peu à peu. D'une certaine façon, il peut
se définir par l'ensemble de ses sensations, de ses sentiments, de ses pensées,
de ses paroles et de ses actes.
Pour
que le sujet advienne - c'est-à-dire vous et moi dans notre personne unique, dans
ce que j'aime appeler notre mêmeté,
il est nécessaire de libérer la parole, donc le désir. Je
ne peux me constituer que si j'accepte d'exister, par moi-même, au-delà des
dogmes, des discours et des modèles. Je ne peux vraiment exister que si je
décide, un jour, de parler en mon nom de ce qui m'est essentiel.
Comment
l'autre, malade, souffrant, pourrait-il le réaliser s'il ne perçoit pas d'abord
en moi cette possibilité à laquelle il pourra avoir accès ?
Pour
avoir confiance en moi et me créer, il m'est nécessaire de m'engager dans un
cheminement de conscience. Ce « processus
d'ouverture et d'élargissement de soi », qui correspond à
l'introjection, peut être entravé par un certain nombre d'empêchements : le
non-dit, le secret, la crypte, les fantômes au
sein d'une relation ou dans la généalogie, les traumas non résolus, les deuils
non réalisés et certaines productions de l'imaginaire (les
« fantasmes » ; là je ne parle pas de l'imagination),
c'est-à-dire des leurres (non pas des illusions passagères, mais des croyances
qui faussent notre discernement).
Souvent,
le principal travail à accomplir est un processus de deuil : accepter la
réalité dans ses limitations. Comme
dans tout processus d'introjection, nous avons besoin d'un autre de confiance
pour intérioriser nos sentiments et notre vécu face à la situation, pour nous
enrichir d'une expérience nouvelle, aussi rude soit-elle.
« Il n'existe pas de deuil qui se
déroulerait seul à seul, sans qu'une tierce instance en partage les
moments. », affirme Maria Torok.
Deuil,
donc, avec sa cohorte de remaniements intérieurs (et extérieurs parfois) ;
avec sa farandole de tristesse et de déprime. Du temps et de la patience sont
nécessaires, et la valorisation de cette énergie que l'être humain consacre à
se resituer, malgré tout, à chaque étape de sa croissance humaine, du côté de
la vie.
« Il est nécessaire que des paroles de
vérité puissent être prononcées et des sentiments authentiques exprimés, à l'occasion
du deuil, entre proches et avec l'ensemble de la communauté sociale.. »
Le
courage est thérapeutique
Le
courage est central : si j'essaie de vivre en vérité, si je m'efforce à
exprimer mes ressentis authentiques et profonds, alors je gagne peu à peu en
confiance. Ce n'est pas du tout intellectuel, bien au contraire, c'est une
attitude très concrète du quotidien, même dans les moments difficiles. Une
telle attitude est rarement innée, elle se pratique, se développe peu à peu, se
cultive au jour le jour. Elle permet d'exister en étant aligné : pensée,
parole et action sont un même mouvement de l'être. Dire la vérité - ce qui est
vrai, ici, maintenant, pour moi - demande un certain courage, ne serait-ce que
parce que cela me situe d'emblée hors des consensus et des conventions.
Oser s'aimer ?
Oui !
L'amour de soi n'est pas un défaut, il favorise l'amour de l'autre. De même, le respect de soi favorise le respect de l'autre. Comment me
faire respecter si je ne me respecte pas d'abord moi-même et si je ne respecte
pas mes proches ?
Ce dont chacun manque le
plus, ce n'est pas de protections, d'alibis, de prétextes, de modèles, de
croyances, d'interdits, ni même d'idées, de savoir et de savoir-faire, mais de
respect, de bienveillance et d'amour.
L'amour, comme le
courage, viennent du « cœur » ; or pour le Tao, « le courage est la
confiance dans la validité de sa réalité intérieure comme une force pour agir
dans le monde ».
C'est peut-être la seule phrase à retenir,
et à tenter de mettre en œuvre, dans votre vie et dans votre travail…
Saverio Tomasella
Psychanalyste
(Bron, hôpital Le Vinatier, 28 octobre 2009.)
Qu'appelle-t-on narcissisme ?
Freud parlait de « narcisme » (Narzissmus). Il a élaboré cette notion
entre 1911 et 1914. Le narcisme désigne l'investissement libidinal de sa
propre personne, et surtout l'importance centrale de « l'idée » que
l'individu se fait de lui-même. Il ne s'agit pas de dénoncer l'amour de soi, au
contraire, mais le danger de se rapporter au monde comme si le réel ne pouvait
être appréhendé qu'à travers l'illusion des apparences.
Si Narcisse se noie dans l'étang où il se
contemple, c'est dans le vide du regard déserté de lui-même qu'il se perd, de
ne pas avoir su s'aimer (de ne pas avoir été aimé, aussi) pour se relever, se
tourner vers le monde et être fécond. C'est d'avoir été nié par son père et
délaissé par sa mère. L'importance inconsidérée du miroir n'est qu'un leurre,
une compensation aussi illusoire qu'une drogue. L'enfant qui n'a été ni
considéré, ni même regardé par ses parents, se vit comme un objet, inerte et
voué à la mort.
Un enfant
qui ne se sent pas exister pour ses parents se perçoit vide, creux, sans
intérêt. Pour compenser cette absence de reconnaissance, il va construire une
fausse personnalité, brillante ou séductrice. Il va chercher à se mettre
particulièrement en valeur : il comble les creux et colmate les brèches.
Il s'intéresse plus particulièrement à lui-même et surtout à l'effet qu'il produit
sur les autres. A son pouvoir, en quelque sorte ; à sa capacité à happer
l'autre et à le fasciner… Cette question est fondamentale : elle ouvre sur
deux aspects complémentaires. Je peux préférer rester subjugué par ma propre
apparence et l'impact que je produis sur les autres ; je peux donc choisir
de jouer un rôle pour être admis, voire envié, par mes congénères. Sinon,
j'accepte d'être ordinaire, de rester le plus possible centré sur mes
ressentis, de penser par moi-même et de partir à la découverte des autres.
5
dimensions, axes repères entre soi et les autres, le monde :
1. Vérité, liberté, amour.
2. Sensibilité, pensée, parole, action.
3. Avant, pendant, après.
4. Ici, ailleurs, en deçà, au-delà.
5. Conscient, inconscient ; dicible, indicible ;
pensable, impensable.