Conscience et fragilité

 

Confiance et soin

 

Saverio Tomasella

 

Comment l'estime de soi modifie la relation au patient ?

 

Voici la question à laquelle Bernard Pelosse me propose aujourd'hui de réfléchir avec vous. Pour le dire autrement : est-ce que la confiance en soi favorise la relation avec le patient ? Evidemment, oui. Reste à découvrir comment…

 

Je vais vous demander de ne pas écouter avec votre raison, votre « tête » comme il est souvent coutume de dire, un peu abusivement, mais d'écouter avec vos sensations, votre peau, vos muscles, vos viscères, vos os, votre cœur, avec tout votre corps vivant, en laissant flotter en vous les images qui viennent.

 

I. De quoi parlons-nous ?

Estimer, s'estimer (confiance, fierté).

Soi (être, personne, sujet).

Modifier (changer, se transformer).

Relation (lien, accueil, écoute, respect).

Patient (personne en demande ou en souffrance).

 

1) Estime et confiance

Sur quel fondement repose la confiance en soi ?

La confiance en soi repose sur l'amour. Les personnes qui s'engagent dans une psychanalyse sont à la recherche d'une vie plus humaine et plus vraie. Tout être humain est en quête de reconnaissance, d'affection et d'amour.

L'estime de soi est le fondement d'une attitude créative face à la vie.

La confiance est un sentiment fondateur : elle rend plus capable d'oser, de se risquer, de chercher, d'inventer, , et de se lancer dans l'action. Etre confiant permet de mieux accueillir, écouter, percevoir…

 

Quels sont les bénéfices de la confiance ?

  • Un meilleur discernement : faire la part des choses entre ce qui vient de soi et ce qui vient de l'autre, ce qui concerne un comportement ponctuel et ce qui concerne une identité profonde.
  • Une moindre confusion : dans la relation, les singularités de chacun vont pouvoir s'exprimer sans être étouffées ou nivelées par peur de la différence.
  • Une plus grande indépendance : moins se sentir sous le regard des autres pour exprimer librement sa pensée, mettre en œuvre un projet ;
  • Plus de détachement et d'humour : relativiser les conflits et les échecs ;
  • une meilleure communication : du moment où les émotions, le ressenti, les convictions de chacun sont acceptés et valorisés, la communication est plus libre, plus riche.

Quels sont les principaux freins à la confiance en soi ?

  • Le perfectionnisme : la peur de l'imperfection, la recherche de « toujours » bien faire ou de « toujours » faire mieux.
  • Les préjugés : se persuader que l'on sait les choses d'avance.
  • Le fatalisme : « tout est déjà écrit », « ce qui est arrivé devait arriver ».
  • La plainte : faire porter à l'environnement la responsabilité de ce qui n'aboutit pas, ou ne change pas, ou ne s'inscrit pas dans l'action, voir tout en noir, décourager l'autre ou miner son enthousiasme.
  • les modèles : aucune personne ne peut correspondre complètement à un modèle ; lorsque l'on donne la primauté au modèle, il y a souffrance à cause du décalage entre ce que l'on vise et ce que l'on est, puis dépréciation de soi-même.

Il est bon de penser à soi…

Si je me sens exister uniquement dans le regard des autres, par leurs appréciations, leurs autorisations, je dois sans cesse m'adapter à leurs demandes. A l'inverse, si je m'appuie sur mes ressentis (sensations, perceptions, émotions) pour construire mon sentiment d'identité et élaborer une pensée personnelle, je ne dépends plus des autres : je peux entrer en relation avec eux, de façon libre et paritaire.

 

La confiance favorise la relation

La confiance en soi facilite l'ouverture et l'élan vers l'autre.

Une personne qui connaît sa juste valeur, ses forces, ses faiblesses, entre dans un cercle fécond : elle trouve plus facilement et plus rapidement, des solutions aux questions qui surgissent dans toute relation, même au travail. Elle est capable d'anticiper certaines évolutions qu'elle sent se dessiner ou qu'elle souhaite induire en accord avec son désir.

La confiance est le regard porteur qu'un être pose sur soi-même. Ce regard peut être optimiste, encourageant, bienfaisant.

 

Etre accueilli pour s'accueillir

Que se passe-t-il pour le nourrisson ? Il se mire dans le regard de ses parents. Il se voit comme ils le voient ; il se considère selon leurs critères. S'ils prennent soin de lui avec sollicitude, il saura prendre soin de lui-même. Au contraire, s'ils le délaissent, le négligent, l'abandonnent, le traitent mal, il aura tendance à se délaisser, se négliger, s'abandonner et se mal traiter. Je ne peux apprécier, voire aimer, les autres que si je développe la capacité d'apprécier mes qualités, et de m'aimer, au moins un peu.

 

L'autre au-delà de soi

Il s'agit d'apprendre à l'enfant à vivre le manque. L'enfant supporte d'autant plus facilement d'attendre, s'il est reconnu et valorisé par ses parents. Par exemple, il peut accepter de ne pas avoir le plus beau camion de pompier, s'il est dans une relation de paroles avec l'un au moins de ses parents. Parler du camion de pompier, de ce qu'il représente pour l'enfant est plus important, plus vitalisant et plus humanisant que le posséder.

La santé correspond à un va et vient entre soi et l'autre, l'intérieur et l'extérieur, le contact et le repli. La santé est la manifestation de ce qui est vivant. Elle est aussi synonyme de fragilité.

 

2) Eloge de la fragilité

Le terme « fragilité » vient de la même racine que fracture. Fragile découle de frangere qui signifie briser et qui donne fraction et fragment.

La fragilité peut être comprise comme effraction, fêlure, rupture et nous conduit à la cassure, à la division et au morcellement.

 

La vulnérabilité est intéressante parce qu'elle ouvre à au-delà de soi et au-delà de l'immédiateté : au delà de l'audible, du visible, du palpable, et depuis Freud à l'inconscient. « Le Moi n'est pas maître dans sa maison. » L'exploration de cet inconscient va permettre d'aller vers la guérison…

 

Dans une perspective artistique, voicice qu'écrit le dramaturge Jean-Claude Carrière : « un personnage ne peut nous toucher que lorsque nous avons trouvé en lui ce que nous appelons sa "vulnérabilité". Tout le théâtre, tout le cinéma, toute la littérature, toute forme d'expression repose sur la fragilité. Elle est notre source cachée, le moteur de toute émotion et de toute beauté. Acceptons-la. Revendiquons-la. Soyons frêles mais souples. Nous devons préserver notre fragilité comme nous devons sauver l'inutile. L'inutile, parce qu'il nous sauve du simple calcul productif, maître du monde. Il nous permet de nous en évader, il est notre issue de secours. La fragilité nous rapproche les uns des autres. »[1]

 

Ce qui sous-tend notre fragilité autant que notre confiance est de l'ordre de la sensibilité. Comment cette sensibilité a-t-elle été accueillie dans notre environnement, notamment enfant ? A-t-elle été encouragée ?

 

3) Fracture et fragmentation. La réalité des traumatismes.

Il existe des moments critiques durant lesquels la sensibilité est mise à mal, soit par rejet ou dévalorisation, soit par effraction.

Une effraction correspond à l'acte de briser ce qui fait limite ; à une intrusion violente, qui attaque la peau, l'enveloppe subjective ; ou à une négation de l'intimité, qui provoque la dissolution des contours de l'être.

L'effraction due à une violence physique ou psychique provoque un déferlement qui submerge la personne. Cette sensation est telle qu'elle peut donner au sujet le sentiment de disparaître en vivant une agonie psychique. On parle alors de sidération.

 

La psychanalyse définit le « traumatisme » comme un « événement de la vie du sujet qui le déborde par son intensité »[2].

 

Un traumatisme est une expérience de violence hors du commun au cours de laquelle l'intégrité d'une personne est menacée. La soudaineté de l'événement submerge sa capacité à y faire face et la plonge dans la détresse et l'effroi.

 

Voici le témoignage d'une femme d'une cinquantaine d'années :

« Le choc a la violence d'une explosion volcanique, avec la lave en feu qui ruisselle à l'intérieur de chaque parcelle de mon être. Après coup, la mémoire du choc est plus insidieuse, mais tout aussi violente. Elle provoque un arrêt sur image, un élan coupé qui ne reviendra plus. Imaginons un enfant qui court dans un champ ; il court, il vole presque, emporté par sa joie, son innocence, son désir de vivre. Tout à coup, il s'arrête et s'effondre.

Le corps est comme replié sur lui même, rigidifié, tétanisé, d'ailleurs je dois rester tapie, silencieuse pour ne rien réveiller de ce moment abominable, indicible. Ne surtout pas réveiller cette monstruosité qui a empli chaque fibre de mon être. Ce choc a créé une béance dans l'être qui laisse s'engouffrer des résidus au fil des jours. L'âme erre, affolée, bleuie, exsangue, brisée.

Du temps, beaucoup de temps m'a été nécessaire pour dire les mots qui ont pu repousser cette mise à mort. Ce n'est que par l'émergence de la parole juste, du regard bienveillant et du souffle de l'amour que l'être traumatisé reprendra petit à petit sa respiration. »

 

Sandor Ferenczi, psychanalyste ami de Freud, a mis en évidence la fragmentation que produit un traumatisme grave : le sujet est atomisé[3]. « Si l'enfant se remet d'une telle agression, il en ressent une énorme confusion ; à vrai dire, il est divisé, à la fois innocent et coupable, et sa confiance dans le témoignage de ses propres actes est brisée. » « L'enfant dont on a abusé devient un être qui obéit mécaniquement, ou qui se bute ; mais il ne peut plus se rendre compte des raisons de cette attitude. »[4]

 

Pour clore ce premier temps, disons que : la confiance est le fruit naturel de notre sensibilité, y compris dans ce que la vulnérabilité la plus intime peut permettre de créer et d'exprimer, notamment dans l'art.

 

 

II. Dans quel monde vivons-nous ?

1) Le commerce de la dépression

La consommation de petits ou grands médicaments contre l'angoisse ou la dépression est impressionnante : elle était déjà forte il y a quelques années, elle ne cesse d'augmenter. Pourquoi ? Plusieurs phénomènes y concourent :

·         la croyance en la pharmacologie miracle reste très forte : il semble d'ailleurs plus facile d'avaler une molécule que de regarder en face son existence, de s'interroger sur soi-même et de prendre le temps de réfléchir ;

·         ne pas être en forme, parler de ses fragilités n'est pas à la mode, à une époque où le positivisme forcené est souvent de rigueur ;

·         la course à la performance, dans les registres privés et publics, pousse beaucoup de nos contemporains à s'en demander trop à eux-mêmes, si ce n'est à vouloir plus, sans cesse, y compris d'eux-mêmes ;

·         la mort est très fréquemment occultée de la culture actuelle et des échanges en famille ou ailleurs ; les deuils sont donc de plus en plus empêchés ou perturbés, engendrant des « maladies du deuil » qui se révèlent brusquement lors de moments éprouvants ;

·         les médecins généralistes ne sont pas formés à écouter les détresses de leurs patients, ils se sentent vite dépassés ; ils prescrivent des médicaments pour se protéger des angoisses et du désarroi que la désorientation de leurs patients génère en eux.

Jordi est un « médecin de famille », comme il aime le préciser, à peu d'années de la retraite. Son existence a brutalement basculé il y a quelque temps avec la mort accidentelle d'une de ses filles. « Jusqu'alors, j'étais très sûr de moi, de ma compétence, de la science, de la médecine. Je travaillais beaucoup. Je consacrais peu de temps à ma famille et à mes loisirs. Lorsque je recevais un patient un peu déprimé, je ne prenais pas vraiment le temps de l'écouter, pas simplement parce que cela m'ennuyait, ou me faisait peur, mais aussi parce que je ne savais pas comment faire pour écouter, pour poser les bonnes questions au bon moment, pour parler à propos. Je reconnais que c'était facile de lui donner des anxiolytiques et des antidépresseurs, la combinaison la plus aveuglément donnée par les généralistes, sans vraiment chercher à savoir ce qu'il en est de la réalité vécue par l'être humain qui est là, devant son médecin ; parfois la seule personne à laquelle il peut se confier. En plus, je ne croyais pas du tout aux psys, j'étais même assez méprisant. À la mort de ma fille, j'ai sombré, à mon tour, dans le gouffre. C'est moi qui n'en pouvais plus, qui me sentais abandonné, à en crier nuit et jour, à en verser toutes les larmes de mon corps, c'est moi qui n'arrivais plus à me lever le matin, qui n'avais plus goût à rien, qui ne voulais parler à personne. Pourtant, je savais bien, au fond de moi, qu'aucun médicament ne me rendrait ma fille, qu'aucun principe actif ne me redonnerait le goût de vivre. » Grâce à un collègue et ami, qu'il avait longtemps gardé en distance, Jordi accepte alors de participer à un « groupe Balint[5] » : des praticiens se rencontrent régulièrement pour parler de leur métier, en toute honnêteté et sincérité. « Cela m'a beaucoup aidé ; oui, les paroles échangées librement, l'écoute simple de mes confrères, la compassion discrète de mes congénères humains : c'est cela qui m'a permis de remonter la pente. De sortir du gouffre de l'absence dans lequel j'avais glissé. »

Les interactions avec la société

Un point de vue complémentaire est nécessaire pour réfléchir aux nombreuses formes de lassitude et d'abattement. L'histoire des sociétés met en perspective la souffrance individuelle par rapport aux croyances communément admises qui façonnent les mentalités. Si nous pensons, comme Spinoza, que nous souffrons d'abord de nos pensées, c'est-à-dire de mal penser, de penser faux, en dehors du réel, il devient évident que certaines « valeurs » proposées par un groupe social peuvent rendre malade.

Du temps de Freud, il s'agissait de l'enfermement des femmes à la maison, dans des rôles d'intendance familiale autant que de soumission politique et sexuelle. L'homme lui-même était prisonnier d'un rôle socialement définit qui lui interdisait souvent l'accès à sa sensibilité. L'hypocrisie morale de l'époque empêchait la possibilité d'une vie sexuelle épanouie, en tout cas au grand jour ; l'homosexualité, par exemple, étant alors présentée comme scandaleuse et irrecevable. Au moment de la formidable révolution sociale de la jeunesse, au printemps 1968, la sexualité n'a plus été la source principale des conflits intimes et « extimes »[6]. À partir des années 1980, le virus du sida a de nouveau changé et compliqué la donne, mais plus encore, c'est l'arrivée massive de l'idéologie « ultralibérale », visant à un capitalisme déshumanisé et désolidarisant qui a de nouveau bloqué les processus d'émancipation et d'épanouissement des personnes comme des groupes. Pour plusieurs raisons :

·         le primat du rendement dans tous les domaines au détriment de la relation humaine ;

·         la domination des critères techniques, là encore dans toutes les disciplines, évinçant l'aspect singulier et subjectif des situations ;

·         la course au « plus-de-jouir[7] » dans une consommation effrénée, finissant par éteindre la capacité désirante de la personne.

Ces nouvelles « valeurs » sont aveuglément admises et quasiment pas contestées. Pourtant, ce sont elles qui vident de sens l'existence de nos contemporains et assignent l'individu à un rôle de pantin obéissant, de machine dopée : docile et productrice le jour, consommatrice avide le soir et le week-end, jouisseuse droguée puis « narcosée[8] » la nuit. Julia Kristeva ne s'y trompe pas : « Le tout-sexe s'est transmué en prétendue paix universelle, gérée par le spectacle et le profit, et a fini par se confondre avec la mort du désir[9] » … Le sexe sans limites éteint la capacité désirante : avec l'excitant du matin, le calmant du soir, l'hominidé leurré par l'idéologie de la jouissance maximale consomme du Viagra pour feindre ou mimer les élans du désir : société des apparences et du virtuel sans humanité[10]. Même s'il ne s'agit pas uniquement des personnes, chaque fois singulières, ce schéma sous-jacent du système social actuel induit des dysfonctionnements qui dérivent fréquemment vers l'activisme pour certains ou la dépression pour d'autres…

 

A l'opposé, se trouve la relation humaine, j'y reviendrai, mais d'abord écoutons ce qu'en dit l'acupuncteur et psychothérapeute Benny Cassuto :

« L'aventure de la relation à l'autre nécessite une respiration, un aller et un retour, c'est-à-dire une ouverture vers l'autre mais aussi une attention à sa propre perception. »

Nous avons déjà là une indication précieuse pour notre activité de soignant : « Ecouter et être présent au ressenti de l'instant. » Les repères pour accueillir, recevoir, écouter et accompagner sont des repères humains, pas des règles abstraites, pas des protocoles. Il est question d'éthique, une éthique des situations[11], chaque fois singulières.

« L'éthique de la singularité humaine est celle de la sincérité, sur fond d'estime de soi, car l'affection que l'on se porte soulage l'autre de devoir nous en donner ».[12]

 

2) L'institution thérapeutique et ses limites

J'ai parlé de guérison tout à l'heure. Je sais qu'il s'agit d'un mot souvent malvenu et mal apprécié. Un mot qui rebute ou qui fait peur. Apporter des soins à l'autre, y compris des soins psychiques, correspond déjà à une démarche vers la guérison. Voici ce qu'en dit Platon : « L'erreur répandue par les hommes est de vouloir entreprendre séparément la guérison du corps et celle de l'esprit. »

 

Ce à quoi Georges Sand répond, en nous mettant sur la voie : « L'esprit cherche et c'est le cœur qui trouve. »

 

« Cœur » est un gros mot, mais peu importe. Demandez-vous sincèrement à quelle place vous mettez votre sensibilité dans votre travail. Je veux dire vos sensations, vos émotions, vos sentiments et aussi les valeurs humaines profondes auxquelles vous croyez. Vous avez pu constater à quel point le « cœur » est à la fois une boussole et un baromètre particulièrement aidants pour écouter l'autre et tâcher de le comprendre.

 

Soin et thérapie

Bien évidemment, il ne s'agit pas d'éradiquer des symptômes, mais d'accueillir un être humain unique dans sa globalité. Il ne s'agit pas non plus d'anesthésier des sensations désagréables ou de rafistoler des connexions neuronales défectueuses, mais d'observer des processus psychiques. « Les symptômes ne sont pas forcément des témoins à réduire au silence, des ennemis à étrangler. » recommande le Dr Billot[13], qui a été un de mes guides en la matière.

 

Alors, qu'est-ce qu'un thérapeute : littéralement, il s'agit d'un accompagnateur. Le mot grec « thérapon », à l'origine désigne le « second au combat », celui qui accompagne l'autre dans les épreuves.

 

Différentes conceptions de la maladie mentale

Par exemple, en hôpital psychiatrique, il existe de très nombreuses approches thérapeutiques. Art thérapie, ergo thérapie, packing (ou enveloppements humides), psychodrame, psychanalyse, thérapies systémiques, etc. Toutes ont leur intérêt. Comme je suis psychanalyste, je vais vous donner un point de vue parmi tant d'autres, celui d'un psychanalyste américain peu connu, Joseph Berke, qui a travaillé avec Ronald Laing dans les années 1960 et 70 en Angleterre[14]. Son approche en vaut d'autres, tout aussi intéressante et thérapeutique que celles de Harold Searles aux Etats-Unis, ou celles de Piera Aulagnier, de Françoise Dolto, ou de Gisela Pankow en France.

 

Voici ce qu'il a noté concernant sa patiente Mary Barnes :

« J'ai appris comment et pourquoi une personne arrive à faire de sa vie un tissu de nœuds et à oublier ensuite où commence le dernier fil. » (p. 97)

« Ce que l'on nomme communément ''maladie mentale'' n'est pas une maladie mais un exemple de souffrance affective entraînée par un trouble dans tout un champ de relations sociales, à commencer par la famille. Autrement dit, la ''maladie mentale'' reflète ce qui se produit au sein d'un groupe humain perturbé ou perturbant. Le plus souvent, une personne cataloguée comme ''malade mentale'' est le bouc émissaire sur lequel se déchargent les troubles affectifs de sa famille ou de son entourage, alors qu'en réalité elle est peut-être le membre le plus sain du groupe. […] La schizophrénie est une carrière et non pas une maladie. Le plus souvent, elle se déclenche avec l'aide et l'encouragement de la famille proche. » (p. 98)

« Ces gens n'échangeaient pas des paroles mais se lançaient des mots, et pas directement, mais sur la tangente. Leurs positions se modifiaient sans cesse. Il était difficile de savoir qui parlait, et de quoi. […] Les paroles des personnes étaient souvent en contradiction avec leur façon de s'exprimer (ton de la voix, mimiques). » (pp. 101-102)

« L'une des pratiques caractéristiques de ces familles, qui constitue une arme essentielle pour les parents acharnés à détruire l'autonomie de leurs enfants, se nomme double contrainte. Il s'agit d'un moyen d'enfermer quelqu'un dans une camisole de force de culpabilité et d'angoisse afin de l'empêcher de faire ce qu'auparavant vous lui aviez demandé ou permis. C'est une recette formidable pour rendre fou. » (p. 102)

« Je décidai de ne jamais me mettre dans une position telle que je sois obligé ou forcé d'agir envers les autres de la même façon que mes maîtres. Pour cela, il était nécessaire de cesser - cesser de projeter ses propres troubles sur les autres, cesser de transmettre son ignorance aux autres et cesser d'agir comme les chiens de garde d'une entreprise de brutalité institutionnalisée. » (p. 110)

 

3) L'importance du cadre

Le mot cadre correspond au « setting » anglo-saxon. Il désigne l'espace thérapeutique et ce qui le rend possible : avant tout, les règles de fonctionnement qui permettent de travailler sans déraper vers la fusion affective ou les passages à l'acte et sans mélanger les plans : l'inconscient psychique avec le discours conscient, le passé avec le présent, l'autre avec soi, etc. Le cadre rend possible, non pas de supporter la folie, mais de la déceler, de la désigner, d'en repérer les fonctionnements, pour l'explorer et la transformer, ou déjà -au moins- pour lui donner un sens. Le respect du cadre rend possible le travail en commun et justement la mise en place d'une confiance réciproque, pour retrouver ensemble ce qui était endormi, occulté, refoulé… ou déformé au point de devenir méconnaissable.

 

Si je n'ai pas assez confiance en moi et en mon désir d'accueillir l'autre, il me sera difficile de lui faire confiance et d'inspirer en lui assez de confiance pour faciliter nos échanges.

 

Les limites du cadre duel

Pourtant, en institution psychiatrique, le travail à deux n'est pas suffisant. Le groupe thérapeutique est important, lui aussi. Vous le savez bien, en fait, tous les intervenants dans l'hôpital sont thérapeutes. Quel que soit votre poste, vous avez tous un rôle à jouer dans l'accompagnement des patients. Reste alors à nous entendre sur ce rôle, notamment par rapport à ce que nous pourrions nommer la réalité.

 

En 1966, Le Dr Oury éveille les thérapeutes de psychotiques au risque du mot réalité. Il précise : « Je ne pense pas que le soignant soit le représentant de la réalité, mais d'une certaine situation symbolique. » Il s'agit de « créer un cadre fait de lieux, d'activités et d'échanges susceptibles d'aider le psychotique à émerger progressivement de son rapport stéréotypé avec le monde, pour le faire accéder à l'imprévisible, au singulier, au vivant dans un espace thérapeutique de symbolisation. »[15] Le Dr Dalle nous invite à faire attention aux « rigidités que suscite l'angoisse apaisée par le dogme ». En vérité, il n'y a aucun dogme qui tienne la route, vous le savez autant que moi. Les méthodes et les protocoles peuvent être mis en avant au détriment de l'accueil et de la créativité. Ainsi la rigueur et la souplesse sont nécessaires tout à la fois, car, « pour ce qui est de la psychose, rien n'est acquis que dans le relatif »[16].

 

 

III. Quelle place pour la personne, son histoire, sa sensibilité et son intelligence ?

L'expérience prouve que le chemin humain de guérison, pour se remettre debout et en marche, demande d'accepter ses fragilités.

 

Lequel d'entre nous pourrait prétendre ne pas avoir vécu d'épreuves personnelles ?

Quels enseignements, quelle connaissance avez-vous pu retirer de la traversée de vos épreuves ?

 

Le 18 août 1943, quelques jours avant sa déportation, Etty Hillesum écrit : « Je suis très fatiguée depuis quelques jours, mais cela passera comme le reste ; tout progresse selon un rythme profond propre à chacun de nous. Nous devrions apprendre à écouter et à respecter ce rythme : c'est ce qu'un être humain peut apprendre de plus important dans cette vie. »[17]

 

1) L'accueil du féminin ?

Par un procédé bien connu, nous avons tendance à rejeter en dehors de nous ce qui nous gêne. En prêtant à l'autre ce qui me dérange dans ma personne, je crois illusoirement m'alléger d'un poids. Ce « mécanisme de défense » s'appelle la projection : l'expulsion hors de soi de ce qu'on ne peut ou ne veut reconnaître en soi, souvent par manque de confiance et d'estime de soi.

 

S'il est plus facile de prétendre que le fautif, c'est l'autre, il est aussi plus confortable de croire que l'autre est fragile, et non pas soi. La fragilité est alors très vite le problème d'autrui, bien rarement le sien. Regardez comme mon voisin, ma collègue, mon enfant, ma femme, tel patient sont fragiles. Eux, pas moi !

 

L'extériorisation de mes fragilités en pointant celle des autres détourne l'attention ailleurs : je crois pouvoir faire l'économie de la conscience de soi.

 

Ecoutons Julia Kristeva : « Nous sommes en vie parce que nous avons une vie psychique. La vie psychique est cet espace intérieur, ce for intérieur qui permet de recueillir les attaques du dedans et du dehors, c'est-à-dire les traumas physiologiques et biologiques, mais aussi les agressions sociales et politiques. L'imagination les métabolise, les transforme, les sublime, les travaille : elle nous maintient vivants. »[18]

Kristeva prône une « réhabilitation du sensible ». Pour elle, il est vital de « revaloriser l'expérience sensible ».[19]

C'est également ce qu'affirme le psychanalyste britannique W. Bion : « Pour affronter une expérience, nouvelle, surtout si elle est douloureuse, l'important n'est pas tant d'être en mesure de penser intellectuellement, que d'éprouver émotionnellement avec toute sa sensibilité. »[20]

 

Le féminin est mis à mal parce qu'il est synonyme d'intériorité, de sensibilité, de fragilité. Il est alors important d'interroger la place du féminin dans nos idées et nos comportements.

Comment acceptons-nous le manque, le creux, l'insaisissable ?

Ne serait-ce pas là notre plus grande fragilité ? Ce « roc » sur lequel nous buttons tous, l'inventeur de la psychanalyse l'a nommé « refus du féminin ». En 1937, deux ans avant sa mort, réfléchissant sur la fin de la cure psychanalytique, Sigmund Freud mettait en évidence une résistance fondamentale, parfois irréductible, chez les hommes surtout, mais aussi chez les femmes. Pour les hommes, il s'agit de la grande difficulté à reconnaître sa part féminine, sa capacité à accueillir et recevoir, donc à développer son intériorité. Pour les femmes, l'enjeu est de lâcher la revendication idéalisée d'être un homme (comme si c'était la seule sexuation anatomique valable) et d'accéder à la fierté d'être femme[21]

 

2) Confiance en soi : accueil de l'autre

Voici un exemple de cette confiance qui favorise la connaissance de soi.

Un homme d'une quarantaine d'années, en pleine situation de crise dans son couple et de détresse personnelle, m'envoie un message…

« Je me rends compte que je vous écris pour avoir un contact humain quelque part sur terre, comme si le monde avait disparu et que je me retrouvais seul, c'est là ma panique.

Un jour, peut-être, arriverai je à dormir la nuit, à ne plus paniquer comme un bébé abandonné. A ne plus m'agiter toute une nuit durant avec un répondeur téléphonique que je finis par connaître par coeur.. La mort d'un nouveau né abandonné doit être la pire qui puisse exister... et j'ai l'impression de la vivre si souvent. » « Le vide du nourrisson qui meurt, jeté au caniveau, les bras tendus vers le ciel ! C'est comme une noyade ».

Il y a environ deux ans, avant de commencer sa recherche sur lui-même, cet homme était dur, fermé et sûr, pourtant il manquait complètement de confiance en lui. Il n'était pas encore préparé à accepter ses fragilités, ses limites et sa solitude. Aujourd'hui, il est capable de les nommer et d'appeler au secours… Son parcours a été long, puisqu'il sort peu à peu d'une très forte addiction sexuelle et d'une grande dépendance affective. Il a également appris à vivre sa solitude, à l'accepter comme telle, aussi rude soit-elle, sans chercher à la fuir dans des parties de sexe anonyme, qui l'excitaient terriblement rien que de les prévoir, puis lui donnaient envie de vomir (et de mourir) après.

 

Cela me fait penser aussi à la récente confidence d'un patient. Cet homme de 39 ans reconnaissait, pour la première fois, après de longues années d'exploration de son histoire et de son inconscient, qu'il n'avait pas d'empathie pour les autres, qu'il était incapable de ressentir la moindre compassion. Cette découverte est survenue deux jours après avoir ressenti de la tristesse pour lui-même, chose tout à fait nouvelle dans son existence…

Dans le même mouvement, cet homme s'est rendu compte qu'il mettait sans cesse ses amis à l'épreuve, comme son père l'avait fait avec ses amis et également avec lui. Cette faille inconsciente, par laquelle il répétait indéfiniment les blessures du passé, le maintenait dans un grave isolement affectif et le privait de développer un peu d'estime de lui-même. Cet homme ne s'aimait pas du tout et passait son temps à se dénigrer. Il peut maintenant inventer de nouvelles façons d'être en relation avec ses amis.

 

Introjection et libre arbitre

Ces mises en conscience sont possibles grâce à un processus d'intériorisation et de symbolisation que les psychanalystes nomment « introjection ». Ce terme, inventé par Ferenczi, désigne « le mécanisme psychique fondamental qui nous permet de prendre et de garder dans l'esprit les traces de toutes nos expériences - qu'il s'agisse de nos sentiments, de nos désirs, des événements ou des influences du monde extérieur. Chez le bébé, les premières introjections lui permettent de conserver des images de lui-même et des images de sa mère. […] Comme il n'est pas possible d'accueillir dans l'esprit les choses et les gens, ce sont des symboles qui les représentent. »[22]

 

Notre sensibilité est une aide pour la mise en pensée de nos expériences, capacité qui est nécessaire à une bonne estime de soi et à une confiance solide den la vie. De là, la possibilité de choisir et de se déterminer par soi-même…

 

3) Confiance et créativité

L'être humain est un projet qui se constitue peu à peu. D'une certaine façon, il peut se définir par l'ensemble de ses sensations, de ses sentiments, de ses pensées, de ses paroles et de ses actes.

 

Pour que le sujet advienne - c'est-à-dire vous et moi dans notre personne unique, dans ce que j'aime appeler notre mêmeté, il est nécessaire de libérer la parole, donc le désir[23]. Je ne peux me constituer que si j'accepte d'exister, par moi-même, au-delà des dogmes, des discours et des modèles. Je ne peux vraiment exister que si je décide, un jour, de parler en mon nom de ce qui m'est essentiel.

 

Comment l'autre, malade, souffrant, pourrait-il le réaliser s'il ne perçoit pas d'abord en moi cette possibilité à laquelle il pourra avoir accès ?

Pour avoir confiance en moi et me créer, il m'est nécessaire de m'engager dans un cheminement de conscience. Ce « processus d'ouverture et d'élargissement de soi », qui correspond à l'introjection, peut être entravé par un certain nombre d'empêchements : le non-dit, le secret, la crypte, les fantômes[24] au sein d'une relation ou dans la généalogie, les traumas non résolus, les deuils non réalisés et certaines productions de l'imaginaire (les « fantasmes » ; là je ne parle pas de l'imagination), c'est-à-dire des leurres (non pas des illusions passagères, mais des croyances qui faussent notre discernement).

 

Souvent, le principal travail à accomplir est un processus de deuil : accepter la réalité dans ses limitations. Comme dans tout processus d'introjection, nous avons besoin d'un autre de confiance pour intérioriser nos sentiments et notre vécu face à la situation, pour nous enrichir d'une expérience nouvelle, aussi rude soit-elle.

 

« Il n'existe pas de deuil qui se déroulerait seul à seul, sans qu'une tierce instance en partage les moments. », affirme Maria Torok[25].

 

Deuil, donc, avec sa cohorte de remaniements intérieurs (et extérieurs parfois) ; avec sa farandole de tristesse et de déprime. Du temps et de la patience sont nécessaires, et la valorisation de cette énergie que l'être humain consacre à se resituer, malgré tout, à chaque étape de sa croissance humaine, du côté de la vie.

 

« Il est nécessaire que des paroles de vérité puissent être prononcées et des sentiments authentiques exprimés, à l'occasion du deuil, entre proches et avec l'ensemble de la communauté sociale.. »[26]

 

Le courage est thérapeutique

Le courage est central : si j'essaie de vivre en vérité, si je m'efforce à exprimer mes ressentis authentiques et profonds, alors je gagne peu à peu en confiance. Ce n'est pas du tout intellectuel, bien au contraire, c'est une attitude très concrète du quotidien, même dans les moments difficiles. Une telle attitude est rarement innée, elle se pratique, se développe peu à peu, se cultive au jour le jour. Elle permet d'exister en étant aligné : pensée, parole et action sont un même mouvement de l'être. Dire la vérité - ce qui est vrai, ici, maintenant, pour moi - demande un certain courage, ne serait-ce que parce que cela me situe d'emblée hors des consensus et des conventions.

 

Oser s'aimer ?

Oui ! L'amour de soi n'est pas un défaut, il favorise l'amour de l'autre. De même, le respect de soi favorise le respect de l'autre. Comment me faire respecter si je ne me respecte pas d'abord moi-même et si je ne respecte pas mes proches ?

 

Ce dont chacun manque le plus, ce n'est pas de protections, d'alibis, de prétextes, de modèles, de croyances, d'interdits, ni même d'idées, de savoir et de savoir-faire, mais de respect, de bienveillance et d'amour.

 

L'amour, comme le courage, viennent du « cœur » ; or pour le Tao, « le courage est la confiance dans la validité de sa réalité intérieure comme une force pour agir dans le monde ».

C'est peut-être la seule phrase à retenir, et à tenter de mettre en œuvre, dans votre vie et dans votre travail…

 

Saverio Tomasella

Psychanalyste

 

(Bron, hôpital Le Vinatier, 28 octobre 2009.)

 

 

Qu'appelle-t-on narcissisme ?

Freud parlait de « narcisme » (Narzissmus). Il a élaboré cette notion entre 1911 et 1914. Le narcisme désigne l'investissement libidinal de sa propre personne, et surtout l'importance centrale de « l'idée » que l'individu se fait de lui-même. Il ne s'agit pas de dénoncer l'amour de soi, au contraire, mais le danger de se rapporter au monde comme si le réel ne pouvait être appréhendé qu'à travers l'illusion des apparences.

Si Narcisse se noie dans l'étang où il se contemple, c'est dans le vide du regard déserté de lui-même qu'il se perd, de ne pas avoir su s'aimer (de ne pas avoir été aimé, aussi) pour se relever, se tourner vers le monde et être fécond. C'est d'avoir été nié par son père et délaissé par sa mère. L'importance inconsidérée du miroir n'est qu'un leurre, une compensation aussi illusoire qu'une drogue. L'enfant qui n'a été ni considéré, ni même regardé par ses parents, se vit comme un objet, inerte et voué à la mort.

Un enfant qui ne se sent pas exister pour ses parents se perçoit vide, creux, sans intérêt. Pour compenser cette absence de reconnaissance, il va construire une fausse personnalité, brillante ou séductrice. Il va chercher à se mettre particulièrement en valeur : il comble les creux et colmate les brèches. Il s'intéresse plus particulièrement à lui-même et surtout à l'effet qu'il produit sur les autres. A son pouvoir, en quelque sorte ; à sa capacité à happer l'autre et à le fasciner… Cette question est fondamentale : elle ouvre sur deux aspects complémentaires. Je peux préférer rester subjugué par ma propre apparence et l'impact que je produis sur les autres ; je peux donc choisir de jouer un rôle pour être admis, voire envié, par mes congénères. Sinon, j'accepte d'être ordinaire, de rester le plus possible centré sur mes ressentis, de penser par moi-même et de partir à la découverte des autres.

 

 

5 dimensions, axes repères entre soi et les autres, le monde :

1. Vérité, liberté, amour.

2. Sensibilité, pensée, parole, action.

3. Avant, pendant, après.

4. Ici, ailleurs, en deçà, au-delà.

5. Conscient, inconscient ; dicible, indicible ; pensable, impensable.

 

 



[1] J.-C. Carrière, La fragilité, Odile Jacob, 2006.

[2] Claude Nachin, A l'aide, y a un secret dans le placard !, Fleurus, 1999, p. 20.

[3] Sandor Ferenczi, Confusion de langue entre les adultes et l'enfant, Payot, 2004, pages 49 à 51 ; Le traumatisme, Payot, 2006, surtout les pages 149 à 164.

[4] S. Ferenczi, Confusion…, p. 45.

[5] Ce mode de réflexion à plusieurs voix a été mis en place par le psychanalyste hongrois Michael Balint (1896-1970) exilé en Grande-Bretagne. Une définition du groupe Balint a été formulée lors du congrès international Balint à Bruxelles en 1974 : « Groupe de médecins (plus largement de soignants) se réunissant régulièrement pour examiner la relation médecin-malade. Les échanges s'appuient sur les données de la psychologie de l'inconscient. La verbalisation des problématiques extra-professionnelles n'est pas posée comme but, même si elle reste possible ponctuellement. Ces groupes peuvent être étendus à des personnes non-médecins ayant des responsabilités thérapeutiques. Ils sont animés par un ou des psychanalystes formés à cette méthode. »

[6] Je reprends un terme de Serge Tisseron dans L'intimité surexposée.

[7] L'expression, saisissante de réalisme, est de Jacques Lacan.

[8] Anesthésie avec des narcotiques…

[9] « Ces nouveaux patients souffrent moins de refoulement ou d'interdits qui les inhibent que d'une absence de repères telle que leur appareil psychique ne s'est pas réellement constitué : ils ont du mal à représenter leurs conflits internes ou externes », in J. Kristeva, Contre la dépression nationale, p. 39.

[10] S. Tisseron, Virtuel mon amour.

[11] Voir Alain Badiou, L'éthique, Nous, 2000.

[12] Benny Cassuto, Atelier sur les relations, août 2009.

[13] Jean-Paul Billot, Homéopathie en gériatrie, Maloine, 1992, 361 p.

[14] Ronald Laing, Le moi divisé, Stock, 1970. (The divided self, Tavistock, 1960.) Mary Barnes, Joseph Berke, Mary Barnes, un voyage à travers la folie, Seuil, (1973) 2002.

[15] Benoît Dalle, Traverser Sainte Anne, PUF, 1992, p. 71.

[16] Idem, p. 89.

[17] Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Le Seuil, 1995, p. 317.

[18] J. Kristeva, L'avenir d'une révolte, Calmann-Lévy, 1998, p. 107.

[19] J. Kristeva, L'avenir d'une révolte, pp. 15 à 17. « Je me révolte donc nous sommes à venir », affirme-t-elle en préambule…

[20] W. R. Bion, Séminaires italiens, In press, 2005, p. 104.

[21] Maria Torok, « La signification de l'envie du pénis chez la femme », in N. Abraham et M. Torok, L'écorce et le noyau, Flammarion, 1987, pp. 132-171.

[22] Claude Nachin, A l'aide, y a un secret dans le placard !, ouvrage cité, p. 48.

[23] S. Tomasella, Oser s'aimer, Développer la confiance en soi, Eyrolles, 2008.

[24] Lire Nicholas Rand, Renouveaux de la psychanalyse, Le Coq Héron, n° 159, 2000, pages 12 à 23. « La crypte désigne le caveau secret d'un vécu personnel. Le fantôme tient à un autre dont je porte le secret à mon insu. » (p. 23).

[25] Maria Torok, Une vie avec la psychanalyse, Aubier, 2002, p. 130.

[26] Claude Nachin, Les fantômes de l'âme, L'Harmattan, 1993, pp. 30-31.