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Consommer la marque

Consommer la marque

 

Première approche des relations inconscientes

du consommateur avec ses marques d’élection.

 

Saverio Tomasella

© CEM

 

Le développement récent d’approches humanistes et l’émergence d’une mercatique plus personnalisée demandent de s’interroger de façon approfondie sur les liens subjectifs et singuliers que les consommateurs peuvent entretenir, en leur for intérieur, avec les marques qui ont leur préférence.

 

La présente recherche part d’une hypothèse multiple. Dans l’existence quotidienne d’un individu, la relation à la marque serait un facteur :

-       de création d’identité,

-       de participation sociale,

-       d’expression culturelle.

 

Nous tenterons cette approche à l’aide de repères théoriques diversifiés.

 

 

I.                   Contextes et références de la recherche

 

I.1 Evolutions récentes de l’environnement social et culturel

 

         Un stratège de marque défendait récemment l’idée selon laquelle nous étions sortis du monde de la réalité pour entrer dans l’ère de « l’hyper-réalité » : plusieurs réalités, ou illusions de réels, coexistent, contradictoires, chaotiques, juxtaposés ou entrelacés, et changeant sans cesse d’agencements.

 

         Ces affirmations ne sont pas sans rappeler « l’idée que le réel résiste à l’idée » (Morin, 1992) et la « pensée radicale » proposée par Jean Baudrillard (2001) :

 

« [Une pensée] excentrique au réel. Elle est en excentration du monde réel – étrangère à la dialectique, qui joue sur les pôles adverses, étrangère même à la pensée critique, qui se réfère toujours à un idéal du réel. […] Elle est illusion, c’est-à-dire un jeu avec la réalité, comme la métaphore est un jeu avec la vérité. » (p. 8)

 

« Elle est la mise en jeu de ce monde-ci, elle est l’illusion matérielle, immanente à ce monde dit « réel » - c’est une pensée non critique, une pensée non dialectique. Elle semble venir d’ailleurs. De toute façon, il y a incompatibilité de la pensée et du réel. Il n’y a de l’une à l’autre, aucune transition nécessaire ou naturelle. Ni alternance, ni alternative, seule l’altérité les maintient sous tension. Seules, cette fracture, cette distance, cette étrangeté assurent à sa pensée sa singularité, tout comme la singularité du monde d’ailleurs, par où il fait événement. » (p. 9)

 

« Toute confusion de la pensée (de l’écriture, du langage) avec l’ordre du réel – cette soi-disant ‘fidélité au réel’ d’une pensée qui l’a elle-même fait surgir de toutes pièces – est hallucinatoire. Elle relève en outre d’un contresens total sur le langage, sur le fait que le langage est illusion dans son mouvement même, qu’il est porteur de cette continuité du vide, de cette continuité du rien au cour même de ce qu’il dit, qu’il est, dans sa matérialité même, déconstruction de ce qu’il signifie. » (p.12)

 

Il semblerait que cette « hyper-réalité » soit un fait coutumier des adolescents d’aujourd’hui dans les sociétés occidentales, passant d’une « tribu » à une autre au gré des moments de la journée ou de la semaine, pouvant se transformer et changer de référents, aussi bien que de styles de vie et de « look », lors de ces passages (Turci, 2001).

 

La génération des 15-30 ans est issue de la « révolution » sociale de Mai 1968, d’une libération sexuelle tout au moins apparente, de la crise économique conséquente aux deux « chocs pétroliers », de l’immense monté du chômage, des ravages du sida au cœur même de la recherche d’amour, du rejet des formes traditionnelles de l’autorité, de l’essor du divorce, des « unions libres » et des familles « monoparentales » ou « recomposées », de la consolidation de la Communauté Européenne et d’une recherche de nouvelles relations entre femmes et hommes, autour de représentations sexuelles en pleine transformation.

 

Les adolescents sont coutumiers d’une vie centrée sur la consommation, à travers l’essor de la grande distribution, de la publicité, de l’Internet et des effets du marketing omniprésent dans la vie quotidienne. Aussi bien les études de Turci que celles de Henry et Hirt (2001) les disent en recherche de « relations personnalisées » avec les marques : les leader comme Coca-Cola, Microsoft, Nike,… ne les impressionnent guère, ils préfèrent les marques moins connues, originales, conviviales, détendues, qui jouent sur la « proximité », la « connivence », la sympathie et la compréhension.

 

Ainsi, la société de consommation dans laquelle nous vivons, sans cesse stimulée par les nouveautés et l'omniprésence des diverses formes de publicité, serait-elle devenue une société de la consommation addictive, « une société toxicomane » ? Contrairement aux jugements hâtifs des aînés sur les plus jeunes, ce sont les adolescents qui sont les plus critiques et cherchent des modes de comportements sociaux différents et démarqués par rapport à la consommation : ils souhaitent être considérés comme des personnes en quête de sens et ne plus être traités froidement comme des acheteurs, ou pire, comme des cibles.

 

Aussi, sommes-nous probablement de moins en moins dans une société de consommation, mais plutôt dans une ère post-moderne, mouvante, fugace, et discontinue (Fuat Firat et Venkatesh, 1995), dans une société de l’expression et de « l’extimité » (Tisseron, 2001).

 

Cependant, il s’agit de notions ambiguës aux contours incertains :

. La société actuelle pourrait s'apparenter à la « cinquième étape de la croissance » envisagée par Rostow : ère de consommation de masse en tant que telle, et comme d'autres notions (sociétés industrielles et post industrielles), elle est présentée comme un point d'aboutissement (convergence de tous les systèmes économiques quels que soit leur fondements), ce qui est discutable. Dans « Les étapes de la croissance économique » (1960), l’économiste américain Walt Whitman Rostow décrit l'évolution économique par laquelle, selon lui, passe toute société :

 

« A considérer le degré de développement de l'économie, on peut dire de toutes les sociétés qu'elles passent par l'une des cinq phases suivantes : la société traditionnelle, les conditions préalables au décollage, le démarrage, le progrès vers la maturité et l'ère de la consommation de masse. »

 

. Cela pourrait laisser entendre que la société a atteint l'abondance : or, certains auteurs font remarquer que de nombreux besoins sont insatisfaits ; d'autres, que la véritable abondance réside dans la limitation maîtrisée des besoins, ce qui est tout le contraire des sociétés actuelles fondées sur la publicité.

 

. Cela pourrait aussi s'apparenter à la théorie du « consommateur roi », dirigeant la production par sa demande ; or, pour les auteurs qui l'emploient dans un sens péjoratif, elle correspond tout au contraire à une société dominée par les entreprises qui manipulent le consommateur et orientent ses choix pour assurer des débouchés à leur production. C’est, par exemple, le cas de la "filière inversée" : selon John Galbraith (1961), l'initiative vient de l'entreprise, qui définit les besoins et les modes de satisfaction des besoins, le consommateur n'intervenant qu'en fin de processus, de façon soumise.

 

Cette notion de société post industrielle comprend des effets d'innovation et d'imitation. Dans « La théorie de l'évolution économique » Schumpeter (1911) insiste déjà sur l'importance cruciale des innovations et sur le rôle de déterminant de l'entrepreneur qui lance de nouveaux produits.

 

L'effet d'imitation ou de démonstration est la propagation dans une société, de normes et de comportements à partir d’un modèle : imitation des modes anglo-saxonnes, imitation des procédés de fabrication de l’entrepreneur dynamique par ses concurrents, imitation par les pays dits « sous développés » des modèles de développement et des normes de consommation importés des pays industrialisés.

Dans le cas particulier de la consommation, Duesenberry a analysé l’effet de démonstration : toute catégorie sociale chercherait à acquérir les biens distinctifs de la catégorie immédiatement supérieure.

 

La publicité, par ses arguments, s’appuie sur cet effet : l’ostentation serait le but proposé de la consommation. Cette analyse implique un consensus sur le modèle de la consommation : si chaque catégorie sociale cherche à rattraper la précédente et à distancer la suivante, toutes participeraient donc à une même course dont elles accepteraient le principe (cf. Hayek, 1965), à la suite de précurseurs impulsant les modes, et dont elles ne contesteraient pas les privilèges enviés. D’ailleurs, la tendance à innover des consommateurs est une réalité que l’on s’applique désormais à appréhender et à mesurer (Roehrich, 1994 ; Le Louarn, 1997)

 

Par définition, il est difficile de démocratiser un privilège, et de se distinguer en se conformant : consommé en masse, le produit n’est plus le même, ni dans sa valeur d’usage (on ne démocratise pas la poularde de Bresse, mais le poulet en batterie), ni dans sa « valeur signe » (on n’éprouvera jamais le plaisir qu’avaient les premiers à être précurseurs ) ; de cette uniformisation naissent la frustration et le nouveau désir de se distinguer : cette dialectique distinction/imitation serait le ressort de la société de consommation.

 

         Cependant, ces repères empruntés aux économistes du vingtième siècle semblent dépassés pour de nouveaux penseurs en rupture de ban. Dans le sillage de Frédéric Beigbeder (2000) et de Naomi Klein (2001), tout en restant très personnel, Raoul Vaneigem (2002) pourfend les anciens « équilibres » et propose un nouveau contrat économique et social, « une alliance entre l’intelligence sensible des individus et la recherche d’un bonheur quotidien » (p 77), qui rejoint les aspirations et les attentes des adolescents dans les grandes villes et les banlieues :

 

« La pensée révolutionnaire, qui prétendait hier s’ériger en fer de lance du prolétariat n’a jamais fait que reproduire la vieille dictature de l’esprit sur le corps. La séparation entre le langage des idées et l’expression du désir de vivre n’a cessé de s’accroître avec l’omniprésence d’une mise en scène où l’individu et la société perdent leur valeur d’usage au profit d’une valeur marchande qui les représente sur le marché et, leur ôtant leur réalité vécue, leur prête une réalité lucrative. » (p 67)

 

« Quiconque s’identifie à un territoire, à une religion, à une croyance, à une idéologie, à une ethnie, à une langue, à une mode ne fait que se dépouiller de sa singularité, de ce dont il dispose de plus vivant et de plus humain. » (p 69)

 

« Nous voulons créer un style de vie qui privilégie à tout âge les jeux d’apprentissage, la créativité, l’émulation, la curiosité, l’imagination, la passion de la découverte, l’ouverture à soi et à ses semblables, l’éveil au corps en tant que lieu de jouissance, l’invention du merveilleux… » (p 120)

 

         Enfin, du côté de la sociologie appliquée à l’économie, après M. Weber, K. Marx et W. Warner, puis P. Bourdieu et F. Boudon, étudiant les caractéristiques visibles et comportementales, structurelles, des « classes sociales » ou « classes d’appartenances », après l’engouement pour les « socio-styles » ou les « styles de vie » (Valette, 1988), des études récentes proposent de nouvelles typologies de consommateurs. Parmi celles-ci, on peut retenir par exemple celles de Chandon et Dano (1997), qui  distingue « cinq classes suivant les valeurs de consommation », « utilitaire, existentielle, non existentielle et non utilitaire » :

-          les pragmatiques, attentifs à la valeur d’usage des produits et services (fonctionnalité, efficacité, praticité, utilité) ;

-          les existentiels, sensibles à la valeur culturelle de l’offre (identité, statut social, convivialité, bien-être, écologie, humanisme) ;

-          les hédonistes, attachés à la valeur plaisir de leur consommation (plaisir, goût, luxe, loisir) ;

-          les consuméristes critiques, accaparés par l’importance du prix et la contrainte de faire une « bonne affaire » ;

-          les consumméristes sécuritaires, s’assurant  garanties, sécurité, et « bon rapport qualité/prix. »

 

Ces approches sont désormais complétées par la prise en compte des facteurs affectifs et émotionnels au cœur de « l’expérience de consommation » (Graillot, 1998).

 

Nous allons maintenant analyser sur son versant inconscient l’expérience de consommation.

 

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I.2 Brève exploration des fantasmes liés à l’acte de consommer

 

La marque, un peu comme le vêtement, le parfum ou le produit cosmétique, aurait un « rôle quasi magique » : elle serait un support à l'expression de soi, elle permettrait de transmettre une image de soi-même idéale ou idéalisée. (Alléres, 1986).

 

         Nous voici au sein du dominium de l’image, du registre imaginaire, c’est-à-dire de l’illusion et du « semblant ». Une précision s’avère nécessaire, dans le sillage de Catherine Guillaume (1992), pour laquelle « l’imaginaire est l’enveloppe nécessaire au plaisir », et de Jacques Lacan (1975) :

 

« En appeler au ‘vrai’, comme nous sommes souvent appelés à le faire, c’est simplement rappeler que nous sommes déjà même dans le semblant. Avant le semblant, dont en effet tout se supporte pour rebondir dans le fantasme, il est nécessaire de faire une distinction sévère de l’imaginaire et du réel. » (p. 122)

 

         Si l’acte de consommation, en son fondement, concerne des besoins naturels vitaux – boisson, nourriture, vêtement -, nous n’explorerons ici que l’acte de « consommer la marque », c’est-à-dire la mythologie, ou l’ensemble signifiant de symboles, qu’elle est censée représenter : les fantasmes, et les plaisirs, les modes de jouissance, mis en jeu, inconsciemment, dans cet acte.

 

         L’utérus et l’ombilic

Le premier ensemble de fantasmagories inconscientes de la consommation d’une marque relève de la fusion, de la symbiose, d’un tout totalisant formé entre la marque et le consommateur, sur le mode de la vie fœtale. La marque est la matrice du consommateur, sa mère porteuse et nourricière, son nid, son enveloppe.

« Lorsque je porte le parfum Mitsouko de Guerlain, je me sens protégée, plus rien ne peut m’arriver, je suis comme dans une bulle, et je me sens bien », affirme une femme de 49 ans, employée de banque.

 

         La bouche, les dents, la langue, les lèvres

         La marque est ici mangée : mordue, attaquée, vampirisée, vidée, sucée, aspirée ou tétée. C’est un des modes les plus fréquents de « consommation de la marque », le consommateur l’ingère, l’incorpore, la détruit pour la faire complètement sienne. Cela ne concerne pas seulement les produits alimentaires et cosmétiques, loin s’en faut. La mythologie devient la sienne, il ne reste rien d’extérieur, tout est rapté. Une boulimie d’achat et de consommation peut en découler.

« Je vais à la Fnac très souvent, un peu pour me nourrir. J’y vais plusieurs fois par semaine, dès que je me sens seul ou angoissé, j’y retourne. Je lis des BD. J’achète les nouveautés, je veux être au courant de tout. Après, c’est comme lorsque je mange trop, je suis écœuré, j’ai trop de livres chez moi, j’ai envie de régurgiter tout ça, de vomir la Fnac. Je suis épuisé, j’ai l’impression d’être malade ou comme après une cuite. » (Fabrice, 23 ans, étudiant en philosophie)

 

Le pharynx, le souffle et la voix

La marque est inspirée puis restituée, enrichie symboliquement ou esthétiquement, dans une consistante différente : chaleur, couleur, humidité, son… tel le souffle qui devient voix. La marque est transformée, sans être ni déformée, ni détruite. Il ne s’agit pas là d’un mode de consommation à proprement parler, mais plutôt d’une forme de communication. Il peut s’agir, par exemple, d’une relation imaginaire entre un enfant et sa revue préférée, qu’il reçoit régulièrement.

« C’est toujours une fête lorsque Théo reçoit son petit magazine ‘Toupie’, il est content. Il enlève le film transparent, il vient s’asseoir à côté de moi avec son doudou, il suce son puce bruyamment et attend que je lui lise les histoires en se collant contre moi. Ce sont les histoires qui reviennent à chaque fois, qui lui plaisent le plus. Après, il en parle, me raconte l’histoire à sa façon, fait un dessin ou me demande de la relire », explique un jeune papa.

 

         La maîtrise musculaire et le contrôle sphinctérien

         On trouve dans ce type inconscient de rapport à la marque, la volonté, l’austérité, le puritanisme, l’anorexie, le refus d’être l’esclave d’une marque, la méfiance envers les aspects culturels et sociaux du marketing, et la matérialisation de la vie marchande. A moins que la consommation de certaines marques, refuges ou repères, ne serve à assurer le rejet du plaisir, du mouvement, de la liberté d’expression ou d’être de son temps en suivant les modes de son choix…

« J’achète toujours les produits distributeurs. Ils sont moins chers, il n’y a pas tout ce tralala inutile et frivole. Je me moque qu’ils soient jaune ou orange ou qu’ils soient présentés dans une jolie boîte. Tout ça c’est du mensonge pour nous faire payer plus cher », affirme une institutrice de 46 ans.

 

Anus, rectum et défécation

Le jeu avec la matière et la forme est au centre de ce mode de consommation de la marque. Ce sont les résultats, les aspects concrets, tangibles de l’offre qui comptent le plus. La marque aide au modelage de soi et du corps, elle signe l’ouverture d’esprit et la détente, voire le relâchement. C’est par exemple le style « cool » ou « street » des adolescents : le jean Levi’s ou Gap qui tombe sur les hanches, les baskets Nike ou Reebok qui donnent une certaine forme aux pieds et assurent une démarche sportive, le gel coiffant Studio de l’Oréal qui permet de façonner la coiffure à sa guise…

 

Tétons, clitoris et pénis

L’érection, l’épanouissement et l’expansion (intériorisation/creusement ou extériorisation/jaillissement[1]), ainsi que la tension ardente et la sensibilité tactile exacerbée, sont les modalités de ce rapport à la marque. Nous sommes dans le domaine de l’excitation et du plaisir, peut-être aussi de l’urgence, non pas massive comme pour la boulimie, mais plutôt vive, affinée et aiguë. Une différence entre femmes et hommes serait à préciser du fait de l’altérité anatomique : c’est dans ce champ-là et au travers de ce type de fantasmes que la différence sexuelle fondamentale entrerait  en jeu dans la consommation : le reste est surtout affaire de culture, si ce n’est d’identifications inconscientes (féminines et/ou masculines).

« J’aime mon Alfa Romeo. Je la trouve belle. J’aime ce plaisir physique que je ressens en la conduisant, même sans aller très vite, en ville, pour aller travailler, sortir le soir, partir le week-end se reposer à la campagne », raconte une femme de 39 ans, publicitaire.

« Pour moi, porter des fringues Armani, c’est vraiment le pied. Lorsque je sens la matière d’une chemise sur la peau, c’est un vrai plaisir, c’est comme les boxer Dim, les nouveaux sans coutures, ou en lycra. Tu portes la marque que t’aimes, la marque te porte. Elle te transporte. C’est un jeu. C’est excitant. Tu te sens Armani, ou Dim, ou tout ça à la fois. Tu te sens mieux dans ta peau », explique un commercial de 27 ans.

 

Le regard, voir et être vu

La marque, ici, est un miroir : le client se voit en elle et s’assure de l’effet qu’il peut ou veut produire sur l’autre, comme face à la glace. Au jeu social des conventions et des tendances, mais aussi de la reconnaissance de ses pairs, la marque est un laissez-passer ou une assurance. Elle est un masque que l’on pose, un déguisement que l’on revêt, une couronne qui orne, une armure parfois aussi.

« Si tu portes un Lacoste, on te regarde autrement, on te respecte plus dans la cité… Les meufs kiffent mieux pour toi ! » lance Aziz, 21 ans.

 

         L’oreille, écouter, entendre

         Le cycle du regard est court, extérieur, immédiat et déjà abstrait, celui de l’ouïe est long, intérieur, concret et corporel.  Le regard est en prise directe avec la pulsion ; l’écoute est métapulsionnelle, elle va au-delà. L’écoute s’appuie sur la distance et l’attention, le temps suspendu. Elle implique une médiatisation plurielle : la réception, le passage par soi-même et l’entendement, la représentation du dire, l’élaboration d’une pensée et un possible retour sous forme de parole. La relation subjective à la marque, à l’ensemble de signifiants qui constituent sa mythologie, est un va et vient d’ordre artistique : sémantique, sémiotique, esthétique… Aussi, n’est-ce plus à proprement parler de la consommation, mais un échange culturel, comme le fait de lire un livre, aller au concert, regarder un film ou explorer une exposition. La relation aux marques est alors moins nécessaire ou utilitaire, elle est souple et fluide, elle devient contextuelle et contingente.

« C’est formidable toutes ses marques, les publicités, les logos, tout le design. Lorsque je fais du lèche-vitrines ou que je vais au cinéma, je me régale. Pour moi, c’est de l’art contemporain, c’est la vie, quoi ! », confie Céline, 23 ans, étudiante aux Beaux Arts.

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I.3 Présentation de quelques analogies possibles avec la physiologie

 

         Nous venons de voir à quel point, dans notre clinique[2] et au sein de la psychanalyse freudienne au sens large, le corps a d’importance comme support de la vie inconsciente et des relations aux autres et au monde.

C’est donc du côté du fonctionnement corporel et de la physiologie[3] que nous nous tournons maintenant pour emprunter des notions qui nous paraissent particulièrement pertinentes pour cette étude.

 

L’homéostasie

Claude Bernard, en 1865, dans « L’introduction à l’étude de la médecine expérimentale » invente le concept d’homéostasie. Le mot lui-même a été créé par W. B. Cannon à partir du grec homoios (égal) et stasis (position) pour désigner les oscillations régulatrices et vitales au sein d’un système ouvert en interaction avec les fluctuations de son environnement. On parle de « pseudo-équilibre dynamique » résultant de multiples déséquilibres auto-compensés.

 

Deux définitions données par l'école de Palo Alto permettent de préciser cette notion, (Marc et Picard, 1984) :

 

-        L’homéostasie désigne un système auto-régulé, qui réagit à toute perturbation d'origine interne, ou provenant de l'environnement, par une série de mécanismes régulateurs qui ramènent l'ensemble à un équilibre provisoire. C'est l'une des caractéristiques les plus importantes des systèmes ouverts complexes, qui se retrouve particulièrement dans les systèmes biologiques, écologiques, ou sociaux… (p. 26)

 

-        L'homéostasie est le fait, pour un système, d'être capable d'exercer des effets auto-correcteurs sur les éléments internes, favorisant le retour à un certain équilibre, et d'assurer ainsi une relative stabilité. (p. 87)

 

La définition des systèmes ouverts (terme de thermodynamique qui implique des échanges de matière et d'énergie entre l'intérieur et l'extérieur au travers de l'enveloppe) nécessite que l'on puisse définir une enveloppe séparant un intérieur défini d'un extérieur multiple, c'est donc abusivement, du point de vue du langage, que ce terme est utilisé pour l'écologie ou les "systèmes" sociaux. Par analogie, il est certainement possible d'évoquer la présence de mécanismes régulateurs qui interviennent quand un système (terme alors utilisé avec une acception générale et vague) écologique ou social perturbé tente de corriger les effets de la perturbation subie. Ces mécanismes régulateurs, le plus souvent par rétroaction négative (la perturbation constitue un signal, une information qui interagit avec le système perturbé et déclenche un mécanisme qui corrige les effets de la perturbation), existent dans les systèmes ouverts homéostatiques comme dans d'autres systèmes, mais ne sont pas l'homéostasie qui correspond à un degré de complexité supérieur par la multitude de mécanismes qui interviennent.

 

Enfin, un système homéostatique n'intervient pas pour exercer des effets correcteurs sur des éléments externes, en revanche un être vivant peut transformer le milieu (construction d'un nid, d'une galerie dans la terre,…) par un comportement inné ou acquis, mais il ne s'agit pas d'homéostasie.

 

Nous aurons néanmoins recours à cette notion, pour désigner, certes de façon abusive et élargie, les mécanismes d’auto-régulation qui permettent à un individu, et à un groupe, de s’ajuster en permanence à la fois aux effets de stimulations internes et aux informations ou aux perturbations venant de l’environnement.

 

 

Ectoderme, mésoderme, endoderme

Au début du développement embryonnaire des vertébrés, apparaissent trois enveloppes, couches de cellules qui entourent une cavité :

-        l'ectoderme qui donnera essentiellement l'épiderme de la peau, le système nerveux et ses dérivés,

-        le mésoderme qui donnera les tissus musculaires, osseux, conjonctifs et de remplissage,

-        l'endoderme qui donnera la plus grande part des organes participant aux fonctions de nutrition - tube digestif et annexes, appareil respiratoire, appareil circulatoire (sauf la partie musculaire du cœur par exemple).

 

Par analogie, et parce que les images corporelles aident à la formulation de la pensée et à sa compréhension, nous allons proposer ci-après une répartition de l’énergie psychique sur le même modèle.

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I.                   Les avatars de l’identité : de la marque au consommateur

II.1 Etude du lien subjectif que le consommateur tisse avec une marque-mythologie

         Toute relation met en jeu des phénomènes d’énergie de liaison et de déliaison : Eros et Thanatos, pulsions de vie et de mort, telles que Freud les a définies au fil de son œuvre. Du côté des forces reliantes, la source énergétique s’appelle aussi « libido ». Serge Tisseron (1992) explicite trois types d’investissement ou de libido (p. 34) :

 

-        la libido d’attachement, qui repose sur la nécessité vitale du nourrisson, dans sa dépendance totale à des adultes attentifs qui le nourrissent, le soignent, l’accueillent, le portent, l’écoutent et l’aident à grandir (cf. Bowlby, 1978) ;

 

-        la libido narcissique, fondée sur l’amour de soi, ou de son image, homéo-érotisme (amour du même) en jeu dans le détachement par rapport aux figures tutélaires et la constitution de l’estime de soi, en recherche d’adéquation avec les idéaux du sujet et leurs réajustements (cf. Freud, 1905, 1923) ;

 

-        la libido sexuelle, poussée vers le monde extérieur, vers l’autre et la réalisation des pulsions génitales, support de la rencontre intersubjective et recherche de la fécondité symbolique ou réelle, incarnée dans le champ social, y compris à travers la sublimation par l’expression culturelle (artistique, intellectuelle, religieuse… cf. Winnicott, 1971)

 

De la même façon que le corps humain est constitué de trois grands types d’enveloppes (endoderme, mésoderme et ectoderme), on peut représenter ces trois formes fondamentales de libido comme des enveloppes énergétiques, plus ou moins profondes, du corps psychique, le soi, dans une dynamique homéostatique, selon un schéma comme suit :

 

parole (différenciation)

image

(identification)

sensation

(symbiose)

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


On peut rapprocher ce schéma de celui des différents processus psychiques (Tomasella, 2002) : originaire / attachement / introjection ; primaire / narcissisme / projection ; secondaire / sexualité / introjection ; les processus tertiaires transitionnels permettant les échanges entre ces différents pôles et surtout avec l’environnement (Winnicott, 1971).

 

Ainsi, dans la relation qu’une personne noue avec la mythologie d’une marque, toutes ces formes d’investissements (et de processus) sont à l’œuvre. Seule la répartition des quanta de libido investis change d’une personne à l’autre, ainsi que la polarité de la relation : plutôt d’attachement, narcissique ou sexuelle.

 

Céline, 22 ans, animatrice dans un centre aéré, parle de ses marques préférées comme nécessaires à son sentiment d’être elle-même, comme partie intégrante d’elle-même ou comme une « seconde peau ». La dominante de son lien aux marques correspond à la libido d’attachement.

Julien, 17 ans, en terminale professionnelle, dit avoir recours à certaines marques « branchées » pour s’affirmer auprès de ses collègues, avoir confiance en lui et se sentir plus sûr de son image auprès des filles. La valence est majoritairement narcissique.

Béatrice, 31 ans, infirmière, lorsqu’elle achète un produit pour la marque, choisit une marque qui correspond à son envie du moment et à ce qu’elle souhaite exprimer d’elle-même. Il s’agit, avant tout, de libido sexuelle.

 

         Toutefois, pour pré-modéliser, en la simplifiant, la relation d’un(e) client(e) à une marque choisie et utilisée, on pourrait concevoir un mouvement à double sens, plus ou moins continu, passant de l’attachement au détachement à travers des phases de distanciation, et revenant à un certain attachement après des phases de fascination/séduction/idéalisation.

 

L’attachement met le sujet dans une position conservatrice de « rémanence » (pseudo-fidélité à la marque), alors qu’après un moment de distanciation, devenu critique, il peut se détacher de la marque et innover (choisir et essayer une autre marque, pour évaluer celle qu’il préfère en définitive, ou en essayer encore une autre). On obtient le tableau récapitulatif suivant :

 

Mouvement

attachement

distanciation

détachement

Position

conservatrice

critique

innovante

Impact

rémanence

essai

changement

 

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II.2 Relations au groupe, relations à la marque : quelques convergences

         Serge Tisseron (1998) précise l’importance du groupe restreint, au sein duquel s’effectue une grande partie de l’activité de représentativité (symbolisation). En effet, dans un groupe, chaque membre favorise la construction de l’identité de ses proches en les confortant dans un « sentiment continu d’exister ». Le groupe contribue à valider l’expérience que chacun fait du monde. Au sein du groupe, les objets, comme les images, jouent un rôle fondamental de médiateurs :

 

« L’utilisation des objets concrets n’est pas la simple traduction de l’identité constituée, elle contribue à la créer. Les objets ne sont pas seulement créateurs de médiations sociales institutionnelles. Ils sont aussi créateurs de médiation symbolique de soi à soi. » (p. 29)

 

« L’approche de la vie psychique en termes de symbolisation permet de comprendre que c’est l’acte d’énonciation qui organise à la fois la vie psychique individuelle et la vie sociale collective. » (p. 83)

 

« Le travail psychique de la symbolisation est toujours une opération à la fois sociale et personnelle dont l’efficacité dépend étroitement des possibilités d’expression et d’accompagnement des ressentis du sujet par d’autres sujets qui les acceptent et les partagent. » (p. 164)

 

En résumé, et dans la continuité du paragraphe précédent, on peut affirmer que les marques en tant qu’objets-images ont une place privilégiée dans les interactions subjectives au sein d’un groupe, ou d’une tribu : elles sont vecteurs de symbolisation partagée, elles permettent de créer des références communes, entraînent autant une valorisation mutuelle, qu’une reconnaissance réciproque. Bref, la marque est un facteur important de création et d’entretien de liens sociaux. A ce titre, la marque est transitionnelle[4] : elle est le support favorable aux rééquilibrages permanents tant de « l’homéostasie » personnelle que de celle du groupe.

 

 

II.3 Créativité et soutien d’une « marque personnelle », d’un mode d’être au monde

 

Nous arrivons à la difficile question de l’identité : sa constitution, ses matérialisations, ses expressions, médiations ou médiatisations, ses évolutions…

 

         Si l’identité désigne ce qui est tout à fait semblable à quelque chose (idem) et qui demeure le même dans le temps (ipse), cette définition philosophique n’aide guère à la conceptualisation en marketing. Nous retiendrons, pour notre part, deux pistes plus concrètes :

-        l’identité peut être repérée par ce qui fait différence avec d’autres individus, ou marques, dans une relative proximité d’expression ;

-        l’identité peut être précisée à travers le sentiment discontinu/continu (en quasi continuité) de ce que l’on est et de ce que l’on représente aux yeux des autres ;

-        l’identité serait un ensemble de symboles ou de signes « identifiants » (repères) qui rendent possible la reconnaissance d’une singularité distinctive.

 

Si l’on suit Nathalie Alexandre Bourhis (1995), « l’identité perçue » d’une marque, identité sensorielle, correspondrait à la fois à identité souhaitée et identité attendue, ce qui rejoint notre conception du positionnement de la marque (Tomasella, 2002). En aménageant le modèle que cette auteure propose, nous pouvons concevoir l’identité d’une marque à partir de plusieurs pôles ou facettes :

-        le pôle social : le nom et le logo de la marque, les signes de reconnaissance adjacents, et leurs diverses symboliques ou significations ;

-        le pôle matériel, qui correspond à l’offre concrète, produits et services de la marque, y compris la tarification, le design, les lieux de distribution, etc. ;

-        le pôle politique, enfin, reflète la vocation de la marque : sa vison, sa mission, ses valeurs ou croyances, ses projets, ses engagements citoyens…

L’ensemble des caractéristiques et signaux émis par ces différents pôles constitue les « déterminants identificatoires », ou identifiants, de la marque.

 

On pourrait dire, d’une certaine façon, qu’il n’y a pas d’identité sans « identifications ». Freud est le premier à mettre en évidence ce phénomène (Lettre à Fliess du 2 mai 1897 ; « Psychologie des foules et analyse du moi », 1921). Il s’agit d’une expérience (phénoménologique), bien souvent inconsciente, d’un rapport et d’un éprouvé de « mêmeté », de continuité et de communauté, beaucoup plus que de ressemblance, entre une personne et une autre, prise pour soi ou à l’image de laquelle le sujet souhaiterait être. D’une forme d’empathie dynamique et reliante.

 

« L’image est ce qui assure la rencontre de deux psychismes, leur enveloppement conjoint dans une bulle imaginaire effaçant provisoirement les limites de chacun . » (Tisseron, 1992, p. 175)

 

Octave Mannoni (1988) éclaire cette question en précisant que la prise de conscience d’une  identification est déjà un processus de désidentification. D’ailleurs, fait notable, on s’identifie à un personnage de roman, une figure historique, une marque… pas forcément à quelqu’un de réel. Ainsi, pour ce qui est précisément de la relation à une marque, le jeu est plus ou moins permanent entre identification et désidentification, surtout auprès des jeunes qui ont cette habitude de jongler avec les images et de savoir prendre de la distance grâce au maniement de l’humour et de la dérision, y compris pour relativiser leurs idéaux.

Cela n’est pas sans intérêt pour notre recherche. Mannoni précise en effet que les identifications ludiques jouent un rôle important dans la construction de la personnalité, surtout du fait que la désidentification est assurée dès le début.

 

         La marque serait donc, outre un possible objet transitionnel favorisant les relations entre les membres d’un groupe, ou d’une tribu, partageant des investissements de même nature à son égard, un support dynamique et « écologique » (puisque respectant les rythmes psychiques du sujet) de la constitution renouvelée et évoluante de l’identité de chacun, ainsi qu’un médiateur de ses expressions.

 

 

II.                La marque : un système relationnel complexe de flux de communication ?

III.1 Mise en perspective et modélisation dynamique

 

         Pour confirmer la validité du modèle trivalent de la marque que nous avons déjà proposé (Tomasella, 2002), et afin de le compléter, faisons un rapide détours par la théorie de l’écorce et du noyau de Torok et Abraham (1978), dont voici un schéma récapitulatif :

 

 

 

 

 

 

 

 

 


© CEM

 

 

 

 

 

 

 

 

Nota bene :

-        Tout phénomène « psychique » a une source organique, une origine corporelle.

-        Le système inconscient joue à la fois le rôle d’écorce pour le système organique et de noyau pour le système conscient. Nous l’appelons système charnière ou reliant.

-        Les processus tertiaires (transitionnels) assurent un va et vient entre soi et non-soi, système et environnement.

 


© CEM

 

Pour mémoire, rappelons ci-dessous un des modèles de présentation de l’identité d’une marque à partir de ses différents types d’identifiants :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Voici une synthèse des correspondances symboliques entre les différents modèles utilisés pour schématiser le système complexe que représente un marque :

 

système ‘marque’           

rôle

niveau

 

topique

 

dynamique

 

économique

noyau

endoderme

organique

essentiel

charnière

mésoderme

inconscient

reliant

périphérie

ectoderme

conscient

anecdotique

 

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Nota bene :

-        Les correspondances dont nous nous servons ne sont que des analogies et des équivalences symboliques, destinées à favoriser la représentativité fonctionnelle du système complexe qu’est la marque. Il ne s’agit pas d’équivalences réelles…

-        Le sous-système charnière peut, aussi, être considéré comme un champ de forces entre le noyau et la périphérie.

 

La complexité du « système-marque » en tant que tel ne doit pas faire oublier qu’il est en relation interactive avec son environnement à la fois avec les systèmes d’autres marques du marché par rapport auxquels il se situe et se positionne, et avec les personnes ou les groupes du tissu social et culturel qui l’utilisent à des fin de « consommation », d’identification et d’expression.

C’est pour mieux cerner, concrètement et de façon plus large, le lien évolutif entre des client(e)s et une marque, que nous proposons la méthodologie qui suit.

 

 

III.2 Méthodologie d’investigation auprès des consommateurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


© CEM

 

         G. Michel (2000) affirme, après enquête, que les professionnels et stratèges de la marque s’appuient presque exclusivement sur des études qualitatives pour préciser l’identité des marques dont ils sont responsables, tout autant que pour les faire évoluer. Nous partageons cet avis, d’autant qu’une marque est majoritairement un fait immatériel symbolique : culturel et social. L’essai d’une métasémiotique[5] de la relation entre la marque et la personne qui la choisit nous semble nécessiter le métissage de plusieurs techniques de recueil d’informations auprès des échantillons de sondage. Seule l’interprétation des données subjectives ainsi recueillies ferait appel à la psychanalyse, notamment à partir des précisions métapsychologiques apportées précédemment. Dans tous les cas, la recherche d’informations est réalisée en deux étapes : l’une individuelle, l’autre en groupe.

 

         Biographie[6] : dans un premier temps,  il est demandé séparément, en face à face, à chaque personne de l’échantillon de décrire sa relation aux marques en général, les perceptions qu’il en a, les représentations qu’il s’en fait, les motivations de ses choix… Puis, en groupe, les participants diront ce que leur apporte personnellement et socialement le choix de telle ou telle marque, et leur « consommation », l’assimilation à son identité, ses modes de vie et la reconnaissance au sein des groupes auxquels il prend part.

 

         Ethnographie[7] : dans un second temps, on demande à chacun de noter sur un petit carnet - sans changer aucunement ses habitudes – quels sont précisément ses modes de « consommation » des produits appartenant à la catégorie à laquelle se rattache la marque testée (lieux, heures, méthodes d’utilisation, seul ou avec d’autres…), puis en groupe ou en sous-groupes, une sortie d’une demi-journée ou d’une journée est prévue pour observer sur le terrain les endroits, moments et modalités des comportements d’achat, ou de non achat, des personnes représentatives sélectionnées.

 

         Phénoménologie[8] : dans un troisième temps, après un délai d’une semaine environ, chaque participant d’abord seul est encouragé à expliciter concrètement et très subjectivement ses ressentis concernant « l’expérience » de ce qui le relie à la marque étudiée, puis en groupe, à définir les bénéfices qu’il en retire, seul et dans ses relations aux autres et au groupe.

 

         La restitutions des données recueillies se fait sous forme de deux tableaux à double entrée : en colonnes, les trois étapes de l’enquête, en lignes les thèmes récurrents ou fédérateurs des réponses. Le premier tableau concerne les aspects individuels, le second les aspects collectifs.

 

méthodes

biographie

ethnographie

phénoménologie

 

thèmes

relations aux marques en général

comportements face à la catégorie produits/services

lien(s) spécifique(s) créés avec la marque étudiée

 

 

         Cette méthodologie est en cours de validation pour deux marques : l’une alimentaire, Bjorg, disponible en grande distribution, l’autre vestimentaire, Zara, commercialisée dans des boutiques spécialisées, dédiées à la marque. Nous donnerons les résultats des tests lors d’une prochaine publication.

 

© CEM

III.3 De nouvelles formes de communication pour les marques ?

 

Kapferer (1994) confirme la nécessité de penser la marque autour de la constitution de son identité, plutôt que de construire son image. Le management de la marque est souvent réduit aux études d’images. La préoccupation est alors seulement de vérifier comment la marque est perçue. Au contraire, lorsque l’identité devient le pilier de la politique marketing et communication, la continuité de la marque dans le temps est assurée et ses évolutions sont facilitées. Les signaux émis envers le marchés sont clairs et consistants. Les processus de reconnaissance, d’adoption et de mémorisation sont favorisés, à travers une identification fluide, continue et ajustable des consommateurs à la marque. Cette notion d’identité rejoint celle de « concept de marque » développée par Ladwein (1998).

 

A la suite de Kapferer et Laurent (1989), Marc Filser (1994) rappelle quelles sont traditionnellement les fonctions[9] de la marque pour l’acheteur (p. 367) :

-        le repérage et la particularisation d’une offre par rapport à une autre sur le même segment de marché ;

-        la garantie d’un certain niveau de qualité ;

-        l’affirmation du consommateur dans son environnement social ;

-        le jeu ou plaisir du choix dans une diversité d’offres personnalisées ;

-        la mémorisation facilitée des offres congruentes pour le consommateur.

 

Aussi, lorsque l’on tient compte du nouveau contexte socio-économique et culturel post-moderne, à l’écoute notamment des aspirations des générations montantes qui dessineront les marchés et les modalités d’échanges de demain, on peut proposer de la « marque » dit commerciale une vison renouvelée et dynamique qui se concevrait autour de quelques axes majeurs :

-        une marque est un système complexe ouvert évolutif en permanent remodelage, qui associe des flux d’informations vers le marché, organisés en fonction de ses identifiants et de leur rôle au sein du système ;

-        un ensemble de relations et d’interactions définit les liens entre une marque et ses clients ;

-        ces liens sont sans cesse en voie de réajustement en fonction non seulement des informations envoyées par la marque à travers son offre et ses diverses formes de communication, mais aussi en fonction de ce que les clients font de ces flux d’information, de quelles façons ils se les approprient, ils s’y identifient/désidentifient, ils transforment les données pour les reprendre à leur compte et s’exprimer eux-mêmes à partir des identifiants d’une marque dont ils contribue à véhiculer l’identité tout en la nourrissant.

 

De là, peut-être, pourra-t-on cesser de croire, d’affirmer et d’enseigner que le marketing, à lui seul fait la marque : la construit, la promeut, la vend. Les échanges marchands étant des échanges culturels avant même d’être financiers, il s’agit plutôt de considérer la marque comme un fait social et culturel dont la « vie » symbolique ne dépend ni seulement de l’entreprise qui en est juridiquement propriétaire, ni de ses employés, non plus uniquement de ses clients, mais est l’expression de relations sociales qui se tissent souvent à l’insu des protagonistes. Voici la marque élevée au rang de production culturelle, au même titre que certains arts populaires contemporains, échappant au contrôle de ceux qui auraient pensé, par ce biais, s’assurer domination et maîtrise sur le marché. Karl Marx n’affirmait-il pas que le capitalisme avait, en lui-même, la possibilité d’évoluer, à l’infini, pour permettre lors de chaque crise économique une revalorisation des taux de profit structurellement en baisse ? Voici une preuve que son intuition n’était pas fausse. Pourtant, si l’on s’éloigne de la pensée matérialiste, force est de constater que l’être humain ne saurait se satisfaire ni du technique, ni de l’économique, ni même de ce que la médiatisation spectaculaire du champ social croirait pouvoir nous faire gober des pouvoirs de l’image : les enjeux fondamentaux sont ailleurs, depuis la nuit des temps. Ils concernent la relation humaine, juste, dans ce qu’elle permet de se construire, de se dire et de se rencontrer, pour inventer demain. Nouveau et différent. Autre. N’est-ce pas cela, au fond, être fécond ?

 

On peut donc penser sans doute que le registre de la « connivence » associé au ton de l’humour a de beaux jours devant soi pour la publicité des marques, surtout auprès des jeunes générations…

 

         Ainsi, de près ou de loin, tout est une question de métabolisation, c’est-à-dire de digestion et de croissance : processus de consommation, décomposition, rejet, transformation, assimilation, élaboration et évolution…

 

Puisque rien n’est défini d’avance, mais se crée au fur et à mesure, telle la vie, pourquoi ne dirions-nous pas, avec un peu de poésie, que ce qui existe, parfois, entre une marque/mythologie et une personne/adepte, serait de l’ordre d’une « histoire d’amour » ? Freud, qui a inventé le terme de « transfert », ne nous contredirait pas, lui qui voyait dans la relation transférentielle et sa richesse d’investissements pulsionnels, affectifs, représentatifs et identificatoires, le plus bel exemple d’incarnation, dans une relation singulière, de l’amour sublimé…

 

 

 

Nice, automne 2002.

saverio tomasella

© CEM, 2003.


 

Bibliographie

 

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Turci, L., et Tomasella, S., « Youth 2 : observatoire de la vie adolescente »,eXperts, Paris, 2001.

 

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Winnicott, D. W., « Jeu et réalité » (1971), Gallimard, Paris, 1975, 213 p.

 

© CEM, 2003.

 



[1] N’oublions pas, non plus, la jouissance de la femme allaitante. Ce qui brise, encore une fois, les séparations simplistes des modes de plaisirs de l’homme et de la femme…

[2] Dans la filiation de psychanalystes tels Anzieu, Dolto, Mélèse, Tisseron, Torok…

[3] Les notions issues de la physiologie ont été précisées par Michel Bornancin, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis, que nous remercions.

[4] La marque serait ainsi, dans ce cas, un objet transitionnel, un médiateur momentané entre soi et le monde, sa réalité intérieure et les réalités extérieures (Winnicott, 1971) et non un fétiche, objet magique, totem sacralisé, préservé et intouchable (Pontalis, 1977 ; Tisseron, 1998).

[5] Pour la définition de cette notion, voir Tomasella, 2002.

[6] Description et application de la méthode biographique : Wacheux, 1996, pages 126 à 135.

[7] Une méthode d’observation d’adolescents en situation de sélection et d’usage de produits de marques choisies a été mise au point par Pierre d’Huy et Saverio Tomasella en 1999 pour le cabinet eXperts à Paris. Nous nous en inspirons directement ici.

[8] Détails et limitations de la méthode phénoménologique : Chéré, 1998, pages 68-85, et Wacheux, 1996, pages 135 à 139.

[9] A ces fonctions, on pourrait rajouter les valeurs d’usage psychosocial de l’objet-marque, telles que nous les avons définies (Tomsella,2002).

Consommer la marque

 

 

Consuming the brand

Saverio Tomasella

 

L'innovation naît du métissage du croisement de disciplines : la psychanalyse discipline et pratique récente instaurée par Freud apporte un éclairage nouveau à la pratique marketing.Innovation is coming from the interbreeding of different disciplines. The psychoanalysis, which was introduced by Freud as a recent discipline and practice, brings new perspectives for the marketing practice.Le développement récent d'approches centrées sur la personne et l'émergence d'un marketing plus individualisé demandent de s'interroger sur les liens subjectifs et singuliers que les consommateurs peuvent entretenir, en leur for intérieur, avec des marques de prédilection. The recent development of approaches focused on the person and the emergence of an increasing individualized marketing, push us to one question: “What are the subjective and unique ties that consumers can keep in their hearts with favorite brand?”

La présente recherche s'appuie et explore, l'hypothèse d'existence quotidienne chez un individu, d'une relation à la marque qui serait un facteur de création d'identité.This following research builds and explores the possibility of a daily relationship by a person to the brand, which would be a factor for establishing his own identity.En outre, ce papier cherche à montrer à l'aide d'outils psychanalytique un lien étroit entre la marque et le consommateur, que ce dernier consommerait selon une participation sociale et une expression culturelle. In addition, this article seeks to show by using psychoanalytic tools a close tie between the brand and the consumer, who consumes as a social participation and a cultural expression.

C'est dans les sciences annexes que le marketing puise son souffle depuis deux siècles.In additional disciplines draws the marketing its breath for two centuries.A cet égard, nos repères théoriques sont très diversifiés. Nous tenterons cette approche : sociologie, économie ; physiologie, thermodynamique ; psychanalyse ; biographie, phénoménologie, ethnographie. In this perspective, our theoretical benchmarks are very diverse. We will try this approach: sociology, economics, physiology, thermodynamics, psychoanalysis, biography, phenomenology, ethnography.

Nous explorerons dans une première partie l'évolution de la marque dans son environnement, puis l'identité de la marque dans une seconde partie avant de terminer par la construction de notre modèle dynamique. First, we will explore the evolution of the brand in its environment, then the identity of the mark before ending by the construction of our dynamic model.

 

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I.                    History and Early References

 

I.1 Towards new brands?


Kapferer (1994) confirms the need to think about the brand through the constitution of its identity, rather than building its image. The brand management is often reduced to the Image study. The concern is to check how the brand is perceived. Instead, when the brand identity becomes the pillar of the marketing and communication policy, the continuity of the brand is assured over time and it development is facilitated. The signals send to the market are clear and consistent. The process of recognition, adoption and retention are promoted, through a fluid, continuous and adjustable identification of the brand by the customer. This notion of identity coincides with the one of "brand concept" developed by Ladwein (1998).

Following Kapferer and Laurent (1989), Marc Filser (1994) recalls what the traditional duties of the brand are for the buyer (p. 367):

-       Identification and differentiation of an offer to another on the same market segment;

-       Guarantee of a certain level of quality;

-       Affirmation of the consumer in his social environment;

-       The game or pleasure of choice in a range of customized offer;

-       Facilitate memorization of the adequate offers for the consumers.

 

So when we take into account the new socio-economic and cultural post-modern contest, which includes listening to the aspirations of rising generations who will shape the markets and define the exchange market in the future, we can propose the "brand", qualified as commercial, a renewed and dynamic vision build on few major themes:

-          A brand is a complex open system evolving into a permanent remodeling, which combines flow information to the market, organized according to their IDs and their role within the system;

-          A set of ties and interactions defines the relationship between a brand and its customers;

-          These links are constantly readjusted, depending not only on information sent by the brand throughout its product range and its various communication forms, but also in terms of what customers make from these information flows, in which ways they are appropriated them, they identify or not to them, they transform the data to return them to their account and express themselves based on the brand identifiers, which they help to convey and to feed in the same time.

 

Hence, it shows the end of the received idea that marketing is the only one responsible for the brand: by building, by promoting and selling. The trade is cultural exchanges before having financials purpose, but we have to consider the brand as a social and cultural fact whose symbolic "life" depends not only on the company brand owner, its employees, or its customers, but on the expression of social relations, which are often forged without the knowledge of the protagonists. Here the brand is elevated as a rank of cultural production, as well as some contemporary folk art, beyond the control of those who would have thought, through this way, they could ensure domination and control over the market.

 

I.2 Recent developments in the social and cultural environment


A brand strategist from the Euro RSCG agency recently defended the idea that we had left the world of reality to enter into the era of "hyper-reality": several realities, or illusions of real, coexisting, contradictory, chaotic, juxtaposed or interlaced, and constantly shifting from arrangements. These statements are reminding that "the idea that the real resists to the idea" (Morin, 1992) and the "radical thinking" proposed by Jean Baudrillard (2001):

"Any confusion of thought (of writing, of language) with the real order - the so-called 'fidelity to reality' of a thought which has itself rise from the beginning to the end - is hallucinatory. It is also a total misunderstanding on the language, based on the fact that language is illusion in its own movement, that it is carrying the continuity of emptiness, from this continuity of nothing to the heart of what he said and that it is, in its very materiality, deconstructing of what it means. "(p.12)

 

It seems that this "hyper-reality" is a customary fact of today's teenagers in Western societies, moving from a "tribe" to another according to the times of day or week, and could be changing of referents, as well as lifestyle, during these passages (Turci, 2001).

 

The generation of 15-30 years is coming from:

-       the social revolution of May 1968,

-       the sexual liberation,

-       the economic crisis consequent to the two "oil shocks",

-       the huge rising of unemployment,

-       the ravages of AIDS in the heart of the search for love,

-       the rejection of traditional forms of authority,

-       the development of divorce, "free love" and single-parent families or reconstituted family

-       the consolidation of the European Community

-       The search for new relationships between women and men about sexual representations in full transformation.

 

Adolescents are used to a life centered on consumption through the development of retail, advertising, Internet and the effects of marketing which are omnipresent in daily life. Both studies of Turci than Henry and Hirt (2001), say in search of "individualized relationships" with brands: the leaders as Coca-Cola, Microsoft, Nike... doesn't impress them much, they prefer brands which are less known, more originals, friendly, relaxed, playing on the "vicinity", the "connivance", the sympathy and the understanding.

 

Thus, the consumer society in which we live, constantly stimulated by new and pervasive forms of advertising, would become a society of addictive consumption, « a drug addict society »? Contrary to the hasty judgments of the seniors on the youngest, the teenagers are the most critical and are looking for patterns of different social behaviors and differentiation by consumption: they wish to be considered as persons in search of meaning and no longer be treated coldly as buyers, or worse, as targets.

 

We are probably less and less in a consumer society, but rather in a post-modern, moving, fleeting and discontinuous society (Fuat Firat and Venkatesh, 1995), a society of consumers-actors, market participants. The sociological and marketing researches in past years reveal the existence of consumers-actors "aware" (Tomasella, 2002). This recent insight pushes post-modern companies to turn themselves to new tools, including a sensory logic. Sensuality deploys several and implicit potentials for each consumer-actors. To enhance the responses to their needs and their search for pleasure, it is important to understand the unconscious leverage.

 

However, it is about ambiguous notions with uncertain outlines:

Today's society could be likened to the "fifth stage of economic growth" proposed by Rostow: era of mass consumption as such, and like other concepts (industrial and post industrial), it is presented as a terminus point (convergence of all economic systems regardless of their fundamentals), which is questionable. In "The Stages of Economic Growth" (1960), American economist Walt Whitman Rostow describes economic developments that each society has to going through:

 

"Considering the level of economic development, we can say that all societies pass through one of five following stages: traditional society, preconditions for take-off, start, progress toward maturity and the era of mass consumption."

 

Does the society reach the abundance? : some authors note that many needs are unmet, and others, that the real wealth lies in the controlled limitation of the needs, which is the opposite of the actual societies based on advertising.

 

This could also be likened to the theory of the “king consumer”, directing the production by his demand. But for the authors who use this term in a pejorative sense, it is the contrary in a society dominated by companies which manipulate consumers and guide their choices to ensure market opportunities for their own production. This is the case for the "revised sequence" according to John Galbraith (1961), the initiative comes from the company which defines the needs and the ways of meeting needs, the consumer is only intervening at the end of the process, in a submitted way.

 

The concept of post-industrial society includes the effect of innovation and imitation. In “The theory of economic evolution” Schumpeter (1911) already underlines the crucial importance of innovation and the crucial role of the entrepreneur who lunch new products.

 

The imitation or demonstration effects are the spread in a society, of norms and behavior from a model: imitation of Anglo-Saxon trends, imitation of the production processes of the dynamic entrepreneur by his competitors, imitation by the so-called "underdeveloped" countries of the development models and standards of consumption from the industrialized countries.

 

Advertising, through its arguments, goes by this effect: ostentation would be the proposed purpose of consumption. This analysis implies a consensus on the model of consumption: if every social class seeks to recover the previous class and to improve the distance to the following, each on would participate in the same race of which they accept the principle (cf. Hayek, 1965), following precursors spurring trends, and of which they were not contesting the coveted privileges. Moreover, the innovation trend of consumer is a reality which applied to be understand and be measure (Roehrich, 1994; Le Louarn, 1997)

 

By definition, it is difficult to democratize a privilege and to stand out in accordance with: mass consumption, the product is no longer the same, nor in its use value (we do not democratize the “Bresse” chicken, but the chicken farm) or in its "sign value" (we will never feel the pleasure which had the pioneers to be the precursors); from this standardization are born the frustration and the new desire to distinguish ourselves : this dialectic distinction / imitation would be the responsibility of the consumer society.

However, these cues borrowed from economists of the twentieth century seem outdated by new thinkers on the loose. In the wake of Frédéric Beigbeder (2000) and Naomi Klein (2001), while remaining very personal, Raoul Vaneigem (2002) cleaves the old "balance" and proposes a new economic and social contract, "an alliance between the sensitive intelligence of individuals and the search for happiness everyday "(p 77), who joined the aspirations and expectations of teenagers in big cities and suburbs:

 

"Anyone, who identifies himself to a territory, a religion, a belief, an ideology, an ethnic group, a language or a trend, is only robbing himself from his singularity, what he owns from more living and human." (p.69)

 

"We want to create a lifestyle which focuses in every age on learning games, creativity, emulation, curiosity, imagination, passion for discovery, openness to self and his fellows, awakening to the body as a place of enjoyment, the wonderful invention ... "(p 120)

 

Finally, from a sociologic view applied to the economy, after Mr. Weber, K. Marx and W. Warner, then P. Bourdieu and F. Boudon, studying the visible and behavioral characteristics, structural, of "social classes" or "classes of membership”, after the craze for “social styles" or "lifestyles"(Valletta, 1988), recent studies propose new typology of consumers. Among them, it can be for example those of Chandon and Dano (1997), which distinguishes "five classes according to the values of consumption”, “functional, existential, not existential and non- functional"

 

-          The practical person, attentive to the use value of products and services (functionality, efficiency, practicality, usefulness);

-          The existential person, sensitive to the cultural value of the offer (identity, social status, user friendliness, wellness, ecology, humanism);

-          The hedonistic people, tied to the pleasure value of their consumption (pleasure, taste, luxury, leisure);

-          The critical consumerist, concerned about the importance of price and looking for a "good deal";

-          The safe consumerist, making sure of security, safety, and "good value for money."

 

These approaches are now complemented by the inclusion of affective and emotional factors in the heart of the "l'expérience de consommation" (Graillot, 1998).

It is this experience, this act of consumption that we will now analyze on his unconscious side.

 

I.3 Brief exploration of fantasies related to the act of consuming

 

The brand, such as clothes, perfume or cosmetic product, would have an "almost magical function: it is a medium to express itself, it would convey an ideal or idealized image of oneself. (Alléres, 1986).

 

We are within the “dominium” of the image, the imaginary register, that is to say of the illusion and the "pretend". A clarification is necessary in the wake of Catherine Guillaume (1992), for which "the imagination is the funding necessary to pleasure”, and Jacques Lacan (1975):

 

"Appealing to the 'true', as we are often called to do it, is just only remembered that we are already in the pretend. Prior to pretend, that everything is indeed bounce in support for the fantasy, it is necessary to distinguish strictly the imaginary from the real. "(p. 122)

 

If the act of consumption, concerns vital and natural needs - beverage, food, clothing- we crawl here the act of “consuming the brand, that is to say, the mythology, or the whole meaning of symbols, it is supposed to represent : the fantasies and pleasures, patterns of use, brought into play unconsciously in the act.”

 

The uterus and the umbilicus

The first set of unconscious fantasies in consumption of a brand comes from the merger, the symbiosis of a whole formed by the brand and the consumer, bases on the mode of fetal life. The brand is the matrix of the consumer, his foster mother and feeder, its nest, its envelope.


"When I wear the perfume Mitsouko by Guerlain, I feel protected, nothing can happen to me, I'm like in a bubble, and I feel good," says a woman of 49 years, a bank employee.


The mouth, teeth, tongue, lips

The brand is eaten here: bitten, attacked, empty, sucked, breathed or feed. This is one of the most frequent modes of "brand consumption”, the consumer ingests it, incorporates it, destroyed it to make it completely his own. This concerns not only food and cosmetics product. The mythology becomes his own one, there remains nothing outside, everything is kidnapping. Bulimia purchase and consumption may result.

 

The pharynx, breath and voice

The brand is inspired then returned, esthetically or symbolically enriched, in a different consistency: heat, color, moisture, sound ... like the breath which becomes a voice. The brand is transformed, without being deformed or destroyed. It is not there a way of consumption, but rather a form of communication. It may be, for example, an imaginary relationship between a child and his favorite magazine that he regularly receives.

 

The muscular and bowel control

We can find in this kind of unconscious relation to the brand, the will, the austerity, the Puritanism, the anorexia, the refusal to be the slave of a brand, the distrust to cultural and social aspects of marketing, and the materialization of the life market. Unless the consumption of certain brands, shelters or benchmarks, only serves to ensure the rejection of pleasure, movement, freedom of expression or be in his time by following the methods of choice.

 

The look, see and be seen

The brand here is a mirror: the client sees himself into it and verifies the effect that he can or will occur on the other, as in front of the mirror. In the game of social conventions and trends, but also recognition of his peers, the brand is a pass or insurance. It is a mask that we put, a disguise that we wear; it is a crown that adorns a weave sometimes too.

The ear, listen, hear

The look cycle is short, exterior, immediate and already abstract; the one of hearing is long, interior, concrete and tangible. The look is in direct contact with the drive, listening is different, it goes beyond. Listening is based on distance and attention, time is suspended. It implies a pluralistic media: the reception, the understanding, the representation of words, the development of a thought and a possible return in the form of speech. The subjective relation to the brand, to all of signifiers which constitute its mythology, is a coming and going of an artistic nature: semantics, semiotics, aesthetics ... Also, instead of simple consumption, it is a cultural exchange, as reading a book, go to concerts, watch a movie or explore an exhibition. The relationship with brand is less necessary or useful, it is flexible and fluid, it is contextual and contingent.

 

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II.                  The avatars of the identity: from the brand to the consumer

 

II.1 Study of subjective link that the consumer weaves with a brand-myth

 

Any relationship involves processes of binding energy and unlinking: Eros and Thanatos, pulse of life and death, as Freud has defined along his work. On the side of connecting forces, the energetic source is also called "libido." Serge Tisseron (1992) express three types of investment or libido (p. 34):

 

-          Libido attachment, based on the vital need of the baby in its total dependence of caring adults who feed, care, welcome, wear, listen and help him to grow (cf. Bowlby, 1978);

-          The narcissistic libido, based on love of self, or of his image, homeo-erotic (love the same) involved in the detachment from the tutelary faces and the establishment of self-esteem, in search of appropriateness with the ideals of the subject and his readjustment (cf. Freud, 1905, 1923);

 

-          Sexual libido, pushed to the outside world, to the other and the realization of sexual desires, support of the meeting cross-subjective and research for symbolic or real fertility, embodied in the social field, including through the sublimation of cultural expression (artistic, intellectual, religious ... cf. Winnicott, 1971)

 

In the same way as the human body constitutes of three main types of energetic envelopes (endoderm, mesoderm and ectoderm), we can represent these three basic forms of libido as energetic envelopes, more or less deep, of the psychic body, in a dynamic homeostatic, in a pattern as follows:

 

sexuality

narcissism

attachment

speech (differentiation)

image

(identification)

feeling

(symbiosis)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Figure 1: human process

 

We compare this pattern to the several mental processes (Tomasella, 2002): native / attachment / introjection; primary / narcissism / projection; secondary / sexuality / introjection; tertiary transitional processes for the exchange between these different poles and especially with the environment (Winnicott, 1971).

 

Thus, in the relationship that a person enters with the mythology of a brand, all these forms of investment (and process) are at work. Only the distribution of quanta of libido invested changes from one person to another and the polarity of the relationship: rather of attachment, narcissistic or sexual.

 

 

Qualitative analysis and example of methodology

 

Celine, 22 years, host in a day camp, talks about her favorite brands as necessary for her sense of herself, as a part of herself or as a "second skin". The dominance of its relationship to trademarks is the libido attachment.

Julien, 17 years, says to use certain “fashion” brands to affirm himself with his colleagues, to be confident and feel comfortable with his image among girls. The valence is predominantly narcissistic.

Beatrice, 31 year-old nurse, when she buys a product because of the brand, she choose a brand which represents his actual desire and what she wants to express itself. It is, above all, sexual libido.

 

However, as pre-model, by simplifying the relationship of a client to the brand selected and used, we could design a two-way movement, more or less continuous from the commitment to the detachment through phases of distancing, and returning to base after a phase of fascination/seduction/ idealization.

 

The commitment puts the subject in a conservative position of "persistence" (pseudo-brand loyalty), then after a moment of estrangement, became critical, it can detach itself from the brand and innovation (try and choose another mark to evaluate what he prefers in the end, or even try another). We get the following summary table:

 

 

Movement

Attachment

Distance

Detachment

Position

Conservative

Critical

Innovative

Impact

Persistence

Attempt

Change

 

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II.2 Group relations, relationship to the brand: some convergences

 

Serge Tisseron (1998) explained the importance of the small group, which takes place an important part of the representation activity (symbolism). Indeed, in a group, each member supports the construction of the identity of his close relative by reinforcing a "sense of continuous existence." The group helps to validate the experience that each has in the life. Within the group, objects such as images, play a fundamental role of mediators:

 

"The use of concrete objects is not only the simple translation of the formed identity, it helps to create it. The objects are not only creators of social institutional mediations. They are also creators of symbolic mediation of self to self." (p. 29)

 

"The approach of psychic life in terms of symbolization help to understand that the act of enunciation which organizes both the individual psyche and collective social life." (p. 83)

 

"The psychic work of symbolization is always an operation to both social and personal effectiveness which depends heavily on the possibilities of expression and accompanying feelings of the subject by other subjects who accept and share them." (p. 164)

 

In summary, in the continuity of the previous paragraph, we affirm that brand as objects-images have a special place in the subjective interactions within a group or tribe: they are vectors of shared symbolism; they can create a common language, as a result mutual exploitation, a mutual recognition. In short, the brand is an important factor in creating and maintaining social ties. As such, the brand is transitional: it supports both permanent rebalancing of personal "homeostasis" than the one of the group.

 

 

II.3 creativity and support of a "personal brand", a mode of being in the world

 

We arrived at the difficult question of identity: its constitution, its realizations, expressions, mediations or media coverage, its trends...


If identity refers to what is quite similar to something (ditto) and remains the same over time (ipse), this philosophical definition doesn't help to conceptualize in marketing. We will hold for us, two tracks more concrete:

 

-          Identity can be identified by what is different with other individuals or brands in the relative near of term;

-          Identity can be specified through the discontinuous / continuous (virtually continuous) sense of what a person is and what it represents to others;

-          The identity is a set of symbols or signs of "identifiers" (benchmarks) which make possible the recognition of a distinctive status.

 

If we follow Nathalie Alexandre Bourhis (1995), "perceived identity" of a brand, sensory identity, corresponds to both desired and expected identity, which joined our understanding of brand positioning (Tomasella, 2002). By adjusting the model that this author proposes, we can design the brand identity from several poles or facets:

-          The social pole: the name and brand logo, signs of adjacent recognition, and their various meanings or symbolic;

-          The material pole, which corresponds to the concrete offer, products and services of the brand, including pricing, design, retail places, etc... ;

-          The political pole, finally, reflects the purpose of the brand: vision, mission, values or beliefs, plans, citizen's commitments...

All the features and signals emitted by these poles are the "determinants identifying" or identifiers of the brand.

 

Somehow, there is no identity without "credentials". Freud was the first to highlight this phenomenon (Letter to Fliess of May 2, 1897; "Psychology and the Analysis of the Ego", 1921). It is an experience (phenomenological), often unconscious, a report and a proven "sameness", of continuity and community, much than similar between a person and another, making for himself or image to which the subject would be.

 

"The image is what ensures the meeting of two psyches, their joint wrap in an imaginary bubble erasing temporarily the limits of anyone. (Tisseron, 1992, p. 175)

 

Octave Mannoni (1988) clarifies this issue by stating that the awareness of identification is already a process of misidentification. Moreover, significantly, they identify with a fictional character, a historical figure, a mark ... not necessarily someone real. Thus, for this is precisely the relationship to a brand, the game is more or less standing between identification and de-identification, especially among young people who are used to juggle with images and taking distance through handling humor and derision, including to put in perspective their ideals.

 

This is not without interest for our research. Mannoni specifies that playful identifications play an important role by the construction of the personality, especially the fact that unidentification is assured from the beginning.

 

The mark is therefore not only a possible transitional object fostering relationships between members of a group or tribe, sharing investments similar to it, but a dynamic medium too and "green" (as respecting the psychic rhythms of the subject) of the renewed constitution and evolution of the identity of each, and a mediator of its expressions.

 

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III.                The mark: a complex relational system communicating

 

III.1 Dynamic modeling

 

For the record, following presentation models of the brand identity from its various types of identifiers (Tomasella, 2002):

 

 

Core:

Founding

identifying

Link: Organizer identifying

Periphery:

Reflectors

identifying

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Figure 3: The spherical matrix

 

Here is a summary of symbolic correspondences between the various models used for the complex system that represents a brand:

 

 

Brand system

role

level

 

tropical

 

dynamic

 

Economic

Core

Endoderm

Organic

Essential

Pivotal

Mesoderm

Unconscious

Reliant

Periphery

Ectoderm

Conscious

Anecdotal

 

-          The connections that we used, are only analogies and symbolic equivalences, to promote the functional representation of the complex system that brand is. It is not real equivalences ...

-          The hinge subsystem may also be considered as a force field between the core and the periphery.

 

The complexity of the "brand system " as such must not conceal that he is an interactive relationship with its environment in the same time with both systems of other brands on the market from which it will be located and positioned, and with individuals or groups of social and cultural fabric that it use as purpose for "consumption," Identification and expression.

For better understanding, practice and more broadly, the evolutionary link between customer (s) and trademark, we propose the following methodology.

 

III.2 Methodology investigative on consumer

Metasemiotics

History

Observation

Experience

Choose the brand

Assimilate the brand

Individual experience

Collective experience

 

Personal narrative

Group comportment

Interpretations

Results

Phenomenology

 

Ethnography

Biography

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Limits and conclusions

 

 

 


G. Michel (2000) says, after an investigation, that professionals and strategists of brand rely almost exclusively on qualitative studies to clarify the identity of the brands they are responsible, as well as to make them evolve. We agree, especially as a brand is a largely intangible symbolic fact: cultural and social. The test of a metasemiotical analysis of relationship between the brand and the person, who chooses it, seems to necessitate the blending of several techniques for gathering information from surveys sample. Only the subjective interpretation of data collected would appeal to psychoanalysis, including details from metapsychological previously made. In all cases, the information search is conducted in two stages: one individual, the other group.

 

Biography: initially, he is asked separately, face to face, each person in the sample to describe his relationship to brands in general, his perceptions and representations, his choice motivations... Then, in groups, participants say what brings them personally and socially choosing a particular brand, and "consumption", the assimilation of its identity, its lifestyles and recognition within the groups to which it participates.

Ethnography: in a second time, everyone is asked to note on a little notebook - without changing any habits - his product consumption ways which belongs to the brand tested category (locations, hours, methods of use, alone or with others ...) and then in groups or subgroups, an output of a half-day or one day is planned to observe the field locations, times and conditions buying behaviors, purchase or not, from the representative people selected.

Phenomenology: a third time, after a period of about a week, each participant first one is encouraged to spell out very specifically and subjectively felt about her "experience" of which connects to the brand studied, then group to define the benefits from it, alone and in its relations with others and the group.

The refund of collected data is in the form of two-tabulations: columns, the three stages of the investigation, in line recurring themes or unifying responses. The first table on individual aspects, the second on collective aspects.

 

Methods

Biography

Ethnographic

Phenomenology

 

Topic

Relationships with brands in general

Attitudes about class products / services

Specific link (s) created with the brand studied

 

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This methodology is being validated for three brands: the first is cosmetic LCA PROFESSIONEL, anther food industry, Bjorg, available in the supermarket distribution, the last dress, Zara, sold in specialty stores, dedicated to the brand. We give test results in a forthcoming publication.

 

Karl Marx argued that capitalism would die for reasons opposite to the analysis of Schumpeter: the system of production was, in itself, can evolve to infinity, so that during each economic crisis a revaluation rate profit down structurally. Here's proof that his intuition was not false. However, if we move away from materialist thought, it is clear that humans can not satisfy neither the technical nor economic, nor even that the dramatic media coverage of the social field to think makes us swallow the powers of the picture: the fundamental issues lie elsewhere, since time immemorial. They relate to human relationships, just in what it allows to build, to say and to meet, to invent tomorrow.

This article has enabled the intersection between psychoanalysis and marketing leading to a more complete analysis of the brand and expressions that it provides to a consumer user.

 

Thus, from near or far, everything is always a matter of metabolism, that is to say, digestion and growth: consumption process, decomposition, release, transformation, assimilation, development and evolution...

 

Saverio Tomasella


© CEM

 

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