Métasémiotique des
représentations
de la femme et de l’homme dans la
publicité
Marc-Olivier
Arnold
© CEM, 2004
Introduction
La
« métasémiotique » [1] est
l’exploration psychanalytique des signes, symboles, images,
représentations et paroles, dont se servent les mythes pour
s’exprimer et diffuser dans la société.
Depuis
les années 1970, la publicité est un fait de civilisation majeur,
à la fois produit et reflet de notre société. D’une
part, l’explosion du phénomène publicitaire est liée
aux avancées technologiques en matière de reprographie ;
d’autre part, la publicité véhicule des images qui sont une
description implicite des mentalités. Au-delà des contraintes du
marketing, la publicité est une des principales formes
d’expression des mythes contemporains. Comme l’avance
Geneviève Cornu, « le mythe se définit comme une
dynamique qui permet la survie et l’évolution de nos
sociétés. Il y aura autant de mythes que de problèmes de
civilisation et d’angoisses liées à ces
problèmes : les mythes nous apportent des solutions
qu’illustrent les images de la publicité. » [2]
Tout
comme la publicité, le cinéma constitue un vecteur
d’expression des mythes contemporains. Par exemple, le dernier film de
Stanley Kubrick, Eyes wild shut inspiré d’une histoire
très freudienne, Rien qu'un rêve d'Arthur Schnitzler,
représente l'envahissement de l’inconscient dans la vie d'un
couple, incarné par Tom Cruise et Nicole Kidman. Il livre
l’histoire d'un homme qui oublie et délaisse, sans y prendre
garde, la femme qu'il aime, jusqu’au moment où Nicole Kidman
prenant l’initiative d’énoncer ses propres fantasmes
sexuels, déstabilise et fragilise son mari. La mise en scène
suggère que la position masculine de Tom Cruise se modifie à
partir de la remise en question par sa femme de sa
« passivité »
En
constatant les bouleversements sociaux et culturels, plus
particulièrement dans les domaines de la famille et de la
sexualité, nous nous interrogerons sur les rôles nouveaux
dévolus à l’homme et à la femme dans la
publicité.
Comment
trouver une juste relation à l’intimité en favorisant un
équilibre entre les mythologies contemporaines et les rêves, qui
sont les espaces les plus secrets de l’être ?
D’abord,
notre réflexion s’attachera à dégager un historique
des signes et des symboles de la féminité et de la
masculinité en France pour y montrer l’avancement mutuel du
genre humain.
Puis,
sous l’impulsion de la prise de conscience de la défaillance du
mythe de la « complémentarité » entre homme
et femme, il conviendra d’exposer l’expression des nouvelles
représentations sexuelles dans la publicité.
Enfin,
se posera la question de l’image, ses rôles individuels et
sociaux, sa force d’expression et son utilisation dans la création
publicitaire, ainsi que des interprétations qui peuvent en
découler et des précautions qu’il serait nécessaire
de respecter.
© CEM, 2004.
Chapitre 1
Histoire des signes et des symboles de la féminité et de
la masculinité.
Masculinité
et féminité sont des constructions relationnelles. Bien que
l’homme et la femme puissent avoir des caractéristiques
universelles, personne ne peut comprendre la construction sociale de la
masculinité et de la féminité sans référence
à l’autre.
En occident, le mythe de
« l’identité masculine » idéale est
associé au fait de posséder, prendre, pénétrer et
s’affirmer. La masculinité est chargée de notions
liées à la dureté, au courage, à des idées
« positives » comme l’illustre le
célèbre poème de Kipling [3] qui fait
l’éloge de l’impassibilité masculine.
A l’inverse, le mythe de
« l’identité féminine » répond
au fait d’être « possédée »,
docile, passive, soumise. La féminité est liée à la
fragilité, la frivolité, la docilité et
l’abnégation.
Ces
stéréotypes de la masculinité et de la
féminité, qui s’originent dans les morales religieuses
monothéistes, réinventés à partir du 17ème
siècle, forment le mythe de la
complémentarité homme/femme. La croyance
générale est que « plus la femme est féminine,
plus l’homme est viril… et mieux la société et
l’Etat se portent »[1][4].
Hommes et femmes évoluent dans deux sphères distinctes, ne se
confondant que pour le temps de la procréation. Cette séparation
des sphères masculines et féminines garantissait la
réalisation d’un idéal : Le mythe de l’homme
d’acier, celui qui ne pleure jamais, sous peine de se voir traiter
d’efféminé, et celui de la femme au foyer
idéalisée, entourée de fleurs et d’enfants. A partir
des années 1960, le développement de la contraception, des
mouvements féministes et des nouveaux pères ébranlera peu
à peu ces « mytho-logiques » [5].
Ces mythes conditionnent la division du
travail et le positionnement social de l’homme et de la femme. Selon
Pierre Bourdieu, la domination masculine repose sur une double
opération : « elle légitime une relation de domination
en l’inscrivant dans une nature biologique qui est elle-même une
construction sociale »
[6].
L’identité de
l’homme est historiquement marquée du refus du féminin et
du rejet de la femme comme égale. Tenir la femme loin de lui, la
maintenir dans des lieux uniquement pour elle, sera l’objet premier de la
guerre masculine. L’homme et la femme participent à une sorte de
distribution des rôles, où l’homme, ayant
écarté la femme de la fonction sociale, lui assigne la seule
fonction familiale. L’enfant, désir des deux parents, devient par
sa naissance au sein d’une famille patriarcale, «objet de la
mère », non sans conséquence à la fois pour le
garçon et pour la fille.
Le
garçon se trouve, dès sa naissance, face à l’autre
sexe, ayant comme « objet d’amour » la mère.
La mère a ainsi l’occasion unique de se voir sous la forme masculine. La mère a forte envie de croire
qu’elle est « toute »[2][7] ;
« or ce petit garçon
n’est elle et pas non plus à elle »[3][8],
et si elle a pu se croire un moment en possession de l’autre sexe, son
fils, à mesure qu’il grandit ne cessera de la détromper.
L’opposition du garçon, à la suite de la période de
symbiose avec sa mère, sera d’autant plus violente et persistante
que la croyance de la mère en l’unicité avec son fils a
été prolongée. La prolongation de cet attachement est
renforcée par la distance tenue par le mari envers sa femme et envers
l’enfant. Il n’ose pas arracher son fils au pouvoir féminin,
le seul dont dispose sa femme, puisque tous les autres pouvoirs, c’est
lui qui les détient. Le fils ne peut guère compter sur
l’aide de son père pour sortir de ce pas difficile avec sa
mère, car le père se tient loin du conflit.
« Voila
comment naît, pour l’homme, le plus tendre des amours, suivi de la
plus longue des guerres »[4][9].
L’homme en sort marqué de méfiance, silence, misogynie, du
refus de tout ce qui est féminin. La symbiose avec sa mère,
vécue comme un emprisonnement, déclenchera chez l’homme la
panique devant toute symbiose avec toute autre femme. Il gardera toujours
la trace du moment difficile vécu dans l’enfance sous forme de
terreur de la domination féminine. Après une lutte aussi
oppressante avec sa mère, comment ne pas envisager que l’homme
navigue dans la méfiance quand il s’agit de la femme et de son
pouvoir à enrayer ?
A
l’opposé du petit garçon qui s’essaie à se
défaire d’un autre « trop adéquat »1,
la petite fille se trouve confrontée à la quête d’un
autre « adéquat », le père, pourtant bien
souvent absent. Lui seul peut incarner aux yeux de sa fille l’autre sexuel satisfaisant.
Elle ne peut se sentir autre « sexuel satisfaisant » que
pour son père, car il la voit comme sexe complémentaire du sien.
La petite fille, maternée, se sent insatisfaite, car non
désirée comme corps de fille par sa mère et devra attendre
la rencontre avec l’homme, idéalisé, tel un prince
charmant, pour espérer découvrir la satisfaction.
La
fille, enfant puis femme, n’est jamais satisfaite de ce qu’elle a
et vise toujours un autre corps que le sien. La fillette, confrontée
fréquemment aux atouts sexuels de sa mère (vue la
prédominance de la mère auprès de l’enfant),
perçus comme absent sur son corps, ne serait-elle pas poussée
à la comparaison permanente et à la jalousie vis à vis de
tout autre corps mieux dessiné que le sien ?
Si
les femmes en sont là, c’est parce que la mère n’a
pas osé reconnaître ni nommer sur le corps de sa fille ce
qu’il y avait de pareil à elle. Désespérée de
n’avoir ni corps de femme, ni sexe (clitoris non reconnu), ni autre
sexuel (père absent), « la fillette va procéder non au
refoulement de sa sexualité comme le suggérait Freud, mais au
déplacement de cette sexualité jugée
impossible »[5][10].
C’est ainsi que la fille sexualise son corps qu’elle veut
féminin, ses manières d’être qu’elle veut
conformes à ceux de son sexe et sa manière de parler qui devient
« séductrice ». La femme apprend au cours de son
enfance à utiliser son apparence extérieure pour
représenter son sexe intérieur. « Ainsi la femme se
lance dans une course effrénée au désir masculin, qui la
rendra esclave de la loi de l’homme et méfiante vis-à-vis
des femmes. Son identité est marquée par le désir de
rencontrer l’homme si longtemps absent de sa vie »[6][11].
On
peut voir se dessiner la boucle où la femme non désirée
dans son enfance, va dans l’âge adulte quêter le désir
et l’approbation de l’homme, et où celui-ci, mis en position
de maître, va en profiter pour
régler son compte à la femme en souvenir du compte mal
réglé à sa mère. « La femme qui cherche
l’amour réparateur de l’homme va tomber sur l’amour
castrateur de celui qui a bien décidé qu’elle ne
régnerait plus jamais »[7][12].
L’homme édicte la loi qui enfermera la femme, et la femme accepte
tout ce qui agrée à l’homme, tant elle est occupée
à ne pas lui déplaire et à se plier au rôle que
l’on attend qu’elle remplisse.
La
domination de la femme par l’homme prend sa source dans une
société patriarcale où l’omniprésence de la
mère dans l’enfance entraîne, chez l’homme, la haine
de tout ce qui est féminin et, chez la femme, l’idéalisation
de tout ce qui est masculin.
Au cours de l’histoire des
sociétés patriarcales, ce sont toujours les femmes qui ont
suscité les grandes remises en question. Contrairement à la
croyance patriarcale, ce ne sont pas les hommes qui sont les premiers référents
de l’humanité, mais les femmes. C’est par rapport à
elles, et contre elles, qu’ils se définissent. Si bien que lorsque
la féminité change et que les femmes veulent redéfinir
leur identité, la masculinité est fortement
déstabilisée. Ces trois dernières décennies sont
marquées par l’avancement mutuel du genre humain : lorsque
la femme se transforme, l’homme également.
© CEM, 2004.
A. La première crise des identités aux 17ème
et 18ème siècles
« Comment parler pour sortir de leurs cloisonnements, quadrillages,
distinctions, oppositions… Comment nous désenchaîner de ces
termes, nous libérer de leurs catégories, nous dépouiller
de leurs noms ? Nous dégager vivantes de leurs conceptions ? »
Luce Irigaray
La
première crise des identités est née dans des pays
à la civilisation raffinée où les femmes jouissaient
d’une plus grande liberté qu’ailleurs. Ce fut le cas de la
France et de l’Angleterre connus pour être les pays les plus
libéraux d’Europe à l’égard des femmes.
Néanmoins, cette première évolution se caractérise
par son caractère socialement limité, puisqu’elle ne
concerne que les « classes dominantes »,
l’aristocratie et la bourgeoisie urbaine. Tant la Française que
l’Anglaise bénéficiaient du privilège, à
l’époque, de ne pas supporter les tâches maternelles,
sitôt qu’elles appartenaient aux classes supérieures. Elles
avaient la possibilité d’embaucher une nourrice pour
s’occuper de leur enfant, de manière à disposer de leur
temps à volonté.
La remise en question de
l’identité masculine et du rôle de l’homme fut le
fruit des revendications des Précieuses
françaises en réaction à la grossièreté
des hommes de la cour d’Henry IV. Ces femmes émancipées
proposaient des solutions féministes à leurs désirs
d’émancipation. Elles tentèrent d’inverser les
valeurs sociales traditionnelles en militant pour un nouvel idéal de la
femme. Elles réclament le droit à la dignité, au savoir
et la prise en compte de la possibilité d’ascension sociale de la
femme. En réaction à l’autoritarisme du père et
du mari, « les Précieuses s’attaquent au mariage
arrangé et à la maternité. Elles vont jusqu'à
préconiser le mariage à l’essai et sa rupture après
la naissance de l’héritier, remis à la garde de son
père » [13].
La notion d’amour est renversée, car elle est d’abord
celle de l’homme pour la femme et non le contraire. Mademoiselle de
Scudéry disait vouloir « un amant sans mari, et un amant qui,
se contentant de la possession de son cœur, l’aime
jusqu’à la mort ». Les sentiments tendres sont mis en
avant ; les liens coutumiers entre l’homme et la femme qui se
marient sans amour sont dénoncés. C’est toute la
signification du masculin qui est l’objet de débats. Les femmes ne
se contentent pas d’affirmer l’égalité des
désirs et des droits, elles disent aussi vouloir des hommes plus doux,
plus sensibles.
Seule
une minorité d’hommes, les Précieux,
accepte ces nouvelles règles. Ils adoptent une mode féminine et
raffinée. En s’opposant au modèle de l’homme brutal
et exigeant, et du mari grossier et autoritaire, les Précieux s’essayaient
à paraître civilisés, courtois et délicats. Ils
s’abstenaient de montrer toute jalousie et de jouer le jeu du tyran
domestique.
Ainsi,
se dessine une « féminisation » [14]
des mœurs, qui marque une première coupure dans l’histoire de
la virilité au siècle des lumières. D’une part, les
valeurs traditionnelles de la « virilité »
s’estompent : la guerre n’a plus l’importance
qu’elle avait autrefois. Les jeunes hommes passent plus de temps dans le
salon où le boudoir des femmes qu’à s’entraîner
dans les garnisons. D’autre part, les valeurs
féminines s’imposent au monde de l’aristocratie et de
la haute bourgeoisie. L’uni-sexisme s’affirme alors pour la
première fois face au « dualisme oppositionnel »
[15] propre à la société patriarcale.
Les
Précieuses ne forment pas un « entité
ridicule » : la résistance et les moqueries qu’on
leur opposa sont les signes même de leur influence.
La
révolution de 1789 mit un terme à cette évolution,
réaffirmant la séparation des sexes et le
« différencialisme radical » :
-
d’une part, par le refus d’octroyer
leur droit de citoyenne aux femmes lorsqu’elles le
réclamèrent ;
-
d’autre part, par l’institution du
code Napoléon en 1804, qui les appelle à ne pas se
mélanger aux hommes et leur interdit la moindre fonction extra
ménagère ou extra maternelle. Napoléon voulait une famille
forte, soumise à l’autorité d’un chef, en
l’occurrence le mari. La femme doit lui obéir comme
« un hommage rendu au pouvoir qui la protège ».
Le
dualisme oppositionnel, renforcé par le code Napoléon, perdurera
près de cent ans, jusqu’à l’apparition d’une
nouvelle crise des identités, plus étendue et plus profonde que
la précédente.
© CEM, 2004.
B. La deuxième crise des identités au tournant des 19ème
et 20ème siècles
De
1870 à 1914, une nouvelle femme apparaît. Elle ne cherche plus
à plaire par les seuls attraits dont la nature l’a dotée,
mais veut à présent s’affirmer et s’intégrer
dans la société. Ses désirs menacent les
frontières sexuelles imposées et réveillent
l’anxiété masculine. Cette nouvelle Eve a pu faire
entendre ses revendications grâce au contexte socioéconomique de
l’époque. L’idéologie républicaine a permis
l’éducation des filles et a facilité leur accès
à l’université. Les femmes réclament leur droit de citoyennes, affirment leur
indépendance financière et disent
déjà « à travail égal, salaire
égal ».
Tour
à tour diabolisée ou dévalorisée dans ses
tentatives d’intégration dans la société, la femme a
eu bien du mal à faire valoir ses compétences et spécificités. La fin du 19ème
siècle se caractérise par une recrudescence des ouvrages
diffamatoires à l’égard du sexe féminin. Les hommes
de sciences comme les médecins sont particulièrement violents.
Ils s’emploient à démontrer
l’ « infériorité ontologique de la
femme ». Anatole France et Emile Zola réagissent avec
hostilité au mouvement d’émancipation. L’angoisse des
hommes devant la ressemblance des sexes est sans égale chez la femme.
Ils la ressentent comme le « piège mortel » qui
mène à la dissolution de leur spécificité. Les
hommes « ont le sentiment d’assister, plutôt
qu’à une simple évolution, à une mutation
véritable »[8][16].
Dans toutes les couches de la société, cette nouvelle
créature, désireuse d’être émancipée
comme eux, les menace dans leur identité. Ne voudrait-elle pas obliger
l’homme à accomplir des taches féminines, bref
honte ultime, à être une femme ?
L’émancipation
de la femme de la fin du 19ème siècle à la guerre de 1914
reste un phénomène minoritaire. Ce n’est qu’avec la
première guerre mondiale que la femme va réellement avoir
l’occasion de sortir du carcan patriarcal. En mobilisant la quasi
totalité de la population masculine, la guerre a ouvert aux femmes les
emplois occupés par les hommes, non seulement dans les industries
liées au conflit, mais dans bon nombre de fonctions auxquelles elles
n’avaient pas accès. Le fait de quitter l’univers familial,
qui leur est assigné depuis des siècles, pour affronter le monde
du travail a bouleversé les mentalités, les aspirations et,
surtout fait prendre conscience des capacités productives et
intellectuelles des femmes.
Néanmoins,
la guerre terminée, les gouvernements encouragent les femmes à
retourner dans leurs foyers pour « rendre » leur place
aux hommes revenus du combat. On assiste alors à une exaltation du
rôle de l’épouse et de la mère. Les femmes sont
toutes désignées pour endosser seules la responsabilité du
bien être et de la santé de l’enfant. Le mot d’ordre
est de repeupler la France. Les maternités cimentent l’amour
conjugal et c’est « le troisième enfant qui fait la
femme ».
En
marge de ce courant de pensée, la garçonne
des années folles, avec ses jupes écourtées et ses cheveux
courts, vit pour elle-même. Cependant, ce qui lui fait défaut est
une véritable revendication sexuelle. Comme le souligne Olga Wormser,
« sa revendication sexuelle n’est pas plus neuve que celle des
saint-simoniennes, ou celle des demi-vierges de Marcel
Prévost »[9][17].
Elles ne reconnaissent pas l’importance de la sexualité pour la
conquête d’une place dans la cité. La sexualité,
nœud de l’oppression des femmes, est pourtant le levier de leur
libération, actionnant un pouvoir d’affirmation des femmes dans la
société.
© CEM, 2004.
C. La révolution féministe et ses applications 1968-2003
« Je veux un monde différent, un monde qui ne serait
pas né du besoin de pouvoir qui caractérise l’homme et qui
est à l’origine de la guerre et de l’injustice. Nous devons
créer une femme nouvelle. » Anaïs Nin
Le
mouvement de libération des femmes des années soixante dix,
prolongement durable du mouvement insurrectionnel de mai 1968, a eu pour
ambition de changer la manière de penser des femmes sur les femmes,
changer la vision qu’elles ont de leur corps et de leur vie, mettre en
lumière la manière dont les hommes ont modelé, non
seulement la condition féminine, mais aussi la perception que les femmes
ont d’elles-mêmes.
La
véritable révolution a été la possibilité
pour les femmes de disposer librement de leur corps, en décidant
volontairement de procréer ou non, au moment où elles le
désirent : « Des enfants, quand je veux, si je
veux ». Elles affirmèrent haut et fort le droit de
maîtriser leur propre vie. C’est dans cette nouvelle revendication
que les campagnes pour la décriminalisation de l’avortement et la
légalisation de la contraception trouvèrent leur pleine
justification.
Dissocier
la sexualité de la procréation est une révolution qui
transforma en profondeur la relation entre l’homme et la femme, ainsi que
la façon dont sont considérés les enfants. Les femmes
peuvent désormais mieux vivre leur sexualité, mieux orienter leur
avenir, et exercer, grâce à cette liberté nouvelle,
d’autres responsabilités.
Cette
révolution féminine a entraîné « la fin
du mythe de complémentarité homme/femme, « entre un
homme dur, possédant la force et la détermination et une
femme faible, docile et soumise » [18].
Les
hommes revendiquent aujourd’hui une intimité
avec eux-mêmes. Le souhait de concilier la vie professionnelle et la
vie privée, le désir d’exprimer sa sensibilité, ses
émotions, voire de pleurer à l’occasion, est le signe
d’une redéfinition de la masculinité : comment
être un « nouvel homme » face à une
« nouvelle femme » ?
L’existence
récente d’une « télévision de
l’intimité »[10][19]
témoigne des aspirations actuelles des hommes : ils apprennent
à extérioriser des éléments de leur vie de
manière « à mieux se les approprier en les
intériorisant sur un autre mode grâce aux réactions qu’ils
suscitent chez leurs proches »[11][20].
Ce mouvement qui motive chacun à dévoiler une partie de sa vie
intime, physique et psychique, est au service d’une intimité plus
riche, favorisant une meilleure connaissance de soi et de ses limites, un juste
accord avec soi-même, une plus grande estime de soi.
Ce
besoin d’estime de soi,
caractérisé par un narcissisme positif, exaltant le vœu de
mieux vivre sa vie, plutôt que la réussir, n’est-il pas
à l’origine de la chute du mythe de l’homme d’acier,
qui engendrait une colère contre soi-même ?
La
génération de l’émission Loft Story a sonné le glas du héros
« viril » des westerns américains et du
« Marlboro man » que l’homme rêvait
d’être à une époque : celui d’une
bête sexuelle avec les femmes, qui ne s’attache à aucune et
qui rencontre ses congénères masculins que dans la
compétition ou la guerre. Le nouveau héros « ne se
prend pas la tête » à guerroyer toute sa vie contre
lui-même à la recherche d’une prétendue
« virilité ». Il est à
l’écoute de ses émotions, tendre et affectueux en amour[12][21],
apte à s’occuper de la maison[13][22]
et capable de développer des liens relationnels fort.
Le
personnage, incarné par Tom Cruise dans Mission Impossible 2, contraste avec le mythe du héros
traditionnel des films d’action, représenté jadis par James Bond. La mise en scène
instaure une tension, entre des scènes vantant des prouesses physiques
surhumaines et la mise en intrigue du conflit psychologique du héros.
Tom Cruise est tiraillé entre le vœu de réussir sa mission
en manipulant sa petite amie et l’amour qu’elle lui inspire. En
s’octroyant le droit d’exprimer sa sensibilité, ce nouveau
héros a gagné en ambivalence et en profondeur psychologique. Il
reflète l’aspiration des hommes d’aujourd’hui à
privilégier la réflexion, ou même la rêverie, au
détriment de l’action. Le choix d’être
« homme » au lieu d’ « acier »
met fin à trois siècles « de mythologies masculines
qui les a confondus »[14][23].
Le
désir des hommes d’être eux-mêmes fait émerger
une génération de nouveaux pères, qui jouent de leur
bisexualité psychique, expriment leur l’intimité et
établissent une authentique relation symbiotique avec leurs
bébés.
La
culture de « l’extimité » a permis aux
homosexuels masculins et féminins, d’une part de s’affirmer
en surmontant la barrière psychologique qui les balançaient
entre « la peur d’être démasqués et
le désir d’être reconnus des autres
homosexuels », puis de celles et ceux ne partageant pas leurs
préférences sexuelles, et d’autre part, de faire
reconnaître socialement les sexualités hors conventions. Cette
évolution favorise l’émergence de nouveaux symboles de la
masculinité, construits en lien avec la culture,
l’esthétique et le mode de vie homosexuels.
Le
désir de valoriser l’intimité est le noyau organisateur des
multiples facettes de la société contemporaine :
renoncement au mythe de l’homme acier, naissance des nouveaux
pères, reconnaissance de l’homosexualité. Autant de
clignotants qui laissent entrevoir une évolution vers une
société plus humaine, dans laquelle hommes et femmes
dépassent le stade de leur simple identité sexuelle biologique, « reconnaissent
leur bisexualité psychique respective »[15][24],
pour affirmer leur pleine dimension d’homme ou de femme du point de vue
psychoaffectif.
Pour
résumer, la transformation des femmes entraîne une transformation
des hommes, les repères féminins et masculins se redessinent, ces
évolutions facilitent une dynamique de parité entre femmes et
hommes, le développement de nouvelles formes de paternité, aidant
l’homme à épanouir sa part intime. Toutes ces
métamorphoses, qui soutiennent et renforcent l’estime que chacun
peut avoir de soi-même, annoncent peut-être l’arrivée
d’un nouveau mode d’être en famille et de nouvelles approches
de l’éducation, qui pourraient libérer l’enfant de s’inscrire
à son tour dans la guerre des sexes, grâce à des relations
pleines et authentiques avec chacun de ses parents. Ces ajustements
conduiraient à une société plus
« désirante », dans laquelle les relations entre
les femmes et les hommes seraient plus confiantes, plus sincères et plus
propices à l’invention.
© CEM, 2004.
Chapitre 2
Expression des nouvelles
représentations sexuelles dans la publicité
La
publicité, véritable « pieuvre
tentaculaire »[16][25]
offre par son discours idéologique ses visions
stéréotypées de la masculinité, de la
féminité, de la sexualité et se caractérise encore
aujourd’hui par une « constante objectivisation de la
femme », et de l’homme.
Nombre de publicités
véhiculent des images de femmes qui « existent d’abord par
et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets
accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles
soient féminines,
c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées,
soumises, discrètes, retenues, voire effacées. La
prétendue “féminité” n’est souvent pas
autre chose qu’une forme de complaisance à l’égard
des attentes masculines, réelles ou supposées, notamment en
matière d’agrandissement de l’ego »[17][26].
Le slogan de la publicité pour la crème fraîche Babette : « je la lie,
je la fouette, et parfois elle passe à la casserole » en est
une illustration.
Sans
prendre cette publicité au premier degré, elle peut
imprégner l’esprit du message implicite que la relation entre la
femme et la crème fraîche est la même qu’entre
l’homme et la femme. De ce point de vue, la publicité ne
constitue-t-elle pas un vecteur direct du patriarcat ?
« Le vent se lève, il est temps de vivre. Pilote,
vite, vite, donne-nous la route… »
Bernard Brochand
Néanmoins,
certains signes révèlent que le mythe d’une
complémentarité entre femme et homme « se
lève » ; de nouveaux symboles de la masculinité
et de la féminité se dessinent, enclins à un mode
d’être authentique avec soi-même, conforme au désir de
vivre enfin. La publicité, à l’image du pilote peut, en
diffusant de nouvelles représentations de l’homme et de la femme,
de nouveaux mythes, nous aiguiller sur ce chemin…
© CEM, 2004.
A. Les représentations contemporaines de la femme dans la
publicité
Le
discours publicitaire a développé ces dernières
années une représentation de la femme qui se veut moins
stéréotypée et moins gouvernée par les rôles
et figures traditionnelles de l’homme et de la femme dans la
société. En
surimpression des stéréotypes qui perdent les femmes, et les
éloignent d’elles-mêmes : celui de la femme objet qui
doit plaire à l’homme et celui de la femme qui a pour objet
l’enfant, se dessinent dans certaines publicités récentes
l’image d’une femme
« émancipée ». A la femme enfant, à
la mère au foyer, à l’épouse docile, à la
ménagère asexuée répondent, dans certaines
campagnes, la femme active, la femme fière, la femme d’affaires,
la « dévoreuse d’hommes »… Notre
analyse se limitera, dans un premier temps, à un corpus d’images déclinant à leur
manière une première expression, agressive, de la
féminité. Dans un second temps, nous verrons
l’évolutions de ces représentations vers une
féminité plus douce et pus sereine : plus en accord avec les
aspirations réelles des femmes.
Les
campagnes de publicité Kookai
exhibent des scénarios qui renversent la domination de la femme par
l’homme, d’autant plus qu’elles s’accompagnent
d’un bouleversement de la hiérarchie corporelle :
Kookai fait de la femme non plus un objet sexuel, projection de la
pulsion machiste, mais bien de l’homme un objet de la femme.
Placés en position d’infériorité, les hommes sont
« liliputanisés », et soumis aux attaques de
« kookaiettes gigantesques » tout droit sorties de The Incredible Shrinking Man[18][27].
La
campagne de 1996 donne à voir une femme
« sadique » qui s’amuse avec un homme
« animalisé » (tantôt poisson, tantôt
mouche[19][28]),
voire « tamagochisé » : la seule attention
qu’elle porte à l’homme est de le nourrir. Ne voit-on pas
dans cette image un scénario qui pousse à son comble le
renversement du système patriarcal, au sein duquel la fonction de
nourrir sa famille ne serait dévolue qu’à
l’homme ? Le mâle est castré de tous ses pouvoirs, y
compris celui de la parole, et du discours idéologique : revanche
de la femme sur des siècles de phallocratie ?
La
campagne suivante renchérit avec de nouveaux visuels provocateurs. La
femme dévoreuse d’hommes ou celle qui se sert d’hommes
à un distributeur, pour les jeter, une fois consommés, comme des
canettes de bière[20][29],
ou encore s’en servir pour jouer au jokari[21][30].
De nouveau, cette campagne peut sembler une forme de vengeance contre les
hommes machistes qui consomment les femmes comme des amuse-gueules. Elle signe
également la revendication des femmes à la liberté
sexuelle au même titre que les hommes. Cette nouvelle garçonne n’a plus besoin de
s’accaparer les pantalons ou les cheveux courts de l’homme ;
elle lui prend tout, jusqu’au phallus violent, jusqu'à
l’abus de pouvoir. Ce type de communication extrême pourrait
néanmoins entraîner un effet inverse, en renforçant la
misogynie latente : la peur des femmes en serait accentuée.
Kookaï poursuit son idée de
libération féministe en affichant la souffrance des hommes
meurtris par l’amour (le cœur brisé)[22][31].
Que veulent dire ces bustes d’hommes anonymes, décapités,
portant une même cicatrice boursoufflée sur la poitrine ? C’est
le résultat du jeu de
séduction des femmes sur des hommes devenus victimes de leur
domination. Là encore, l’ironie retourne la situation :
pendant longtemps, les femmes se sont plaintes que les hommes n’avaient
pas de cœur et ne savaient pas se mettre à l’écoute de
leurs compagnes. La cicatrice symbolise-t-elle alors la greffe d’un
nouveau cœur, pour rendre les hommes aimants, ou plutôt
l’ablation du cœur pour les punir de leur insensibilité ?
Un
autre exemple de publicité en rupture avec la représentation
traditionnelle d’une femme dans une position de subalterne ou
d’infériorité est signée par Façonnable [23][32]:
elle montre une femme dans une position surélevée, symbole de sa
supériorité statutaire, portée par trois hommes telle une Cléopâtre contemporaine.
Cette affirmation franche de domination dépend certes de la force
physique de ces hommes esclavagisés, mais prouve surtout que
l’homme, jeune ou âgé, ne pense pas. Il n’est pas
dangereux pour la femme, qui peut ainsi l’utiliser selon ses vœux.
La
dynamique théâtrale de ces publicités, déclinant une
représentation de la féminité en rupture avec les
clichés traditionnels, est-elle le reflet réel des désirs
d’émancipation des femmes ? Rien n’est moins sûr,
d’autant que la domination est seulement inversée, ce qui
pourrait, au bout du compte, renforcer les schémas classiques
qu’elle est supposée débouter.
Les
femmes contemporaines espèrent surtout épanouir pleinement leur
féminité, être naturelles, authentiques, simples,
détendues, sans chichi, à parité effective avec les
hommes. C’est peut-être ce que dévoile la dernière
campagne publicitaire de Kookaï (2003), qui
présentent une femme en noir et blanc, plus tendre, plus sensible, plus
fragile.
La
nouvelle campagne Dior pour « J’adore » (2003) va
dans le même sens.
La publicité actuelle
interroge-t-elle, enfin, l’humanité des femmes et des hommes,
c'est-à-dire leur fragilité essentielle ? Celle de leur
incomplétude et de leur insurmontable différence.
Le
philosophe et Rabin Marc Alain Ouaknin le
rappelle : « Adam et Eve sont nus et n’ont pas
honte. Ils peuvent se percevoir comme féminin et masculin. Ils se
voient, mais ne se connaissent pas dans le mystère infini de leurs
différences… et cette incompréhension est source de
relation ».
A
contrario, le mythe de l’androgynie vient nier ces différences,
qui semblent, dans ce cas, impossibles à vivre et à accepter. Ce
déni est à l’origine de représentations
délirantes dont se jouent les publicités Laurent Perrier[24][33],
avec un ton provocateur. L’androgyne Laurent
Perrier est accompagné d’un chien qui se veut métaphore
à la fois de « virilité »,
agressivité, et de substitut de l’homme. Il est l’indice
d’une masculinisation de la femme, censé traduire son
émancipation, son « indépendance d’esprit »,
son audace. Elle emprunte à
l’homme ses attitudes corporelles, sa garde robe (bottes, costumes,) et
donne l’allure d’une femme prédatrice, allumeuse, provocante.
La pose écartée de ses jambes dénote une libido
particulière, indice d’un mode d’être sexuel
« castrant » l’homme. Laurent Perrier exhibe une
femme destituant et remplaçant l’homme de pouvoir : elle
devient puissante, mais n’en est pas plus femme.
Une
véritable évolution des relations entre femmes et hommes se fera
si elle concerne autant l’homme que la femme :
La
femme ne se libère pas contre
l’homme dans un rapport de domination inversée, mais avec l’homme dans une dynamique
d’équitable parité.
L’homme
revendique son intimité,
s’évade aux côtés de la femme, en se libérant
« du privilège masculin qu’impose à chaque homme
le devoir d’affirmer en toute circonstance sa
virilité » [34].
C’est
dans cette optique que pourront se dessiner des relations entre la femme et
l’homme plus humaines, plus sincères, plus désirantes,
à l’image du film publicitaire pour le parfum Ô oui, de
Lancôme [25][35],
devant lequel chacun(e) retient son souffle…
© CEM,
2004.
B. Les représentations contemporaines de l’homme dans la
publicité
Depuis
les années 1990, le cinéma donne une représentation de
l’identité masculine en rupture avec les symboles de
virilité. Les hommes ne représentent plus
l’archétype du héros fort, viril et séducteur
qu’incarnaient des Delon, Belmondo, Ventura. Il montre l’homme dans
ses failles, vulnérable, en mal d’identité et de désir,
empêtré dans des problèmes d’ego et d’images.
La mise en scène du film « Dieu seul me voit »[26][36]
donne à voir un trentenaire célibataire, qui expose ses
faiblesses et ses atermoiements avec les femmes. Ce charmeur, bien
éloigné des figures d’autorité, visite le mythe du
Don Juan à hauteur d’homme. Le film lance un message
d’espoir : las de jouer un rôle qui le castre, l’homme
d’aujourd’hui trouve, grâce à la femme, le moyen
d’être enfin humain.
La
publicité dévoile aussi la souffrance et les faiblesses de
l’homme, signe que l’homme invincible, symbole du héros
inébranlable, appartient désormais à une mythologie
désuète.
Cette tendance se manifeste par
exemple dans les publicités pour la Peugeot 106[27][37] mettant en scène
un homme accroché au pied de sa femme ou faisant un strip-tease pour
obtenir les clefs.
Le clip publicitaire
Spécial K au chocolat de Kellog’s montre une femme
dégustant des Spécial K et expliquant au téléphone
à une ami le plaisir que lui procure ces céréales. Au
même moment, son mari l’épie derrière la porte et
s’inquiète. Il s’imagine les pires scénarios, puis se
coince le pieds dans la porte et se fait surprendre en flagrant délit
d’espionnage par sa femme. Cet homme est angoissé à
l’idée de perdre sa femme.
Dans un autre registre, la publicité du dernier lave-linge Brandt[28][38] met en scène des
hommes ne contrôlant plus la situation face à une femme ayant les
pleins pouvoirs. Néanmoins le ton humoristique laisse facilement
supposer que ces hommes sont plus chouchoutés que dominés. La
femme épaule l’homme, le déshabille et lui rend le service
de laver son linge. Le rapport entre l’homme et la femme aux tâches
ménagères n’est plus combatif, mais complice. Une
publicité Fust montre un homme fort et musclé qui prend du plaisir
à préparer le repas avec sa femme.
Eminence[29][39] présente un homme
livrant son intimité corporelle au soin de sa femme : il abandonne,
au plus grand bonheur de chacun, son côté actif en se laissant
raser par les mains expertes de sa femme. Le couple montre que les
rôles peuvent être partagés.
Ces
publicités brisent le cliché du mâle indépendant en
donnant à voir un homme fragile et désorienté,
détendu, aux antipodes du macho.
L’homme, en dépit de
son manque d’indépendance, apprend aujourd’hui à
vivre seul dans un espace privé où il n’était pas
acteur jusqu’alors. Il va préparer et organiser des dîners
entre hommes, comme l’illustre la publicité Bio à la fraise
de Danone.
Ces hommes s’autorisent à se réaliser pleinement en
développant d’authentiques liens relationnels où chacun va
pouvoir parler de l’intime ou exposer ses propres expériences en
matière d’éducation de l’enfant.
La
publicité se fait également l’écho des
revendications des hommes de se donner le droit à une intimité
avec soi et de ne pas être des « héros »,
accrochés à la performance.
Yves
Saint Laurent a montré le chemin en démystifiant « la
virilité » par l’affiche pour son parfum M7
(2002), en contrepoids de celle pour Kouros (2000) : l’humain
remplace le demi-dieu.
La
publicité M7 effeuille
l’homme. La feuille de vigne est tombée entraînant dans sa
chute celle d’un tabou : celui de la pudeur masculine, qui
préservait le corps de l’homme méticuleusement, car son
sexe est la partie la plus vulnérable de son être. La puissance
sexuelle est en réalité du côté de la femme. Cette
publicité signe un tournant, car l’homme se sexualise. Elle
marque les aspirations des hommes à repenser leur sexualité, qui,
à l’origine de multiples frustrations, engendrait une violence
contre soi-même et contre les femmes. L’homme était
« coincé entre la peur de se laisser aller et son utilisation
du phallus comme moyen d’approbation le contraignant à une
sexualité bloquée,
triste, qui ignore bien des plaisirs, car soumis au diktat du
génital »[30][40].
La démystification du pénis illustré par la pub M7
conforte la sexualité de l’homme de la publicité Gucci
Rush for men qui a appris à s’abandonner sans honte. Il
s’évade entièrement au plaisir et baigne dans un nirvana en
délaissant son caractère « actif » pour une
position délicieusement inerte et réceptive.
Deux
publicités s’inscrivent dans une vision similaire : celle du
parfum Lacoste exhibe un homme dans son intimité pendant sa
pause café, de même le clip publicitaire de Nescafé met en
scène un homme torse nu, faisant tomber sa serviette (mais son sexe
reste caché par une tasse) tout en disant :
« Regardez… vous voyez bien, je ne vous cache
rien ». Ces hommes nus font preuve d’authenticité. Leur
dénuement dénote qu’ils sont à la fois bien dans
leur vie et dans leur corps. En se dévoilant, ils montrent qu’ils
n’ont pas peur, qu’ils s’acceptent tels qu’ils sont.
L’image
renvoyée par la publicité d’un homme authentique, confiant,
sincère est le reflet d’une véritable mutation. Enfant, un
réfèrent de même sexe plus présent, son père,
lui a servi de modèle d’identification et lui a permis de devenir
homme sans mépris ni peur du féminin. Cet homme
réconcilié avec lui-même est le fruit d’une révolution paternelle
déjà perceptible depuis une vingtaine d’année.
Aujourd’hui, certains signes témoignent de l’apparition
d’un homme qui éprouve le besoin de se laisser aller à
découvrir les plaisirs et joies de la paternité. La
publicité montre une paternité assumée et
valorisée.
De plus en plus de
publicités donnent une nouvelle vision du père vivant pleinement
ses responsabilités paternelles, en opposition à la
représentation du père coincé et autoritaire des
années 1980. Il s’agit d’un père qui manifeste son
amour, câline et choie ses enfants ; comme dans la publicité Celio pour la fête des
pères (juin 2003).
L’homme
de la publicité Burberry découvre qu’il
peut « attendre » son enfant et accompagner sa grossesse.
Il se montre sensible, fragile devant ce miracle de la nature qu’il ne
peut maîtriser, mais cherche à partager. Il semble impatient de
pouvoir œuvrer à son tour, de pouvoir lui aussi sentir contre lui
cet enfant tant attendu. La main posée sur le ventre de sa femme
témoigne de son désir de contact physique, de son besoin de sentir son
bébé vivre. Sa femme, attendrie, l’aide à se
délivrer de toutes les images patriarcales qui le hantent, le
retiennent, l’enferment ; elle l’accompagne dans la
réalisation de son rêve. Plus ce père se laissera envahir
par sa part de sensibilité, plus il manifestera d’intimité
avec son bébé, et plus il sera présent dans sa
paternité.
L’homme
passe d’un contact strictement physique et de jeux tactiles, à
celui du partage de la parole et de l’écoute : le père
devient un interlocuteur privilégié prêt à recevoir,
à accompagner, à valider les représentations que se fait
l’enfant. Ce changement de comportement facilite
l’identification de l’enfant dans un sens plus affectif et plus
apaisé. Par exemple, dans la publicité Liebig le père
devient éducateur en contant à son fils les anecdotes de sa
propre enfance, tout en lui réchauffant une soupe. De même dans le
clip
Nutella il écoute une ribambelle d’enfant
« refaire le monde ».
Ainsi
la publicité renvoie une masculinité dépourvue
d’agressivité, reflet des nouveaux traits de l’homme. Il
accepte pleinement ses responsabilités de père, symbole de la
dynamique de parité femme/homme.
La publicité ouvre la
voie, mais de manière empirique, ce phénomène reste
mineur : beaucoup d’hommes souhaitent
« réparer » leur propre enfance, en
réaction au comportement froid et distant de leurs propres pères,
mais ne sont pas encore complètement prêts à se
réconcilier avec leur part d’intimité et de
sensibilité.
© CEM, 2004.
C. Les représentations contemporaines des sexualités hors
conventions
Nous
entendrons par représentation des sexualités hors convention, la
représentation de l’homosexualité masculine et
féminine, ainsi que la représentation de pratiques sexuelles
ludiques et non perverses jugées jadis comme tabou.
Dans
le contexte de domination de la femme par l’homme, orchestré par
la société patriarcale, l’homosexualité, « domination » de
l’homme par l’homme était considérée comme un
désordre de l’identité de genre, voire comme une maladie.
Cette « homophobie » trouvait sa source dans
l’angoisse des hommes de voir des hommes efféminés,
déclenchant en eux la prise de conscience de leur intimité,
passivité, sensibilité, qualités considérées
jadis comme un signe de faiblesse, remettant en cause l’ordre social. La
reconnaissance de l’homosexualité dépend ainsi grandement
des prises de conscience de la majorité hétérosexuelle.
Depuis que l’homme dur hétérosexuel a laissé la
place à des hommes authentiques et réconciliés avec eux-mêmes,
l’homosexuel masculin est reconnu et peut vivre en paix.
Le cinéma a favorisé
la reconnaissance de l’homosexuel masculin. « Les nuits
fauves » de Cyril Collard, en parfaite symbiose avec le contexte
social, illustre de manière très réaliste la bisexualité.
La capacité du héros de choisir entre deux amours passionnelles,
l’une trop visible et l’autre inavoué et sa liberté
de vouloir tout, quitte à tout détruire, vont l’aider
malgré la menace du sida à s’ouvrir au monde, à
aimer les autres, à aimer la vie. De même Téchiné
dans « les roseaux sauvages », bouscule les
mœurs en donnant à voir à l’écran de manière très intime la
réalité de l’homosexualité adolescente,
perçue peut être comme une étape nécessaire vers
l’hétérosexualité [41]. D’autres
films plus récents ont largement développé et approfondi
le même thème [42].
Depuis quelques années, certaines
publicités accomplissent pleinement leur rôle de diffusion des
évolutions sociales en exprimant les sensibilités tant
culturelles qu’individuelles en matière
d’identité et préférence sexuelle. Néanmoins
toute l’ambiguïté de la représentation de
l’homosexualité réside dans le fait qu’elle
n’est pas forcément visible et dépend de
l’interprétation que chacun peut avoir. Le jeune homme imberbe au
regard langoureux, en total rupture avec le stéréotype de la
« virilité » présenté par la
campagne Boss ne donne peut-être que l’illusion d’un
homme homosexuel. De même, la mise en scène de la publicité
Solgar
où deux hommes partagent avec complicité leur quotidien renvoie
une homosexualité discrète : vue
l’ambiguïté, chacun peut aisément interpréter
cette publicité selon sa sensibilité propre.
Cependant,
de plus en plus de publicités exhibent de façon plus
réaliste des couples homosexuels dans leur intimité. Ikea fut
le premier à briser le tabou en montrant un couple gay dans sa maison
sur un ton non humoristique.
Max et Holder, couple homosexuel
des campagnes de publicité Iglo, vantent les menus en
s’adonnant au jeu complice et tendre de celui qui « rira le
premier aura une tapette ». Néanmoins ce couple homosexuel se
calque sur le modèle traditionnel hétérosexuel, signe
d’une reconnaissance biaisée : Max tient le rôle
de la femme en se chargeant de cuisiner les petits plats, tandis que Holder
tient le rôle de l’homme en ayant le privilège de se faire
servir à table…
La publicité Canderel
met en scène un jeune homme alangui, qui d’un air nonchalant
dénonce une injure homophobe tout en vantant les sucrettes.
Gaultier
utilise une imagerie homosexuelle : des corps d’hommes
musclés mais esthétisés à l’extrême.
Elle contribue à briser le tabou de l’homosexualité en
mettant en scène non pas des hommes, mais des « mâles ».
Il tend à faire admettre que le charme n’est plus, de nos jours,
un atout strictement réservé à la gent féminine.
Les homosexuels prennent soin de leur corps et de leur apparence ; sans
aucun complexe. Ce que cultive aussi la marque Nikel de
cosmétiques pour hommes.
Magnum a recours dans ses
publicités à des motifs homo érotiques : une femme
à moustache mord dans un substitut phallique. Sisley donne une
illustration de l’homosexualité et de la masturbation.
Jusqu’à
une période récente, l’homosexualité tant au
cinéma qu’en publicité était surtout masculine. Elle
se décline aujourd’hui au féminin. La publicité Césare à
connotation lesbienne n’est pas sans rappeler le film
« Bound », dont dans la mise en scène dynamite la
tradition du thriller en décrivant la passion amoureuse de deux femmes
et d’ébats lesbien intenses. La force qui les unit leur parviendra
à s’emparer du magot d’un gangster marié à
l’une d’une deux héroïnes.
Les
publicités Sisley, Gucci et Chanel présentent
des femmes proches et marquées d’une forte sensualité tant
dans l’expression de leur visage que dans le mouvement qui les anime.
Néanmoins, il est à
déplorer que le couple homosexuel féminin soit exclusivement de
belles nymphes dans une situation sensuelle, comme si le couple lesbien
à la « Gazon Maudit » n’existait pas dans la
réalité.
En
résumé, la représentation de l’homosexualité
est encore une tendance mineure dans le sens où elle n’est pas
souvent réaliste. La publicité BHV témoigne
d’une meilleur reconnaissance des préférence sexuelles par
son slogan : « tous les cadeaux pour tous les
amours ».
La
publicité pourrait prôner l’homosexualité, non comme
une sexualité ou une communauté marginales, mais plutôt
comme une simple différence, ce qui faciliterait une meilleure
reconnaissance en profondeur de l’homosexualité.
Au-delà
de l’acceptation réelle de l’homosexualité, des
changements se font sentir en matière de pratiques sexuelles, bien que la
libération sexuelle reste une grande mystification de ces
dernières années.
Tisseron
souligne que la « masturbation des hommes est admise en cas
d’urgence de pulsions irrésistibles. L’admettre pour les
femmes ce serait accepter qu’elle aussi ont des pulsions sexuelles
irrésistibles, ce que les hommes refusent, tout simplement parce
qu’ils ne peuvent pas répondre à ces pulsions s’ils
ne bandent pas. La peur de ne pas assurer face à une femme désirante
sous-tend toute la morale sexuelle édictée par les hommes.
Imaginer qu’elles peuvent satisfaire sans eux leurs désirs est
douloureux. D’où le tabou posé sur la masturbation
féminine ».
L’existence
d’un lien entre la méconnaissance de leur corps et leur incapacité à vivre le
plaisir est soulignée. Cette méconnaissance prend sa source dans
la négation de la sexualité de la fille dans l’enfance. La
mère barre la jouissance clitoridienne de sa fille et inaugure le
silence autour de cette jouissance. Elle ne reconnaît pas le clitoris
comme typiquement féminin et préfère investir son vagin,
lieu déclaré jouissif par l’homme. « Elle va se
taire de ce qu’elle est : une petite fille clitoridienne, et elle
doit croire ce qu’elle n’est pas : une femme
vaginale ».
Les femmes devraient ne pas avoir
honte d’aiguiller l’homme sur le chemin du plaisir. Les relations
seraient forcément plus orgasmiques, authentiques, vivantes car donner
à voir son abandon est une marque de confiance.
La
publicité commence à dédramatiser l’onanisme. La
femme de la publicité Yves Saint Laurent, lascivement
couché, complètement nue à part ses talons et bijoux, le
dos cambré, les jambes entrouvertes se caresse les seins tendrement. La
blancheur de sa peau marque la tranquillité avec laquelle elle pratique
ce plaisir solitaire en opposition totale avec les fantasmes masculins de la
masturbation violente comme si elle était possédée. [43]
Les pratiques de la sexualité
oro-génitale sont illustrées de façon humoristique dans
les campagnes de publicités du Club med (printemps 2003).
Sisley donne à
voir un couple qui s’adonne à un jeu sexuel fantasmatique, celui
de la fessée : amusement câlin ou préliminaire ludique,
plus que pratique sadomasochiste. Tous ces exemples montrent la fin du regard
puritain, moraliste et inquisiteur sur la sexualité, ce qui pose, encore
une fois, la fonction sociale de la publicité comme
révélateur distancié des évolutions culturelles (voir
Socianalyse).
© CEM, 2004.
Chapitre 3
Les rôles de
l’image dans la création publicitaire et ses
interprétations
A. L’image publicitaire pour se connaître et oser
s’affirmer
Bien
que les sensibilités culturelles et personnelles changent fortement d’un
individu à l’autre, l’image publicitaire a le pouvoir de
toucher le monde intérieur de celui qui la regard [45]. Les
publicités recèlent une multitude de descriptions implicites des
mentalités contemporaines, dans lesquelles chacun peut « se
(re)trouver ».
L’émergence
d’une multitude de sous groupes semble marquer un nouvel ordre social.
Les valeurs se fragmentent, disparates et mobiles, s’associant à
chaque micro groupe. Un être à l’identité flottante,
comme personne ou comme membre d’un groupe lui ressemblant, s’est
substitué à la vision unifiée de la société.
La nécessité fondamentale du sujet est devenue
l’identification passagère à un groupe, puis à un
autre. Son désir de lien social s’accomplit dans
l’élargissement des relations au sein de sa communauté ou
de sa tribu. Il a besoin de se reconnaître d’après des
valeurs qui lui sont propres et non de prétendues valeurs universelles.
Il cherche l’affection au sein de sa tribu, auprès des gens qui
aspirent aux mêmes choses où partagent des centres d’intérêts
communs.
Ainsi, les pulsions mises en jeu
par la consommation d’une marque (à travers l’utilisation de
produits ou de services), peuvent être de deux ordres :
-
pulsions
narcissiques pour conforter une image de soi ;
-
pulsions
d’appartenance et de rattachement à un groupe.
Chaque individu cherche des
symboles s’affirmer la multiplicité de sa personnalité en
continuité d’élaboration. Pour que ces symboles aient un
sens réalisé, il importe qu’ils soient partagés et
validés par d’autres, qu’ils puissent être
retrouvés en d’autres personnes. Dans ce sens, la
nécessité de symboliser peut se traduire par le choix, souvent
inconscient, de faire partie d’un groupe qui adhère aux
mêmes types d’images que soi. C’est pourquoi Serge Tisseron
affirme justement : « Les usages des images sont
inséparables des intentions qui nous animent lorsque nous nous tournons
vers elles, et également des communautés qu’elles
fédèrent ». Apprécier et « regarder
la même image sera un peu l’équivalent d’être
ensemble » [46].
La publicité exploite
largement ce besoin d’appartenance au groupe : « les
sensations, les émotions et les états du corps provoqués
par un produit sont toujours un moyen de se rattacher au groupe qui le possède.
Plus une publicité suscite des états du corps étranges
accompagnés de fantasmes dérangeants, plus il est important que
nous nous rassurions sur leur normalité en intégrant le groupe de
ceux qui adhérent »[31][47].
Ainsi,
par exemple, L’Oréal incarnerait le groupe de ceux qui
partagent « les mêmes valeurs ou les mêmes projets de
vie »[32][48]
orientés par la notion d’élection, exprimée
par l’élitisme de la formule « parce que je le vaux
bien ». La marque cherche à pousser le spectateur à
consommer son produit pour s’identifier et se rattacher au groupe de tous
ceux qui partagent cette vision de soi et du monde que la publicité
soutient.
Au
contraire, Bennetton affiche des images qui « bousculent les
repères des spectateurs » :
-
par des images qui s’opposent sciemment
à « ses principes ou sa vision du monde » ;
-
par des images qui « provoquent chez
lui des tensions intérieures entre désirs et interdits
opposés ».[33][49]
Le groupe de ceux qui partagent
le même état de mal être et de questionnement va tenter de
soulager ce malaise en choisissant la marque et achetant ses produits. Cela
devient un besoin induit. L’être humain, à la recherche de
plaisir et du soulagement de ses tensions, entreprend la levée de ce
besoin par une « sortie de soi », une « évasion »
à travers la consommation [50].
D’une
manière plus directe, de nombreux slogans sont des appels à
rejoindre un groupe, celui de ceux qui consomment un produit. Par cet acte de
consommation, l’utilisateur croit intégrer une
« famille » à laquelle il s’attache par des
liens d’autant plus forts qu’ils sont inconscients.
Dans
ce contexte, par exemple, Tatoo, marque plus particulièrement
destinée aux jeunes, dont le sentiment
grégaire est très développé, utilise le
explicitement le concept de communauté,
avec un slogan évocateur « Tatoo, votre tribu garde le
contact avec vous. »
© CEM, 2004.
B. Nouvelles relations aux images et distance avec la publicité
Les
images publicitaires et les fictions qu’elles soutiennent
« rendent visibles à la fois les nouvelles situations
sociales et les confusions où nous nous trouvons face à ces
évolutions » [51].
Déjà
en 1998, Serge Tisseron, mettait en évidence un certain nombre de points
importants au sujet de nos relations aux images [52]:
« Toutes les images
sont des constructions, c’est-à-dire des mises en scène
guidées par un désir. »
« Non seulement
l’image ne contient rien de la réalité, mais elle
n’est même pas un reflet exact de celle-ci. Elle en est toujours,
avouée ou honteuse, affichée ou secrète, une mise en scène. »
« Il est urgent de
nous dégager d’un point de vue moral sur l’image qui
consiste en définitive à la confondre avec le réel et
d’apprendre à utiliser toutes les images comme des
opérateurs de transformations, à la fois visuelles et
psychiques. » [53]
Toute image a un rôle de contenance,
dont chaque individu a besoin pour vivre en relation avec son environnement.
Cette fonction de « contenant » [54], que
tient le parent pour le nourrisson ou pour le petit enfant, est un rôle
clé de toute relation interpersonnelle authentique. En étant contenante, accueillante,
réceptive, une image publicitaire permet la mise en place
d’une relation agréable et facilitée avec ses spectateurs.
Le
développement de l’humour
et du second degré dans la publicité en France depuis 1998
renforce la connivence du spectateur avec l’image. Il s’agit
d’images d’autant plus ouvertes (on peut facilement y entrer
et en sortir) et fluides (ont
peut aisément raconter une histoire) [55].
Par
ailleurs, les nouvelles générations qui ont grandi avec la
télévision, le magnétoscope, l’ordinateur et les
jeux vidéo ont un mode de relation souple
aux images, y compris de synthèse, qui font partie de leur environnement
et qu’ils ont appris à manipuler. Les jeunes savent que ces
images sont « fausses », trafiquées, et ils peuvent
les disloquer, pour les « trafiquer » à leur tour.
Par exemple, au cours d’un jeu vidéo, non seulement
l’utilisateur peut facilement entrer dans l’univers imaginaire du
jeu, mais il apprend aussi à transformer l’image à
sa guise.
Aussi,
le jeune crée une relation à l’image par laquelle il
s’assure, le plus souvent, une distance,
pour la relativiser et « ne pas tomber dans le
panneau ». Il se dit « de toute façon, c’est
du cinéma ». Du coup, son regard sur la publicité est
plus critique que celui de ses aînés: il ne la prend pas au pied
de la lettre, il sait qu’il s’agit d’une fiction, et surtout d’une fiction pour
« l’accrocher », le convaincre et le pousser
à acheter tel ou tel produit.
Toutefois,
quelles sont les motivations qui poussent une personne plutôt vers tel
type d’images que vers tel autre ? « Chacun ne
cherche pas seulement les images qui sont importantes pour lui, mais aussi
celles qui sont, ou ont été, importantes pour l’un ou
l’autre de ses proches, ou pour son groupe. Toute image est reçue
au carrefour de nos expériences vécues, de nos liens avec notre
entourage et de la mémoire de notre groupe », affirme Serge
Tisseron [56].
Autant
dire que parler des films et des publicités entre amis est devenu
une pratique quotidienne chez les adolescents et les jeunes adultes, dont la
culture pourrait être appelée
« publimédiatique ». Ce phénomène
émergent renforce, indirectement et en retour, l’impact de la
publicité, sur l’évolution des mentalités. Les
artistes et les précurseurs inventent et mettent à jour de
nouveaux modes de vie ; les sociologues, les chercheurs en marketing et
les publicitaires repèrent ces évolutions culturelles ;
influencés ou confortés par la publicité, la part réceptive
et mobile de la société adopte ces nouveaux comportements, qui
deviennent peu à peu plus visibles et plus présents, si ce
n’est majoritaires dans le champ social et culturel.
Par
exemple, la marque Hugo Boss [57]
exalte l’individualisme libre et original des adolescents : elle les
conforte dans leur goût pour l’inventivité.
Orangina joue sur les
registres de la dérision et de l’horreur, qui sont familiers des
jeunes.
Plus encore : les
publicités qui montrent des hommes en pleine activité
ménagère encouragent et décomplexent les mâles
encore un peu maladroits dans les cuisines. Les femmes deviennent expertes en
voitures citadines, les enfants en berlines familiales.
L’homosexualité au quotidien, non plus sur un registre moqueur,
caricatural ou humiliant, mais bien comme affirmation d’une
différence existante, légitime et sans problème, aide
également les jeunes homos à accepter leur
« différence », surtout dans les petites villes de
province où les mentalités sont encore étroites et ont du
mal à évoluer. Les nouveaux pères sont confortés
dans leurs aspirations de proximité avec leurs enfants, dès le
berceau[34][58].
Enfin, la recomposition désordonnée et créative de
nouveaux liens sociaux est à la fois reflétée et
encouragée par les campagnes exprimant les formes émergentes de tribalisme [59].
© CEM, 2004.
C. Les limites de l’utilisation de certains codes transgressifs
« On nous
inflige des désirs qui nous affligent » Alain Souchon
La
publicité tend parfois à créer un
déséquilibre ou même un conflit entre contenu agressif et
message « consensuel » des images. Le défaut
principal de certaines images publicitaires pourrait résider dans le recours
complaisant à une violence excessive, jouant sur les instincts bestiaux
et les fantasmes primaires : - soit par des images publicitaires
exagérément sexuelles, voire déviantes et
« perverses » ;
- soit au travers d’une
imagerie prônant le mythe de la jeunesse éternelle et de la
beauté absolue.
« Deux erreurs : aimer ou détester son corps. Y être
accroché ou vouloir le supprimer. Narcissisme et haine de soi, argent et
suicide ; même subsistance. » Phillipe Sollers
Jadis,
la beauté était un idéal. Aujourd’hui, au travers
des images publicitaires, les soucis esthétiques en accord avec les
canons socio-économiques est une obligation, une contrainte, un
devoir culturel qui pèse lourd sur l’estime de soi. La
beauté est une source d’oppression dans notre
société où l’apparence est devenue primordiale. Elle
s’est imposée, tout comme la jeunesse, au rang des moyens de
distinction sociale. Pierre Bourdieu souligne que « les
idéaux esthétiques privilégiés au sein d'une
société correspondent habituellement aux propriétés
corporelles que seules les classes dominantes peuvent posséder, parce
qu'elles exigent du temps et de l'argent » : la minceur est un
luxe qui symbolise le prestige social.
La
plupart des publicités contribuent à colporter un idéal
féminin filiforme, à l’image des campagnes Calvin
Klein pour le parfum Obsession,
mettant en avant la silhouette du mannequin Kate Moss comme norme
esthétique de « beauté » et de
« bien-être ». Le nom du parfum témoigne de
la pression sociale sans échappatoire qui gravite autour du corps et de
l’idéologie de la perfection corporelle à atteindre. La
glorification de la jeunesse va, en parallèle, dans le sens de la
promotion d'un corps pré-adolescent, aux formes nubiles dont
témoignent les publicités Emporio Armani et Gucci.
Il
est vital ici de dénoncer l’hypocrisie dans laquelle
s’embourbent les nations nanties du nord occidental se prétendant
« libéral » : d’un côté
les déviances pédosexuelles sont, enfin,
révélées et dénoncées, allant parfois
jusqu’à une exhibition malsaine ; d’un autre, les
marques de luxe étalent, avec une débauche incroyable de moyens
financiers, les corps tout juste pubères de filles et de garçons
qui deviennent des appâts érotiques pour pousser à la
vente. Le tourisme sexuel juvénophile est présent en
occident, au moins sous forme métaphorique, avec des enjeux commerciaux
tout aussi forts.
Les hommes
n’échappent pas à la dictature du « corps
parfait », sophistiqué à l’extrême,
musclé et bronzé, comme en témoigne la publicité de
Calvin
Klein ci-dessous.
Ces
publicités exhibent des femmes et des hommes qui voudraient
paraître « bien dans leur peau », mais qui en
réalité font du mal à leur corps et souffrent
douloureusement de ce culte de la beauté. Cultiver tant la minceur
que la musculature provoque une grande violence contre son corps et contre
soi-même.
Les
images publicitaires, par ailleurs, rendent compte de corps et de visages
artificiels, sans imperfections (supposées), imperfections auxquelles
chaque être humain est pourtant confronté au quotidien :
vergetures pour le ventre et les fesses, fatigue, boutons, cernes pour le
visage. Les normes esthétiques que la publicité impose ne
sont-elles pas aliénantes ?
On
ne compte plus le nombre d’individus victimes du « complexe de
Photoshop », logiciel auquel on doit les retouches de
« perfectionnement » des créatures de fantasme qui
hantent les publicités. Hommes et femmes dépriment et souffrent
de complexes en raison de leur impossibilité de parvenir aux normes
prescrites, d’autant que la maîtrise de l’image est
devenue un signe de pouvoir. Ces complexes engendrent une négation
de soi provoquée par le refus de son corps réel. La
négation peut aller jusqu'à des comportements dépressifs,
se manifestant de manière plus ou moins extrêmes, à travers
la timidité, le repli sur soi, l’agrippement à des
« moi auxiliaires », la boulimie, l’anorexie,
l’addiction aux drogues, etc.
Le
timide maladroit est embarrassé par son propre corps. Il serait
d'ailleurs plus juste de dire, non pas son propre corps, mais par son corps
pour l'autre. Il est esclave du regard d'autrui.
En
se niant soi-même constamment, comment envisager de « trouver
la paix », de « mettre de l’harmonie »
dans sa vie ? Ces publicités tendent à faire émerger
chez l’individu le besoin d’être différent de soi. Ce
mécanisme freine l’entrée en « amitié
quotidienne avec soi-même, l’humilité,
c’est-à-dire de se connaître tel qu’on est, et de
s’accepter dans son intégralité »[35][60].
C’est la grande différence entre les occidentaux saturés de
réclames et de biens de consommation, sans cesse à se surveiller,
et les orientaux bouddhistes, Tibétains plus particulièrement,
pour lesquels la négation de soi et la comparaison n’existent pas.
Par
ailleurs, notre société s’hypersexualise par
l’affluence de nombreux
livres dont rivalisent les éditeurs pour augmenter leurs chiffres
d’affaires, que ce soient les écrits de Catherine Millet qui
vantent l’échangisme ou de Michel Houellebecq. Les productions
cinématographiques ne sont pas en reste, avec des films comme Baise moi de Virginie Despentes, des
mangas pornographiques qui mettent en scène des viols collectifs sur de
jeunes adolescentes, d’émissions telles que Strip-tease, ou Vie
privée, vie publique qui exposent les pratiques fétichistes
ou sadomasochistes des individus, et surtout avec la
« starification » des acteurs et actrices du X.
L’importance de la
sexualité dans l’espace public semble être le résultat
dévoyé de la libération sexuelle des années 1960,
qui prônait « une sexualité sans entraves, un
déchaînement du plaisir sans restrictions »[36][61],
un Modern Love[37][62].
La publicité a également recours au sexe, elle pousse parfois
à l’extrême son exploitation en se complaisant dans des
images de sexualité brutale, barbare ou bestiale par le biais du
« porno chic »[38][63].
La
violence machiste est banalisée et renforcée par des
publicités sans l’ombre d’un scrupule, d’une
réflexion humaine préalable ou d’un engagement
éthique. C’est par exemple le cas de la marque Scent, alors qu’une
enquête nationale[39][64]
sur les violences faites aux femmes révèle que plus d’une
femme sur dix a fait état de violence conjugale (physique, sexuelle,
verbale, psychologique) au cours des douze mois précédant
l’enquête. Cela ne peut faire oublier, a contrario, la violence de
certaines femmes sur leurs maris, dans des raffinements de cruauté
parfois tout aussi difficiles à imaginer. Il est possible d’y voir
la vengeance, une génération plus tard, des sévices
endurés par les mères de ces femmes violentes, ou ceux
qu’elles-mêmes ont subis, enfants, par un ou plusieurs adultes de
leur entourage[40][65].
La
marque Sisley associe la femme à l’animalité. La
publicité ci-dessous fait directement référence aux
pratiques zoophiles en exhibant une jeune femme emprise d’une relation
trouble avec un cochon, buvant son pis, qui de surcroît dégouline autour de sa bouche.
Par ailleurs, Sisley exhibe des fesses recouvertes de brins d’herbes appartenant
à une femme qui semble être dans un état de conscience
second, probablement droguée. Cette photographie choque lorsqu’on
sait qu’un certain nombre de filles subissent des viols à cause de
drogues jetées dans leur verre, qui les rendent inconscientes de leurs
actes et des abus qu’elles subissent de la part d’hommes
eux-mêmes sans conscience.
La
marque Leclerc joue sur un double registre en faisant la promotion de
lunettes qui résistent aux rayons puissants du soleil, a contrario de la
peau de cette jeune femme qui fond et ressemble à de la cire de bougie.
On est pourtant à même de se demander si cette publicité ne
fait pas référence à une pratique violente,
inspirée des films pornographiques, notamment japonais, appelée
« le bukkake » [66].
Ce
type de publicités contribue à donner aux adolescents une
image complètement dégradante de la femme et de l’homme.
La femme devient aux yeux de ces jeunes mâles un ustensile sexuel qui
subit le plaisir de façon brutale dans un rapport où il n’y
a aucun respect de l’autre. Ils ont une vision des jeunes filles
complètement déformée et vont être
gênés, handicapés mêmes, dans leur relation à
l’autre, avant d’être capables, un jour peut-être, de
vivre en nom propre leurs émois amoureux. En outre, ces
scénographies publicitaires risquent de déboussoler les
adolescentes. Ne sachant plus quand elles doivent dire non, elles peuvent
être amenées à pratiquer des
« parties » avec plusieurs garçons et accepter des
actes sexuels déviants, qui les humilient, les blessent, leur font
perdre toute confiance en elle et ruinent leur sexualité à venir.
En
l’occurrence, Florence Amalou [67] constate que depuis deux
ans, date à laquelle ces publicités sexuelles transgressives ont
émergé en France, la violence, la fréquence des
harcèlements et l’agressivité subies par les adolescentes
sont remarquées par les experts dans des proportions jamais atteintes.
Pourquoi la publicité aborde-t-elle la sexualité de
manière non seulement transgressive, mais surtout tellement violente ?
Pourquoi les publicitaires ne semblent plus pouvoir « se
satisfaire » de publicités réalisées sur un
mode plus humain et plus ludique ? Dans cette dernière perceptive,
les adolescents seraient moins « perdus », les
garçons apprendraient à parler aux filles, et pas simplement
à les consommer. Ainsi s’atténueraient les frustrations qui
sont le fruit de cette violence.
Néanmoins,
d’une certaine façon, il semble possible de relativiser la
portée négative, et potentiellement destructrice, de telles campagnes
publicitaires. Cela tient à la nature même des images
publicitaires. En effet, « le cadre a deux vocations
complémentaires : il isole un espace d’un autre et
matérialise le fait qu’à l’intérieur de lui,
les règles sont différentes de celles de l’espace
environnant » [68]. La publicité n’est
pas le reflet de la vie réelle, mais d’une mise en scène
fictive, fantasmée, inventée ou rêvée, selon les cas.
Ainsi,
la mise à distance des publicités est possible
puisqu’elles bénéficient d’un cadre
spécifique à l’intérieur même du cadre
télévisuel :
-
Elles apparaissent sur le petit écran,
qui est déjà un cadre matériel délimité.
-
Elles sont diffusées entre
différentes tranchent de programme.
-
Elles ont un souvent un aspect ludique et
récréatif.
-
Le téléspectateur peut facilement
les « zapper », s’en détourner si elles lui
déplaisent ou l’insupportent.
Reste alors
à se demander si les dérapages violents des adolescents ne sont
pas surtout l’expression du désarroi grandissant de jeunes en
attente de repères et de sens pour leur vie à construire,
plutôt que la seule conséquence de débordements
publicitaires, qui sont plus là pour déployer de façon
ouvertement exhibitionniste les fantasmes de publicitaires en mal de
créativité, malgré le recours institué à la
cocaïne et à d’autres dérivatifs du même acabit [69].
Plus important,
probablement : posons, pour finir un repère qui pourra aider
autant les spectateurs que les créateurs de publicités :
« La violence de l’image, c’est lorsque nous ne jouons
plus avec elle et que nous devenons au contraire son jouet. »
affirmait déjà Serge Tisseron en 1998.
En conséquence, il importe
d’approfondir l’étude de l’impact de l’image à travers les recherches sur leurs
fonctions et leurs rôles, autant pour l’individu que pour le groupe.
Cela permettra aux marques de mieux communiquer avec leurs publics, entre autre
par des images que ces publics sont
à même d’accepter et comprendre, sans se sentir manipulés,
agressés ou niés
[70].
© CEM, 2004.
Conclusion
« Le voyage de la découverte ne consiste pas à
parcourir de nouveaux paysages,
mais à avoir de nouveaux yeux. » Marcel Proust
Les
transformations des symboles de la féminité et de la
masculinité, encouragées par les bouleversements sociaux et
culturels dans les domaines de la famille ou de la sexualité, facilitent
l’évolution vers une dynamique de parité entre
l’homme et la femme, dans laquelle la relation avec soi-même et
avec l’autre gagne en authenticité. La femme s’épanouit
sexuellement, s’émancipe, surmonte les remparts construits envers
elle par le système patriarcal. L’homme se détache de son
devoir d’impassibilité, se donne le droit à une
intimité avec lui-même, exprime ses émotions,
réinvente la paternité et les signes de la masculinité qui
en découlent au service d’une plus grande sincérité
et d’une profonde estime de soi.
Ces
nouveaux symboles forgent la mythologie contemporaine dont la publicité
se fait l’écho. Elle décline une représentation du
genre humain en décalage avec les clichés traditionnels :
une féminité et une masculinité plus naturelles, plus
simples, plus authentiques, plus ouvertes dans le domaine de la
sexualité et des préférences sexuelles, notamment à
l’égard de l’homosexualité. Sa tendance nouvelle est de
véhiculer des représentations sexuelles plus proches des
rêves, des désirs et des aspirations du genre humain.
Se
pose alors la question de notre relation à l’image publicitaire
comme vecteur d’affirmation et d’authentification de
« soi » :
-
L’image publicitaire témoigne
d’une multitude de descriptions implicites des mentalités et des
mythes contemporains dans lesquels chacun peut se retrouver.
-
La publicité présente des images
qui peuvent aiguiller tant notre inconscient que notre conscience, nos
comportements, notre sexualité, sur le chemin d’un plus juste
accord avec soi-même et d’une réelle authentification de
« soi ».
Ainsi
l’image publicitaire, bien souvent, « véhicule des
valeurs profondes comme la conscience de son corps, de ses désirs, de
soi et des autres. Sans un bonheur personnel auquel chacun a accès, au
fond, mais parfois se refuse, il n’y aura pas de bonheur
collectif »[41][71] ;
Nous pouvons, à notre tour, proposer l’utopie d’une
société plus éveillée, consciente et
créative, notamment grâce à un marketing tourné vers
la personne et non vers le produit, un marketing qui efface la formule de
Descartes : « Cogito ergo
sum in arcem meum »[42][72]
et la remplace par un « je suis pensé par les
autres », car l’autre m’intéresse et me parle
puisqu’il est, aussi, mon miroir : propre du tribalisme actuel au
service d’une société qui serait, enfin, plus humaine et
plus désirante.
Marc-Olivier
Arnold,
© CEM, 2004.
Bibliographie
Livres
Badinter, Elisabeth :
- XY
de l’identité masculine, Paris, Odile Jacob, 1992
Bourdieu, Pierre :
-
La domination masculine,
-
Comment libérer la femme, La quinzaine littéraire, n°745,
septembre 1998
Beigbeder,
Frédéric :
-
99 francs,
Paris, Grasset, 2001
Brune, François :
-
La pieuvre publicitaire, Le monde Diplomatique,
juin 2001
Christiane, Olivier :
- Les
enfants de Jocaste, Paris, Denoël, 1980
Cornu, Geneviève :
-
Sémiologie de l’image dans
la publicité, Paris, Editions d’organisation,
Dover, K.J :
-
Homosexualité grecque, La pensée sauvage, 1982
Lacan, Jacques :
-
Encore, Paris, Seuil, 1975
Lévinas, Emmanuelle :
-
De l’évasion, Paris,
Fata Morgana, 1982
Mehl, Dominique :
-
La télévision de
l’intimité, Paris, Seuil, 1996
Miller, Alice :
-
L’enfant sous terreur, Paris,
Aubier, 1986
Pinte, Vinciane :
- La
domination féminine, Bruxelles, Labor, 2003
Spencer, Collin :
-
Histoire de l’homosexualité,
Paris, Le pré aux clercs, 1998
Supino-Viterbo, Valentina :
-
L’enfant mal aimé,
Paris, Flammarion, 1999
Tomasella, Saverio :
- L’Homo-érotisme ou quête affective du même,
Paris, Le coq-héron, 2001.
- Vers une psychanalyse de la marque, Nice, UNSA, 2002.
- Consommer la marque, Nice, CEM, 2003.
Tisseron, Serge :
- Le bonheur dans l’image, Les
empêcheurs de tourner en rond, 2003
-
Y a-t-il un pilote dans
l’image ?, Paris, Aubier, 1998
-
Petites mythologies d’aujourd’hui, Paris, Aubier, 2000
-
L’intimité surexposée,
Paris, Ramsay, 2001
- Les bienfaits de l’image, Paris,
Odile Jacob, 2002
Vaneigem, Raoul :
-
Traité de savoir-vivre à
l’usage des jeunes générations, Folio, 1992
-
Nous qui désirons sans fin, Le
cherche midi, 1996
Presse
Psychologies magazine, juin 2003.
Copyright : Centre d’Etudes sur la Marque,
tous droits réservés.
© CEM, 2004.
[1]
Saverio Tomasella, Vers une psychanalyse
de la marque, 2002.
[2] Geneviève Cornu, Sémiologie de l’image dans la
publicité, 1990.
[3] Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie.
Et sans dire un seul mot te mettre à
rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans soupir
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par les gueux pour exciter les sots
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot…
Si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu’aucun d’eux ne soit tout pour
toi…
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent…
Si tu peux rencontrer triomphe après
défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même
front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon
fils.
[4] Serge Tisseron, L’intimité
surexposée, 2001.
[5] Dadian & Arnold, mai 2003.
[6]
Pierre Bourdieu, La domination masculine.
[7] J. Lacan, Séminaire 20,
Encore.
[8]
Christiane Olivier, Les enfants de
Jocaste, 1980.
[9] C. Olivier, op. cit.
[10] C. Olivier,
op. cit.
[11] Idem.
[12] Idem.
[13] Elisabeth Badinter, xy de
l’identité masculine
[14] Cette « féminisation » est à entendre
comme développement des valeurs féminines et de la place des
femmes dans la société, et non comme une négation de la
différence des sexes.
[15] E. Badinter, op. cit.
[16] Annelise Maugue, L’Eve
nouvelle et le vieil Adam.
[17] E. Badinter, op. cit.
[18] Serge Tisseron, L’intimité
surexposée, 2001.
[19] Dominique Mehl, La télévision de l’intimité
[20] S. Tisseron, op.cit
[21] Paroles de Fabrice au « confessionnal », lundi 12
mai 2001 : « Cette nuit, avec Laure, on a fait un
câlin ! Rien de plus, mais rien de moins ».
[22] Serge Tisseron, op. cit. : « Dans le loft, les
hommes s’épilent les sourcils ou le dessous des bras et font la
cuisine, la vaisselle et la lessive. Les femmes font aussi toutes ces
choses…mais sont également présentes sur le terrain des
jeux improvisés et des prises de décision ».
[23] S. Tisseron, op. cit.
[24] Serge Tisseron, op. cit.
[25] François Brune, « la pieuvre publicitaire », le monde diplomatique, juin 2001.
[26] P. Bourdieu, op. cit.
[27] Film de Jack Arnold, 1957,
d’après un roman de Richard Matheson.
[34] Pierre Bourdieu, Comment
libérer la femme, la quinzaine littéraire, n° 745,
septembre 1998.
[35] Slogan : Oui à a la vie,
oui à l’amour. Voir clip publicitaire Lancôme sur CD en
annexe.
[36] Film français de Bruno Podalydés.
[40] E. Badinter, op. cit
[41] S’il on se référent aux textes grecs, K.J Dover, Homosexualité grecque, La
pensée sauvage, 1982 : « il n’y a pas deux sortes
de désirs différents, homosexuels et hétérosexuels,
mais un seul qui peut s’attacher à un bel objet. »
« Les allusions aux désirs qu’on éprouve pour
les gens beaux sont nécessairement ambiguës, puisque le
génitif pluriel a la même force au masculin et au
féminin ». Par ailleurs, les psychanalystes
contemporains s’accordent à reconnaître, non seulement
l’homosexualité comme une orientation sexuelle aussi valide que
l’hétérosexualité, mais aussi les expériences
homosexuelles plus ou moins tardives, comme permettant une construction saine
de la personnalité et une découverte de son intimité
affective, sensuelle et sexuelle.
[42] Voir S. Tomasella, « L’homéo-érotisme ou
quête affective du même », Paris, Le Coq-héron,
2002.
[43] Cf. la scène où la jeune femme,
possédée se masturbe violemment avec un crucifix dans
« l’Exorciste »
[44] Voir publicité en annexe.
[45] Cf. Saverio Tomasella, Vers une psychanalyse de la marque,
2002.
[46] S. Tisseron, Les bienfaits de
l’image, Paris, Odile Jacob, 2002, pages 103 et 107.
[47] Serge Tisseron, Petites mythologies
d’aujourd’hui, Paris, Aubier, 2000.
[48] S. Tisseron, opus cit.
[49] S. Tisseron, op. cit.
[50] Emmanuel Lévinas, De
l’évasion, Paris, Fata Morgana, 1982.
[51] S. Tisseron, « Les bienfaits des images », Paris,
Odile Jacob, 2002, page 33.
[52] Voir S. Tomasella, « Vers une psychanalyse de la marque et de
ses expressions », 2002.
[53] S ; Tisseron, « Y a-t-il un pilote dans
l’image ? », Paris, Aubier, 1998.
« L’image est ce
territoire immense dont un bord communique avec les profondeurs indicibles du
corps et l‘autre avec les formes les plus abstraites du langage
parlé. Ce territoire n’est pas partageable parce que
l’image, précisément, va des premières
représentations encore engagées dans les sensations corporelles,
et pour cela totalement indicibles, jusqu’aux représentations
susceptibles d’être mises en mots. On comprend alors que les images –
et il n’y a aucune raison de faire ici une distinction entre images
matérielles et images intérieures – soient le premier
moyen que l’homme se donne
pour tenter de commencer à penser son corps au monde,
c’est-à-dire à la fois son corps et le monde entre
sensation et langage. » (Page 227).
[54] Cf. le « holding »
de D. Winnicott.
[55] S. Tomasella, opus cité.
[56] « Les bienfaits des images », op. cit., p. 41.
[57] Slogan des publicités Hugo Boss : « N’imitez
pas, innovez »
[58] Voir chapitre 2.
[59] Voir schéma récapitulatif : socioanalyse.
[60] Psychologies magazine, juin 2003, p. 136.
[61] Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes
générations, 1998 ?
[62] Chanson de David Bowie tiré de l’album Changes qui illustre l’amour qui va vite et qui dure
longtemps.
[63] Le porno chic désigne une pratique publicitaire tendancieuse, qui
recycle les codes porno-photographiques de manière
esthétisée.
[64] E.N.V.E.F.F. publié à l’automne 2000.
[65] Cf. notamment les écrits
d’Alice Miller, par exemple, L’enfant
sous terreur, Paris, Aubier, 1986, et Valentina Supino-Viterbo, L’enfant mal aimé, Paris,
Flammarion, 1999.
[66] « Le bukkake » est une pratique sexuelle orale dont
l’objet est l’éjaculation faciale d’un groupe
d’hommes sur le visage d’une femme.
[67] Florence Amalou, Le livre noir de
la publicité, Paris, Stock, 2001.
[68] S. Tisseron, Les bienfaits de
l’image, op. cit.
[69] Frédéric Beibeder, 2000.
[70] S. Tomasella, 2002.
[71] Raoul Vaneigem, Pour
l’abolition de la société marchande, vers une
société plus vivante, 2002.
[72] « Je pense donc je suis dans ma forteresse ».
© CEM, 2004.