La clinique
singulière de Harold Searles
avec les personnes psychotiques,
ou
à la frontière de la folie…
L’effort
pour rendre l’autre fou,
Gallimard, 1977.
Introduction
S.
Témoigne de l’expérience d’une « angoisse
sin intense » durant ses études, qu’il en a
« gardé un désir de comprendre ». (p. 33)
« L’une
des raisons importantes pour lesquelles une si longue période de
psychothérapie intensive est nécessaire pour aider un
schizophrène à se libérer de sa maladie, est que la
relation transférentielle « bonne mère » a,
fondamentalement, un caractère symbiotique qui est anxiogène pour
le patient comme pour le thérapeute… cette même charge
d’angoisse, suffisamment forte pour être schizophrénogène. »
« Il est crucial que le thérapeute
ait le courage de reconnaître l’existence de la symbiose mère-nourrisson
qui tend à être re-vécue dans la relation du patient avec
le thérapeute. » (p. 35) Elle ne peut être
revécue sans angoisse (psychose de transfert)…
Effort
pour rendre l’autre fou : importante capacité du patient
à la malveillance, mais aussi à utiliser la vengeance comme
défense contre la dépendance, le chagrin refoulé et
l’angoisse de séparation..
Clé :
« Je constate chaque fois que l’accessibilité du
thérapeute à des sentiments divers est la clé de la
situation. » Prises de conscience des émotions. (p. 42)
Fil
d’or : « L’enfant se trouve progressivement
privé de toute personne réelle et accessible avec la quelle avoir
une relation… Il déplace alors une partie de ses sentiments envers
ses parents vers le domaine du non humain. » (pp. 44-45) La question
de la symbiose et celle du « non humain » sont
étroitement liées : en réalité, ces deux
thèmes ne font qu’un. » (p. 46)
Absence
de relation : « Dans mon article sur l’incorporation,
j’ai cité différents exemples de relation interpersonnelle
qui semble en apparence être authentique mais qui s’avère
consister essentiellement en des processus intrapsychiques et qui, par
conséquents, équivaut dans l’ensemble à une relation
intrapersonnelle. » (p. 48) « Les membres de la famille
ont tendance à confondre les processus intrapsychiques avec les
processus interpersonnels. » (p. 49)
Modestie :
« Il n’y a pas que le patient qui soit pris dans un processus
thérapeutique, le psychanalyste l’est aussi. Par sa force, ce
phénomène est comparable au processus de maturation chez
l’enfant… Le thérapeute découvre qu’il
n’a pas lieu d’être arrogant, ni de se sentir omnipotent, car
il est sans cesse confronté à l’énorme et subtile
puissance du processus thérapeutique dans lequel le patient et lui sont
pris tous les deux. » (p. 53) Mouvements relationnels :
« Continuelle insistance sur le processus dynamique de la relation
thérapeutique plutôt que sur le contenu des propos du patient,
dans lequel on risque de se perdre. » (p. 55)
Le
contre transfert, Gallimard, 1981.
Réalisme des perceptions dans un
transfert délirant (1972)
Searles
travaille presque vingt ans avec une femme très délirante.
« J’avais
le ferme espoir de l’aider à devenir non psychotique. »
(p. 36)
S.
repère ses mouvements intérieurs de « condamnation »
à l’égard de sa patiente qui rejette ses enfants, comme
entravant son travail avec cette femme morcelée. Au début, il se
sentit menacé. Elle attaquait son sens de la réalité et
son sentiment d’identité personnelle. Il parle parfois
d’envies de meurtre à son égard.
« Le
plus difficile de tout, ce furent la culpabilité et le désespoir
que suscita en moi, au cours de très nombreuses séances, le
sentiment que j’étais, en fait, une très mauvaise
mère pour elle. » (p. 37)
Fragmentation :
« Lorsqu’elle était avec une aide-soignante, elle
vivait cela comme si se succédaient auprès d’elle
différentes aides soignantes et non comme la succession
d’émotions différentes éprouvées à
l’égard d’une seule personne. » (p. 40)
Pour
tenter d’entrer en contact avec sa réalité, S. dit avoir
fait « un effort gigantesque pour voir le monde avec ses yeux
à elle, tout en gardant contact avec ma propre vision de la
réalité. » (p. 43)
Lorsqu’une
naissance à elle-même a pu advenir, quittant sa croyance en
l’immortalité, elle pourra affirmer : J’étais
Dieu ; maintenant je suis femme. »
Identification
délirante : certains comportement extrêmement
délirants « se fondaient en partie sur une identification,
même déformée et exagérée, à un aspect
de mon propre comportement. » (pp. 47-50)
Symbiose
thérapeutique : en dehors du transfert délirant existe un
« état effectif de notre relation, qui implique une symbiose
à la quelle nous participons tous deux et dans laquelle nous
fonctionnons en termes de capacité à nous créer l’un
l’autre. » Cette symbiose diffère de la
« folie à deux » qui enferme à la fois le
patient et le psychanalyste. (p. 52)
Alignement :
« Vous, dit-elle, les gens vous ne voyez pas la différence
entre l’âme et l’esprit. » (p. 54) Plus
loin : « Je n’ai jamais vraiment eu de corps, non,
c’est tout du matériau d’âme. » (p. 55)
Différences
de transfert : « Là où la patiente schizoïde
tend à avoir l’impression que moi, le père,
j’engendre avec mon esprit un fantasme dans son esprit, la femme
schizophrène, elle, vit effectivement, et à un degré
extrême, dans un monde délirant engendré –
c’est ainsi qu’elle voit les choses – par mon esprit (de
mère ou de père, selon les moments). » (p. 56) Par
moment, S. a « momentanément l’impression de devenir
fou – confusion et sentiment d’être étranger à
mon environnement) » ; « intense conflit
émotionnel » (idem).
Internalisation
de la position subjective d’un parent :
« L’aversion qu’elle éprouvait pour son
identité réelle était aussi intense que celle
qu’avait éprouvée sa mère pour elle quand elle
était enfant, et que sa propre aversion pour moi pendant de longues
années. » (p. 57)
Terreur
d’être enviée : « Joan avait tout lieu de
croire qu’une des raisons qui lui interdisaient de retrouver sa santé
mentale était que la mère folle réagirait par une envie
meurtrière à son égard. » (p. 61)
Thème
majeur de sa psychose : « la conviction qu’elle a de
maintenir sa mère en vie en restant elle-même obstinément
psychotique. » (p. 62)
Fortes
fluctuations transférentielles : « le fait que je puisse
donner libre cours à mes sentiments les plus violents (pâles
approximations de la dureté avec laquelle elle me traite) lui a presque
toujours été profitable ». (p. 62)
Joan :
« Je me parle à moi-même pour me rappeler que
j’existe. » (p. 63)
Perception
de la réalité : « Sa capacité croissante
d’être triste est une des acquisitions les plus impressionnantes de
ces dernières années. » (p. 65)
Projection,
Freud (1922) : « Les paranoïaques projettent au-dehors sur
autrui ce qu’ils ne veulent pas percevoir en eux-mêmes… mais
ils ne le projettent pas en l’air, pour ainsi dire, ni là
où il n’y aurait rien de semblable à ce qu’ils
projettent. » (p. 67)
Mon
expérience des personnes frontières, Gallimard, 1994.
« Je
suis persuadé depuis longtemps que toute psychanalyse approfondie nous
confronte à des phénomènes frontières, car ceux-ci
font partie de la condition humaine. » (p. 12)
Techniques thérapeutiques (1958).
« Certes
les interprétations sont importantes ; mails l’atmosphère
ou le climat affectif qui règnent durant les séances, jour
après jour, année après année, comptent infiniment
plus. » (p. 16)
« Dans
la compulsion de répétition, l’individu, selon moi, cherche
inconsciemment non seulement à « revivre » une
expérience ancienne, mais à la vivre pour la première
fois – c’est-à-dire avec la participation
complète de son affectivité. » (p. 19)
« Quels
que soient les patients avec lesquels je travaille, il me semble que me silence
est mon outil thérapeutique le plus fiable et le plus
efficace. » (p. 27)
« Dire
prématurément au patient que ce qu’il croit ressentir comme
le noyau de son être n’est en réalité qu’une
identification inconsciente provenant de ce qu’il a vécu avec un
parent peut provoquer chez lui un désespoir suicidaire. » (p.
29)
« Le
psychanalyste doit arriver à accepter l’idée
qu’à la psychopathologie du patient, si sévère
soit-elle, correspond, dans son propre mode de fonctionnement réel, une
psychopathologie peut-être mineure, comparée à celle du
patient, mais nullement insignifiante. » (p. 32)
Le contre-transfert : un instrument
pour comprendre et aider le patient (1979).
« Le
contre-transfert désigne les attitudes et les sentiments, partiellement
conscients, de l’analyste à l’égard du
patient. » (p. 131)
« Il
n’est pas rare que le thérapeute ait l’impression que le
patient communique avec lui sur deux ou plusieurs niveaux à la
fois. » (p. 133)
« Le trait principal qui
caractérise les individus frontière est la présence chez
eux d’affects intenses. » (p. 134) « Les sentiments
refoulés du patient frontière sont d’une telle
intensité qu’ils sollicitent d’une manière
particulière l’affectivité du psychanalyste. »
(p. 132) + lire pages 132, 133 et
140…
Rire : « Ce dont le
patient a le plus gravement souffert étant
enfant provient en partie de ce tabou familial contre le rire sain, qui
risquait de heurter les sensibilités si fragiles des membres de la
famille. » (p. 138)
« Mon
sentiment d’identité avait pris suffisamment vie pour changer, au
point d’être devenu aujourd’hui ma source de renseignements
la plus sûre sur ce qui se passe entre le patient et moi, et sur ce qui
se passe chez le patient. » (p. 143)
« La
psychopathologie parentale dont l’enfant s’attribue jour
après jour l’entière responsabilité est formidablement
lourde à porter. » (p. 149)
« Au
fond, je me sens (dans ce cas) comme un petit enfant non voulu dans cette
relation avec le patient. » (p. 151)
« La
question cruciale du choix – lorsque le patient sent qu’il est en
position de choisir entre continuer d’être fou, ou
développer des relations interpersonnelles et intrapersonnelles
saines. » (p. 157)
« Le
thérapeute qui s’accroche, parce qu’il se sent
menacé, à une identité de psychanalyste rigide, ne peut
aider beaucoup un patient de ce type. » (p. 163)
Séparation et perte dans la
thérapie psychanalytique des patients frontières (1982).
« L’organisation
frontière de la personnalité elle-même fait que le danger
de séparation et de perte est permanent. » (p. 191)
« Plus
le patient est malade, plus il aura tendance à s’identifier,
très tôt, aux parts les plus malades et les moins conscientes du
psychanalyste. » (p. 194)
« Je
comprends maintenant à quel point la maladie de cet adulte est
constamment nourrie et entretenue grâce à la complicité
inconsciente de ceux qui l’entourent, y compris le
psychanalyste. Pour dire les choses simplement, le patient fou (ou
à la frontière de la folie) réussit peu à peu, jour
après jour, année après année, à engendrer
de véritables réactions de folie chez les autres. Il crée avec
un grand nombre de personnes des liens de folie à deux tels que la
réalité extérieure au patient vient chaque jour conforter
sa psychose. » (p. 195)
« Ce
patient éprouvait au plus profond de lui-même une
culpabilité et un chagrin de n’avoir pas réussi à
rendre sa mère vivante et à la faire réagir à lui. S’il est depuis si longtemps incapable
de se sentir vivant et d’éprouver tout le registre des
émotions humaines, c’est en grande partie parce qu’il
s’identifie à l’aspect chroniquement déprimé
de sa mère (infirmité dont il n’a pu la sauver que rarement
et de manière éphémère). »
« Les
schizophrènes affichent souvent une attitude dédaigneuse,
condescendante, pour faire comprendre aux autres, à la piétaille
qui les entoure, qu’ils ne peuvent rien saisir de la complexité de
leur univers. » (p. 196)
« Si
la société dans son ensemble tend à détester les
schizophrènes, c’est parce qu’ils font écho, avec une
acuité extrême, aux faiblesses des gens. » (p. 197)
« Le
fait que l’individu frontière ne puisse pas, sans thérapie,
ressentir le chagrin est l’un des critères qui permet de
diagnostiquer un état frontière. La thérapie a pour but
essentiel de l’y aider. » (p. 199)
« Tous
ces patients frontières chez qui se manifeste cette sorte
d’amnésie [de l’enfance, plus particulièrement] ont
en commun d’avoir eu des parents qui, en élevant leur enfant, ont
cherché à oublier leur propre passé au lieu de s’en
servir de façon intégrée, de s’en servir librement,
de l’utiliser comme un guide ou comme support de leur relation avec
l’enfant. » (p. 201)
« L’amnésie
du patient a naturellement pour fonction de le défendre inconsciemment
contre toutes sortes d’affects à tonalité négative
– culpabilité, peur, tristesse, chagrin, etc. Elle le
préserve de ses pulsions meurtrières. » « L’amnésie
sert parfois de défense contre le suicide, en même temps
qu’elle en est une forme symbolique. » (p. 202)
« La
détermination à se venger permet au patient de se
préserver du chagrin et de l’angoisse de séparation par
rapport à des personnes et situations passées. » (p.
205)
« Pour
que le travail de deuil puisse s’accomplir après la perte
d’une relation, il est nécessaire d’avoir été
véritablement impliqué dans cette relation. » (p. 213)
« Cette
peur de la fusion se traduit chez de nombreux patients frontières par le
fait qu’ils étiquettent ou classent les gens en tournant en
ridicule ou en ironisant sur telle ou telle particularité dont ces
personnes n’ont généralement pas conscience. » « Ces
patients ont typiquement le don de repérer chez vous les traits qui sont
à la lisière de votre identité consciente, ceux que vous
vous évertuez à renier. » (p. 220)
« Ainsi,
une patiente que je vois depuis plus de deux ans, passe son temps à
ridiculiser tel ou tel trait de ma personne de façon suffisamment habile
pour que ses railleries aient l’air de s’adresser à
d’autres ; si bien que quand je l’invite à collaborer
en explorant ces éléments épars de transfert
négatif, à tenter d’en dégager la cohérence
et le sens, elle se sent rejetée et se montre découragée
de voir qu’une fois encore je prends tout personnellement. »
« Elle se raccrochait en fait désespérément
à ces fétus de pailles (les aspects partiels qu’elle tourne
en dérision) pour ne pas être engloutie dans
l’indifférenciation, dans la fusion avec moi. » (p.
221)