Le deuil
d’amour
Claude Nachin, L'Harmattan, 1998.
Le « deuil
d’amour » est l’une des causes du « deuil
pathologique » : le sujet est dans l’impossibilité
d’accomplir le travail d’un deuil et cela peut le laisser « amputé d’une
partie de sa libido - d’une partie de sa propre capacité
d’aimer, de s’intéresser et de créer » (p.
11).
Chapitre 1 : les maladies du
deuil.
La maladie du deuil est
habituellement une évolution spécifique d’une
névrose déjà constituée, à la suite
d’une perte objectale (p. 17).
Observations cliniques
- Maladie du deuil à partir
d’une névrose à dominante hystérique : une
phase initiale hypomaniaque avec exaltation de la libido, suivie
d’une dépression qui se renouvelle année après
année, avec des rêves cauchemardesques à contenu macabre à
répétition. (p. 18)
Arrêt de la thérapie
pour maîtriser la séparation que l’on retrouve souvent chez
les malades du deuil.
- Maladie du deuil à partir
d’une névrose à dominante phobique : arrêt pour
éviter de mettre en cause le présupposé selon lequel une
relation est maintenue pour faire plaisir à autrui et non à cause
de son propre désir. (p. 22)
- Maladie du deuil à partir
d’une névrose à dominante obsessionnelle :
contradiction pathogénique entre relation affective et
représentation d’une sexualité comme frappée
d’une souillure. (p. 23)
- Maladie du deuil à forme
mélancolique à partir d’une névrose mixte :
l’objet d’amour perdu a fait défaut au sujet malgré
lui, par suite d’une maladie mortelle, conjoncture propre à
engendrer la mélancolie. (p. 24)
-Maladie du deuil et psychose
maniaque-dépressive : deuils non faits par la famille.
Sans être exclusif
d’autres facteurs, le deuil pathologique apparaît jouer un
rôle important dans la genèse de troubles mentaux variés :
dépressions, (hypo)manie, mélancolie, sensations corporelles
bizarres, conduites mimétiques d’un
défunt, kleptomanie, fétichisme, alcoolisme et maladies
organiques dites psychotiques.
En dehors de ces périodes
troublées, le deuil pathologique peut être muet, mais
les patients souffrent habituellement d’un manque d’appétit
de vivre et d’aimer ainsi que d’un déficit de leur
créativité (p. 34).
Chapitre 2 : la dame au requiem.
Une vraie enquête de
détective.
La crypte ouverte et son inscription déchiffrée,
pour que l’identification endocryptique de la
patiente se dissolve vraiment, il reste à satisfaire symboliquement
l’exigence du Requiem. Comprendre tout, même
l’intolérable. Ne condamner aucun des protagonistes du drame
mais aider la patiente à les comprendre (p. 49).
La patiente aura aussi à faire
le deuil de l’éducation difficile qu’elle a proposé
à ses propres enfants, dont elle constate les problèmes
névrotiques. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle
pourrait réussir sa vie de grand-mère, comme elle le
souhaite, après avoir eu une vie de femme et de mère aussi entravées
jusqu’ici (p. 49).
Chapitre 3 : Les enfants
survivants de famille victimes du génocide.
Denise Baumann
Le savoir, associé au
refus de connaître, interdit le travail du deuil (p. 54)
DB revit par la pensée le
calvaire de ses chers disparus, ce qui la différencie des patients qui
éprouvent répétitivement, sans y penser, les
symptômes perçus autrefois, ou imaginés, de l’agonie
de leur objet d’amour perdu.
Dans le premier cas, la limite de la
zone clivée du Moi est perméable, le processus
d’introjection achoppe, mais se poursuit néanmoins (p. 55).
Je
ne lui ai pas dit au revoir, Claudine Vegh.
Certains survivants semblent enfin
éprouver des difficultés particulières dans la mesure
où ils avaient une relation difficile avec le parent disparu. Dispute
juste avant, signes d’affection non manifestés (p. 57).
Pour ceux dont
l’héritage culturel juif et l’héritage affectif familial
n’ont pu être suffisamment transmis, le fait
d’être juif peut ne garder pour toute signification qu’un
danger de mort permanent (p.58).
Bettelheim : ce dont on ne peut
parler, c’est aussi ce que l’on ne peut apaiser ; si on ne
l’apaise pas, les blessures continuent à s’ulcérer de
génération en génération…
Après une telle
dépossession, pour être capable de faire face à la
vie, il est nécessaire d’avoir abord pleuré ce qu’on
a perdu… (p. 59)
Chapitre 4 : Crypte et
création littéraire dans l’œuvre de Romain Gary.
Fixation psychique à la
mère (p. 69).
Absence totale du père et
silence de la mère sur ce dernier.
Deuil non faits chez la mère.
Lien mixte d’amour et de honte :
condition d’un caveau de fixation qui se transformera en inclusion au
sein du Moi à la mort de la mère.
Nicolas Abraham et Maria Torok nous
ont appris que ce lien ambivalent fait à la fois d’amour et de
honte disposait à la mélancolie (E.N. p. 307).
Un deuil non fait entraîne
l’impossibilité d’accomplir d’autres deuils à
venir (p. 70).
Chapitre 5 : Du deuil à
la mélancolie.
Karl Abraham et Freud
Dès 1897, Freud
émet l’idée que l’hystérie aussi bien que la
mélancolie puissent être des manifestations de deuil pathologique
succédant à une perte plus ou moins récente (p.79).
En 1911, K. Abraham affirme
l’existence d’une analogie entre l’angoisse et la
dépression, et entre la peur et le deuil… Nous craignons un
malheur à venir, nous sommes en deuil d’un malheur réalisé…
(p. 80)
K.A. : les états
mélancoliques succèdent très régulièrement
à un événement auquel la constitution psychique du sujet
ne peut faire face. Cependant, un événement actuel de ce genre ne
suffit pas par lui-même à déclencher un trouble de
l’équilibre aussi grave… (p. 80)
La mélancolie livrerait de
multiples combats entre amour et détestation/répulsion, voire
entre attachement et haine, dans le système inconscient. Freud
utilise l’image d’une plaie ouverte, qui aspire autour
d’elle toute la libido de contre-investissement.
Abraham résume les conditions
de l’apparition de la mélancolie (p. 84)… Il note que
la répétition est plus nette chez les maniaco-dépressifs
que chez tous les autres patients.
Deuil et dépression chez
Mélanie Klein
Les nourrissons et les jeunes enfants
éprouvent des deuils et des phases de dépression et que leur
manière de réagir est déterminante à la
manière par laquelle, plus tard dans leur vie, ils réagiront
à de nouvelles pertes (p. 87).
Le cas Marie de Daniel Lagache
L’identification au mort est
une tentative pour apaiser la culpabilité de vivre et maintenir la
relation avec le mort…
Le travail de deuil est un travail de
dégagement : il est accomplissement ; il n’existe plus
de confusion entre le mort et le survivant. C’est pourquoi, il est si
difficile. Il prend une forme pathologique dans le cas où, comme
chez Marie, la personnalité ne s’est jamais dégagée
de la mère tant intérieure qu’extérieure. [o. c. p. 28]
(p. 91).
Chapitre 6 : théories
psychanalytiques du clivage du moi.
Réflexion sur les
difficultés rencontrées au cours du processus du deuil.
Noyau de la maladie du deuil.
1) La régression vers le
mécanisme de la satisfaction hallucinatoire du désir. (p.92)
Il s’agit d’une satisfaction
fantasmatique (fictive) du désir de poursuivre la relation, avec
étonnement et honte à ressentir une certaine excitation sexuelle
(vécu du survivant).
Condamnation et refoulement
immédiat.
2) Une relation singulière
dont la perte fait vaciller le survivant.
« En
dehors des cas où un objet d’amour parental indispensable à
l’enfant, disparu prématurément, n’a pu faire
l’objet d’un travail de deuil et n’a pu être
convenablement remplacé, la plupart de mes observations concernent des
patients dont l’objet d’amour perdu n’avait pas permis
antérieurement à sa disparition l’intégration par le
moi de l’enfant de l’ensemble des désirs
échangés avec lui, que ce soit par son absence, sa
carence, son emprise ou sa séduction. » (p. 94)
3) Le trauma psychique.
- La séduction sexuelle de
l’enfant par l’adulte n’est pas rare. Ce qui est
traumatique, c’est autant la séduction sexuelle par
elle-même que l’attitude de l’adulte séducteur. (p.
95)
- Parent qui s’absente ou
présent sans s’intéresser à l’enfant.
- Amour excessivement passionné
du parent pour l’enfant.
4) Le deuil comme trauma
Dans le (ou les) moment(s)
traumatique(s) de la relation, l’Imago
de fixation s’est constituée en dépositaire d’un
espoir : l’objet investit d’un tel rôle identitaire ne « devrait
jamais mourir ». Le prisonnier projette l’imago de fixation
sur une autre personne avec laquelle il espère maintenir en vie la ou le
disparu(e).
L’élu(e) ne sera pas
conforme à ce qu’attend le sujet. Leur séparation, ou sa
disparition, provoquera un effondrement, « bien qu’il s’agisse d’une perte seconde
par rapport à la problématique initiale ». (p. 96)
5) Du moment de la perte
Dilemme sans issue : renoncement
mortel ou triomphe fallacieux. La régression permet ce dernier « en substituant à la
chose le fantasme, au processus d’introjection l’incorporation
magique instantanée ».
Portée du processus
d’introjection et fantasmes d’incorporation.
1) Evolution des notions
psychanalytiques
« Nicolas
Abraham (E.N., p. 123 et 260) a repris la proposition de Ferenczi qui
faisait de la projection et de l’introjection les deux processus
fondamentaux de la dynamique psychique, a la fois constitutifs du
psychisme et assurant son fonctionnement. En revanche, l’incorporation et
l’identification sont des activités fantasmatiques. » (p. 97)
2) La portée de
l’introjection.
« L’introjection
est progressive. Elle opère au grand jour, son instrument principal
étant la nomination. Son terme met fin à la dépendance
à l’égard de l’objet médiateur. » (p. 98)
3) Le deuil impossible et le blocage
de l’introjection
L’introjection des pulsions et
des désirs n’a pu se réaliser suffisamment avant la perte,
qui agit comme interdit. La disparition constitue un obstacle insurmontable
pour la poursuite du processus d’introjection. Le sujet va avaler
fantasmatiquement l’innommable, la « chose »
elle-même, l’objet d’amour perdu. (p. 99).
4) Mise en œuvre des fantasmes
d’incorporation.
L’incorporation opère
secrètement, elle réalise l’installation de l’objet
prohibé à l’intérieur de soi.
a)
L’incorporation sur le mode de la représentation.
b)
L’incorporation sur le mode de l’affect.
Sensations, émotions, sentiments, anesthésie
affective.
Vide, désert
intérieur et extérieur. Honte de ne plus avoir de ressources
affectives pour ses proches.
c)
L’incorporation sur le mode du comportement. (p. 100)
Conduites
incongrues.
d)
L’incorporation sur le mode de l’état corporel.
Maladies
physiques, troubles hépato-digestifs, sensations bizarres.
e)
L’objet incorporé comme monument commémoratif.
Lieux, date, circonstances (p. 101)
« Les
manifestations cliniques patentes des fantasmes d’incorporation se
produisent électivement lors des dates ou des périodes
anniversaires où à l’occasion d’une nouvelle perte
d’objet. » (p. 102)
f)
Le secret.
Les souvenirs
ne sont pas disponibles : le sujet « n’y pense
pas ».
5)
Échec des fantasmes d’incorporation et maladie somatique
Les fantasmes
d’incorporation se sont révélés insuffisamment
efficaces.
Tendance
à repousser vers une périphérie une souffrance affectant
le noyau du psychisme.
« Les symptômes ne peuvent
être interprétés directement par rapport au sujet, ils
ne prennent sens que par rapport au mort incorporé ». (p. 103)
6) Les
fantasmes d’incorporation comme langage.
« L’incorporation a
l’introjection comme vocation nostalgique. » (p. 104)
Point de vue économique
(l’excès de souffrance).
Point de vue dynamique (le blocage de
l’introjection).
Point de vue topique (moi
clivé).
Les clivages du Moi.
1)
Clivage du moi, mise en latence du deuil
Le maintien en
soi de la personne disparue (et de l’ensemble des vécus
relationnels avec elle) est un processus nécessaire pendant le travail
du deuil. Il s’agit d’un clivage fonctionnel passager, qui permet
par exemple de continuer à s’investir dans les activités
quotidiennes.
2)
Cryptes (p. 105)
« Une
crypte au sein du moi résulte de la perte d’un objet
narcissiquement indispensable. » La mort ne peut « même pas s’avouer
en tant que perte à cause d’un secret partagé
antérieurement » entre le défunt et le patient.
Abraham et Torok (E. N., p.
266) : « Tous les mots
qui n’auront pu être dits, toutes les scènes qui
n’auront pu être remémorées, toutes les larmes
qui n’auront pu être versées seront avalés, en
même temps que le traumatisme… »
(E. N., p. 267) : « Pas de crypte qui n’ait
été précédée d’un secret
partagé, d’un secret ayant déjà, au
préalable morcelé la topique… »
3)
Inclusions au sein du moi (p. 109)
Inclusion = clivage du moi important
(sans qu’un secret relie le patient au défunt). Le sujet est
inconsolable. Cas des deuils précoces pour l’enfant ou des deuils
entravés par l’environnement.
4)
Particularités des cryptes
a)
L’identification « endocryptique » :
ce mécanisme consiste à échanger sa propre identité
contre une identification fantasmatique à la
« vie » d’outre-tombe d’un objet perdu.
b)
Variétés
de cryptes.
« La perte de la mère, sans que
l’enfant soit aidé à faire son deuil et sans qu’elle
soit convenablement compensée, peut entraîner la
mélancolie sans qu’il ait eu de secret relationnel
particulier. » (p. 110)
c)
Dynamique de la crypte et mots magiques. (L’homme aux loups
et l’homme au lait.)
d)
Le fétiche : objectivation du symbole brisé.
Il vient compenser la perte de l’idéal ainsi que
l’agressivité (refoulée) à faire irruption et
à dénoncer la scène incestueuse ou illégitime dont
il a été exclu. Le fétiche agit le mot caché du
désir…
5) Psychanalyse
et langage.
« Le
symbole psychanalytique est le noyau du discours vivant où
représentations verbales, images visuelles et autres, affects
et potentialités d’actes sont inclus. » (p. 116)
Chapitre 7 : Psychanalyse et
psychothérapie psychanalytique des maladies du deuil.
Il s’agit de la cure d’un
patient singulier avec un psychanalyste singulier (p. 117).
« La psychanalyse en
général, à plus forte raison le cheminement de tels
patients suppose la levée de deux préjugés courants.
Le préjugé de l’archaïsme : l’importance
capitale des premières années de la vie, découverte par S.
Freud et Mélanie Klein, n’implique pas que ce qui advient
ultérieurement dans le psychisme ne puisse avoir une grande importance.
Le préjugé du ’’sujet supposé
savoir’’ : les convictions du psychanalyste ne doivent pas lui
faire oublier que les éléments généraux que
l’on retrouve dans toute psychanalyse ne sont découverts
qu’au décours de l’expérience singulière qui
naît du discours de chaque patient. » (p. 119).
En face à face, pour une
attention soutenue, une attention pour deux (p. 121).
Abraham et Torok [vhl,
p. 91] : « La
première incorporation attire les autres comme l’aimant happe la
limaille de fer » (p. 122).
Lors de l’ouverture de la
crypte, le grand danger est que l’objet soit condamné par le psychanalyste…
(p. 125). Puisque mon thérapeute ne nous comprend pas mieux que les
autres, nous n’avons qu’à disparaître (p. 126).
Le transfert présente trois
particularités importantes :
- Que
l’analyste accepte l’idée d’être faillible
comme praticien et comme être humain [cf. Lagache p. 89]
- L’aptitude
de l’analyste à se sentir l’enfant qui est en cause
dans ces cures.
- L’attention
aux bizarreries et à leur répétition, pouvant guider
vers les contenus encryptes (p. 127).
« La
brisure de symbole propre à la crypte nous amène à
être spécialement attentifs aux phrases bizarres, aux mots et aux
fragments de mots (syllabes) répétitifs qui pourraient nous
guider vers des contenus encryptés. » (p. 128)
Conclusion
« Mon
expérience m’amène à penser que les deuils
pathologiques constituent la majorité et le noyau dur des
dépressions rencontrées en psychiatrie. » (p.
131)
Il n’est possible de parler de
deuil d’amour que si l’être humain a d’abord
reçu l’amour et de perte d’un objet que s’il a
d’abord pu être intériorisé comme
tel, différencié du sujet qui en porte la
représentation en lui.
La capacité de répondre
favorablement à une perte ne se développe que lentement au cours
de l’enfance et de l’adolescence. Elle n’est peut-être
jamais aussi complètement acquise que nous voudrions le croire.
Les deuils pathologiques comportent
trois variétés : l’excès des réactions émotionnelles
à la perte dans le sens dépressif, la manie de deuil et
l’absence plus ou moins prolongée d’un deuil conscient. « Ils reposent sur la croyance
plus ou moins nette que la perte n’est pas permanente et que des
retrouvailles sont possibles dans ce monde. » (p. 133)
Du point de vue de la
personnalité, on relève :
- la tendance aux liens anxieux et
ambivalents,
- la tendance à soigner
compulsivement autrui,
- la tendance à affirmer son indépendance
de tout lien.
Claude Nachin ne pense pas
qu’un thérapeute puisse repérer et soigner une maladie du
deuil « sans qu’une psychanalyse personnelle lui ait donné
accès à ses propres modèles représentatifs ».
Pour Bergeret, la place des dépressions
est intermédiaire entre névroses et psychoses (p. 134).
Trois questions reviennent
souvent : celle du rôle de l’événement, celle de
la place de la vie fantasmatique et celle de la conduite psychanalytique au
cours de la cure.
- L’événement :
tout dépend de ce qui est advenu dans le psychisme (p. 136).
- Le
fantasme a une fonction conservatrice de l’équilibre des
instances psychiques à un moment donné. Deux modalités
s’opposent. « D’un
côté, la vie fantasmatique riche et mobile d’un sujet [en
relative bonne santé] constitue une aire de jeu mental qui le
prépare à ses activités… D’un autre côté,
des scénarios fantasmatiques figés - tels ceux des deuils
pathologiques- qui n’expriment la réalité psychique
que d’une manière détournée et qui
s’opposent aux remaniements mentaux que la vie
nécessite. » (p. 137)
- La dynamique de cure : le psychanalyste
n’est ni Dieu ni superman. Il est très important de poser des
questions, de demander des précisions… Accepter la position
de transfert filial (p. 138).
La question de la séparation
« Tintin,
séparé de Milou se représente la tristesse de Milou
séparé de lui : une élaboration psychique passe ainsi
par la possibilité pour l’un de s’imaginer la douleur de
l’absent consécutive à la séparation. Par la suite,
la douleur de la séparation sera reconnue par un tiers, ce qui renvoie
à l’importance de l’entourage familial, amical et
communautaire pour les endeuillés. » (p. 134)
« A
un an, le bébé est simplement triste d’être
séparé provisoirement de sa mère, à condition de
porter la représentation psychique inconsciente d’une mère
attristée de leur séparation à tous deux et portant
elle-même la représentation de son bébé et de la
tristesse de ce dernier. Si cette double empreinte d’une mère
manquante de son bébé manquant d’elle n’est pas
pleinement acquise, le circuit antidépressif primordial n’est pas
assuré… [Fréquemment,] la mère est endommagée
par des soucis sentis mais inconnus du bébé. Le
bébé peut bien imaginer sa mère manquant de lui, mais il
ne peut imaginer place en elle pour la marque de son chagrin à
lui. » (p. 139)
« Le
temps de notre vie est irréversible, mais chaque étape apporte
son lot de possibilités, de joies et de peines, les unes
remédiant aux autres. La contradiction entre l’aspiration de
l’esprit humain à l’illimité, et les limites propres
à chaque sexe et à chaque période de la vie, rendent bien
compte de la névrose commune comme Freud l’a découvert. Le
renoncement à une partie de nos constructions imaginaires n’est
pas si difficile quand il est gage de la découverte de nos
possibilités réelles. » (p. 140)
« Les
malades du deuil nous apprennent que le traumatisme psychique entraîne
une activité fantasmatique particulière, tandis que le libre jeu
fantasmatique du sujet en bonne santé s’en trouve amputé. Le
point fondamental, c’est que le trauma brise le symbole et qu’en
trouvant le chemin de la reconstitution du symbole nous pouvons reculer les limites
de l’activité thérapeutique psychanalytique. » (p. 141)
Fiche de lecture
réalisée par Barbara Hubert (janvier 2009).