L’inconscient – Qui suis-je sur l’autre scène ?

"L'inconscient ? Je propose de lui donner un autre corps parce qu'il est pensable qu'on pense les choses sans les peser, sans les penser, il y suffit des mots ; les mots font corps, ça ne veut pas dire du tout qu'on y comprenne quoi que ce soit. C'est ça l'inconscient, on est guidé par des mots auxquels on ne comprend rien. On a l'amorce de ça quand les gens parlent à tort et à travers, il est tout à fait clair qu'ils ne donnent pas aux mots leur poids de sens."

Jacques Lacan, Intervention à Bruxelles, 1981.

Les manifestations de l’inconscient surgissent à l’improviste par des lapsus, oublis, actes manqués ou dans les rêves. Saverio Tomasella rappelle que bien avant Freud de nombreux philosophes, poètes, artistes… ont parlé, à leur façon, des réalités de l’inconscient.

Comment définir l’inconscient ? Quel est son rôle dans la pratique de la psychanalyse ? Pourquoi refoule-t-on ? Quels sont ces fantasmes et ces pulsions qui peuplent notre inconscient ?

Dans la deuxième partie, l’auteur dégage les lignes de force de ce concept central de la psychanalyse, chez Freud bien-sûr mais aussi chez Lacan et Dolto.

Pour Freud, l’inconscient est la réalité psychique. Il désigne un lieu, un espace intérieur où sont entreposés des souvenirs, des fantasmes, des fantaisies, des vœux, des désirs auxquels l’individu n’a pas accès, car certaines « résistances » s’y opposent. L’inconscient est présenté comme une réserve, dans laquelle le sujet repousse tout ce qui le gêne ou scandalise sa conscience.

Si Sigmund Freud ouvre la voie, c’est Jacques Lacan qui apporte à l’inconscient « structuré comme un langage » une légitimité incontestable, puis Françoise Dolto une passerelle entre corps et pensée avec son « image inconsciente du corps ».

Saverio Tomasella rappelle que d’autres continuateurs de Freud comme Klein, Ferenczi, Winnicott, Abraham ou Torok ont également contribué à enrichir les recherches sur cette « autre scène ». Une scène à la fois musicale, poétique, éthique et créative.

Enfin, cet ouvrage donne des pistes pour lire les messages ou les signes que nous adresse notre inconscient, afin d’explorer ce réservoir formidable de créativité

Plan de l’ouvrage

Du comptoir au divan - Usage courant de la notion abordée.

Allons un peu plus loin - Comprendre les fondements et les mécanismes de la notion.

En pratique ! - Pour ne pas en rester au constat mais passer à l’action.

 

La constitution de l’être, Marie-Claude Defores et Yvan Piedimonte, Bréal, 2009.

Cet ouvrage récapitule le parcours clinique et théorique des deux auteurs, psychanalystes. Marie-Claude Defores et Yvan Piedimonte proposent une vision globale de l’être humain, de sa constitution âme-corps-esprit, de son inscription dans le référentiel humain et de son processus d’incarnation. Ce processus peut être entravé par un environnement niant l’âme, en barrant le chemin vers la connaissance ou détournant l’esprit en froide logique intellectuelle, voire technique. Ils en donnent une illustration à travers le mythe du Minotaure. Ils offrent une lecture symbolique du labyrinthe fatal (monde de la perversion et de la haine dans lequel l’autre est chosifié et l’humain nié) et du fil d’Ariane (lien d’amour et de mémoire), qui « représente la pensée et la conscience, c’est-à-dire l’accès à l’esprit ».

Ainsi, l’avènement du sujet ne peut s’accomplir qu’en délaissant les mensonges des consensus sociaux, quels qu’ils soient, en repérant le filtre qu’ils mettent en place, bloquant l’être dans des représentations fantasmatiques communes, pour accéder aux possibilités infinies du signifiant, à travers la métaphore, l’ellipse et la métonymie : nombreuses facettes des processus d’élaboration. Ce parcours de symbolisation est illustré par leur interprétation du songe biblique de l’échelle de Jacob. Les échelons manquant sont les rêves du patient,  survenant progressivement au fil des séances : leur interprétation avec le psychanalyste permet de « convertir les images du rêve en pensée ». L’évolution vers la « connaissance intime » est alors favorisée par un engagement mutuel, alliance de travail entre le psychanalyste et son patient, tous deux à parité, malgré la dissymétrie de leurs places.

Les auteurs proposent une conception du traumatisme qui renouvelle en profondeur l’écoute psychanalytique. Le trauma correspond à l’éviction du registre symbolique, qui est celui du « sujet connaissant ». Les familles évoluant en référence au matérialisme et à la perversion nient la dimension symbolique de l’être et exigent de leurs enfants qu’ils évincent pour eux-mêmes la possibilité d’accéder à la connaissance en se fondant sur leurs perceptions. Ainsi, émerger de l’empreinte imposée par le traumatisme implique certaines traversées, celles de l’anesthésie et de la dissociation, puis celles de la douleur et des automatismes, pour donner mémoire et signifiance à leurs vécus jusqu’alors désolidarisés du référentiel humain des lois symboliques. Enfin « sujet de ses perceptions », le patient devient « sujet de son énonciation », donc de son désir : il peut exprimer librement sa pensée singulière, accomplir des « dons de conscience » et aimer selon son cœur…

Saverio Tomasella