Gisela Pankow

 

Gisela Pankow

 

Structure familiale et psychose

(Aubier Montaigne, 1977)

Corps et symbole

« Comment le corps vécu peut-il être atteint par la parole ? Secret du langage qui contient les premières expériences du corps vécu. » (p. 14)

« Un symbole ne devient chargé de sens que pour autant qu’il concerne l’histoire vécue du sujet. » (p. 16)

« Ce qui importe avant tout dans la psychothérapie, c’est de savoir comment un être humain vit dans son corps, ou mieux, comment il le vit. » (p. 19)

« Dans la psychose, il n’y a pas de roman familial, car la désagrégation de l’image du corps s’accompagne simultanément d’une perte de la relation historique du sujet. » (p. 20)

 

Image du corps et objet transitionnel

« Un phantasme, c’est-à-dire comme une image entièrement spécifique, image non aveugle porteuse de savoir en tant qu’elle situe le désir humain. » (p. 21)

« Au lieu de chercher à interpréter le refoulé de prime abord, Balint et Winnicott ont essayé de trouver un accès au domaine » de ce qui n’est encore pas représentable. (p. 22)

« En ce qui concerne la clinique, je m’occuperai moins de l’intégration temporelle des phénomènes transitionnels que du point dans l’espace qui intéresse et englobe la  symbiose entre la mère et l’enfant. […] L’objet transitionnel n’est pas un objet internalisé. […] Il n’est pas question de trouver une interprétation du refoulé, puis qu’il s’agit du non représenté. C’est pourquoi j’aborderai le non représenté par une dialectique de la structure de l’espace, ceci pour le rendre représentable. » (p. 22)

« La différence entre la névrose et la psychose consiste en ce que des structures fondamentales de l’ordre symbolique, qui apparaissent au sein du langage et qui contiennent l’expérience première du corps, sont détruites dans la psychose, alors qu’elles sont simplement déformées dans la névrose. » (p. 26)

« La première fonction de l’image du corps concerne uniquement sa structure spatiale en tant que forme, c’est-à-dire en tant que cette structure exprime un lien dynamique entre les parties et la totalité du corps. » (pp. 26 et 27)

« La deuxième fonction permet de saisir, au-delà de la forme, le contenu et le sens même d’un tel lien dynamique. Cette seconde fonction de l’image du corps ne concerne plus la structure comme forme mais comme signification. L’image comme représentation ou reproduction d’un objet, ou même encore comme renvoi à autre chose, joue un rôle considérable. » (pp. 26 et 28)

Avec les malades psychotiques et psychosomatiques, « j’ai abandonné la recherche du refoulé et j’ai tenté au contraire de réparer des structures cassées à partir des zones de destruction elles-mêmes et de leurs débris de structures symboliques. C’est pourquoi j’ai essayé de mettre au point un accès dynamique à la psychose, c’est-à-dire que j’ai tenté de développer une dialectique dans un monde de fragmentation. Il s’agit d’opérer une fusion de fragments ; pour qu’une telle fusion soit stable, il est nécessaire de choisir des fragments qui concernent le corps vécu. […] Les fonctions symbolisantes nous donnent accès à des catégories qui sont plus originaires et fondamentales que celles du dedans et du dehors, qui impliquent les notions de la limite et de la surface. Ce sont justement les notions de la limite et de l’accès à la surface qui nous occupent dans ce travail. » (p. 30)

« Les troubles proviennent de la manière d’être dans le corps. Si nous arrivons à saisir une dynamique dans l’espace du corps vécu, l’accès à l’autre pourra être mis en route à partir des conflits du champ spatial. » (p. 32)

« L’espace potentiel de Winnicott est cette zone intermédiaire qui trouve sa place entre la réalité psychique interne et le monde externe tel qu’il est perçu par deux personnes en commun. Dans la symbiose, les relations objectales se spatialisent : l’autre qui pourrait être aimé devient espace, enveloppe sécurisante. » (p. 43)

« La technique psychanalytique que Winnicott utilise est le jeu, c’est-à-dire cet espace non érotique entre la symbiose et la séparation. Il s’agit de trouver un repère, une greffe, pour déclencher un processus de symbolisation. » (p. 45)

« Toute modification de l’espace dans lequel se meut le patient entraîne des changements parfois spectaculaires. » (p. 47)

 

Image du corps et structure familiale

« Depuis des années, j’ai pu mettre en évidence que des zones de destruction dans l’image du corps des psychotiques et certains malades psychosomatiques correspondaient aux zones de destruction dans la structure familiale de ces malades. » (p. 48) Le corps familial pathologique.

« Le délire se présente, d’après Freud, comme un processus de défense contre une réalité que le malade ne peut pas et ne veut pas reconnaître. » (p. 50)

Carence de la vie onirique et insomnies « meublées par une activité phantasmatique de type opératoire où dominent des représentations utilitaires et actuelles. » (p. 57)

 

Structure familiale et psychose hystérique

« J’ai mis l’accent sur le rôle du père en tant que père faible et pervers. Le père du malade schizophrène n’est pas accessible par une dialectique, car le processus a détruit le registre symbolique et donc la place du père. Le schizophrène n’a accès ni à l’image paternelle, ni à sa fonction spécifique. […] Le père pervers et faible crée des zones de destruction dans la vie affective de ses enfants – filles et garçons -, parce qu’il est incapable d’accepter son rôle sexuel et génital. » (p. 127)

 

Structure familiale et maladies psychosomatiques

Dissociation du corps vécu (p. 149)

« Le symptôme correspondait à une lacune : à une zone de destruction dans le registre du désir. » (p. 150)

« C’est la dialectique de l’espace qui permet, au niveau pré-conflictuel, de réparer les zones de destruction qui avaient provoqué une somatisation. » (p. 156)

« L’espace potentiel permet de mettre en route le processus de symbolisation. » (p. 157)

La dynamique familiale et ses interrelations symbiotiques. (p. 163)

Relaxation  (training autogène de Schultz) : exercice de détente et de développement des perceptions du « corps ressenti » (p. 167)

 

La dynamique de l’espace et le temps vécu

« La rencontre est autre chose que le marché des conflits ; la rencontre a besoin d’un registre qui touche à l’être. » (p. 176)

Camp de concentration : « Le prisonnier quitte son corps vécu pour se réfugier dans le monde des choses, où le temps est arrêté. » (p. 181)

« Dans la rencontre avec le malade psychotique, il est parfois possible de le faire sortir du monde de l’être où il se réfugie, pour lui donner accès à un mouvement de son corps vécu. Ainsi, le temps vécu devient le temps pour retrouver les limites de son corps. Une fois les limites du corps reconnues, il est possible de se différencier de celui qu’on n’est pas – au niveau du corps -, ainsi l’identité du sujet, le sens du vécu dans les limites de son corps, peut s’établir. » (p. 184)

Faille dans le corps vécu.

Le modelage exprime le corps réel tel qu’il est vécu. (p. 191)

« J’ai appelé phantasmes de tels champs dynamiques articulant la dialectique entre parties et totalité. » (p. 193)

« Une fois repérée la faille, la malade a pu retrouver les limites de son corps vécu. Le temps vécu l’amena à son identité et ainsi à sa propre histoire coupée auparavant par un hiatus qui était une zone de destruction de sa dynamique spatiale. » (p. 194)

« Retrouver les limites du corps du sujet, ce qui lui permet de retrouver son identité et son histoire. Ainsi le temps vécu devient le temps nécessaire pour retrouver les limites de son corps et avoir accès à son histoire. (p. 195)