La jouissance du tragique
Patrick Guyomard
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Cet ouvrage très dense
porte un regard critique sur la théorie du désir de Jacques
Lacan. Guyomard y dénonce un
certain goût pour le tragique.
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Lacan pose le statut éminemment
éthique de la psychanalyse, loin des bons traits de la
méthode (neutralité de l’analyste, non–intervention
dans la vie de l’analysant, refus que le psychanalyste soit un directeur
de conscience…).
La psychanalyse ne se maintient qu’à la mesure de la place
donnée à la vérité du symptôme. Cette
limite qu’on ne peut franchir sans porter atteinte au sens même de
l’humain, est nommée et défendue par les psychanalystes
face à tout système qui exclut la question du sujet.
L’inconscient comme concept n’est que le nom en acte de cette
limite où se fonde le lien de désir et de parole.
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Etre psychanalyste correspond à une
identité de parole et de position. C’est être responsable et
répondre de l’inconscient au moment même où le
transfert est assumé. En fait, s’il n’est pas difficile de
devenir psychanalyste, il est difficile de le rester. L’identité
du psychanalyste ne s’appuie pas sur des identifications mais sur
son désir. C’est autant rester à sa place que rester
désirant.
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Au
préalable, faisons la distinction entre besoin, désir et
demande. Le besoin est l’héritage de notre condition animale
qui a des obligations biologiques. Le bébé a faim. Sa mère
satisfait ce besoin par le sein et il ne souffre plus. Aussi sa mère
donne à l’enfant un « en plus »
d’amour en le caressant, le baignant de son regard et lui parlant. Ce qui
amène l’enfant à découvrir la demande et le
désir. Si le besoin a un objet, la demande n’en a plus
puisqu’elle vise cet « en plus » d’amour. Le
lait porte la valeur du désir de celui qui le donne. Toute sa vie
l’individu cherche à retrouver ce moment de non-frustration :
c’est l’énergie libidinale, un mouvement qui ne
s’arrête pas. Le désir est propre à
l’espèce humaine.
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Lacan disait « le désir est le
désir de l’Autre ». Le désir a deux traits
essentiels : son caractère subtil qui le distingue du besoin et son
trait de nécessité vitale pour le sujet parlant. Lacan affirme
que la satisfaction du désir réside dans la reconnaissance par
l’autre au travers du langage et non dans le réel Quand Lacan
parle de grand autre, c’est pour mettre en avant que le sujet est
déterminé par l’ordre symbolique. L’Autre est
l’ensemble de ce qui n’est pas soi, c’est un lieu à
l’extérieur qui n’est pas assimilable à autrui. Le
désir implique l’Autre. Dans la cure, l’analyste occupe la
place de l’Autre : lieu où il n’est pas possible
qu’il n’y ait pas de désir, lieu d’une parole attendue
dans le transfert.
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L’être humain est aliéné
par le langage. Chaque mot du fait qu’il est prononcé creuse
la place de ce qui ne se dit pas. Il reste quelque chose d’indicible,
sorte de défaut structural. C’est la coupure signifiante
qu’instaure dans la vie de l’homme la présence du langage.
Aussi tout ce qui nait au langage meurt. Non pas qu’il doive mourir
mais de ce qu’il ne soit que re-presenté sous un mode qui
le fragmente et qui comme sujet de l’inconscient, le rend à jamais
non identique à lui-même.
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Guyomard voit un excès dans le
passage de la conception freudienne des multiples vœux énonçables
et articulables à partir des formations de l’inconscient (ex le vœu
incestueux) au désir comme conception absolue
« Désir pur » (avec un grand D) identifié
à la coupure signifiante.
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Dans le Séminaire 1959-60
l’Ethique de la psychanalyse, Lacan commente la tragédie de
Sophocle : Antigone est la fille d'Œdipe, roi de Thèbes, et de la reine Jocaste. Elle est
ainsi la sœur d'Étéocle, de Polynice et d'Ismène. Créon, son oncle, est le père de
son fiancé Hémon. Après la mort d’Œdipe,
Antigone regagne Thèbes. Polynice est venu avec les armées d'Argos pour
reprendre le trône de Thèbes à son frère
Étéocle qui refusait l'alternance prévue. Les deux hommes
s'entretuent lors d'un combat singulier. Créon, ordonne des
funérailles solennelles pour Étéocle mais interdit
qu’on ensevelisse son autre neveu.
Antigone s'oppose, seule, à cette décision. Elle refuse de s'y
soumettre et donne par loyauté une sépulture à son
frère. Enterrée vivante dans le tombeau des Labdacides, Antigone
met fin à ses jours par pendaison. Hémon, son fiancé, fils
de Créon, se tue sur le cadavre d'Antigone en apprenant sa mort. Eurydice, sa mère, se suicide en
apprenant la mort de son fils. Créon reste seul, anéanti par ces
disparitions successives et aspirant à une mort rapide.
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Le désir d’Antigone a un
objet : son frère Polynice, par lequel est visée la valeur
unique, ce qu’il a d’irremplaçable. « Mon
père et ma mère une fois dans la tombe, nul autre frère ne
me fut jamais né. Le voilà le principe pour lequel je t'ai fait
passer avant tout autre ». Ce qui est, est. La mort de
Polynice dénude le fantasme qui soutient le désir d’Antigone
et le restitue à sa pureté. Lacan identifie la position
imbrisable d’Antigone à la coupure signifiante qui
présentifie la mort. Elle n’est que la sœur de son
frère. Le drame c’est qu’elle s’identifie à la
loi qu’elle se donne, celle de la loyauté à sa famille; il
n'y a plus de place pour autre chose.
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Lacan a une lecture partiale du mythe
dont il faut se dégager. Selon Guyomard, il y a danger
d’identifier la position d’Antigone à la coupure signifiante
du langage parce que cela mène à la confusion entre
l’affirmation d’une liberté qui ne se reconnait de limites
que celle de la mort et l’impossibilité tragique de sortir de
l’inceste en reconnaissant une autre loi que celle de la famille.
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Lacan exalte le désir pur de mort
jusqu’à en faire un modèle pour les analystes. Cette
fascination cache l’éloge dénié de l’inceste.
S’il est vrai que la vie ne vaut rien sans ce qui en fait le prix, que
cette valeur soit ici celle d’un lien incestueux pose problème.
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Guyomard fait valoir toute la dimension
incestueuse du désir d’Antigone. Redoutable conclusion que
Lacan évite. Si Lacan parle d’inceste c’est pour le rejeter
sur la mère. Rien n’est dit du père : Oedipe est
innocenté. Le désir de Jocaste serait criminel et porteur tout
entier de la faute de la vie. Dans un geste étrangement peu analytique,
Lacan identifie au désir de Jocaste la mère, l’origine
exclusive du désastre.
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Antigone enlève par sa mort toute
descendance à la famille des Labdacides. Elle se retire incestueusement
de la transmission de la vie. Elle ne peut s’incarner dans un corps de
chair sinon pour mourir en vierge. Elle n’engendre pas, elle
épouse la mort. Lacan ne voit dans le personnage de Sophocle que la
tragique affirmation d’un refus sans s’interroger sur ce que le
drame d’une mort choisie peut dissimuler d’un autre
drame : Antigone sacrifie
son destin de femme. Elle manifeste l’impossibilité
où elle se trouve de rompre les liens incestueux la retenant
à son père et à son frère, et d’accepter la
liaison du désir aux autres. Le pur désir d’Antigone
n’est que désir d’un Autre purifié de toute alliance
et gardant la pureté de l’inceste familial.
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Fasciné par son héroïsme, Lacan demeure
à l’intérieur du fantasme d’Antigone. Il exalte
la mort choisie et désigne le désir destructeur de la mère
(au prix d’une double impasse sur le désir du père et de la
question de l’engendrement). C’est d’autant plus surprenant
que les récits mythiques traitent des conditions d’abandon.
Œdipe a été un enfant exposé dont les pieds
ont été cloués pour qu’il soit mangé par les
bêtes sauvages au sommet
d’une montagne. Ce geste soumet son existence au jugement du sort. Pour
Freud, les premiers nés représentent une menace pour les parents
et ce sacrifice rituel remplace l’infanticide. Menace incestueuse pour la
mère mais surtout menace de mort pour le père. C’est le
père qui se protège du fils pour écarter le risque
d’être tué par lui.
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On a tiré argument d’une parole
de Jocaste pour émettre l’hypothèse qu’elle savait
qu’Œdipe était son fils. « Ah !
Puisses-tu jamais n’apprendre qui tu es ! ». Jocaste ne
pouvait que choisir entre ne pas avoir d’enfant ou risquer d’avoir
un fils et devenir l’instrument de l’oracle. Son mensonge
n’est pas dissociable du mensonge de la vie, donnée pour
qu’elle soit reprise : toute mère comme tout père
affronte l’impossibilité de dissocier la vie de la mort.
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Freud cherchait dans Œdipe la
vérité des désirs meurtriers et incestueux ;
Lacan trouve en Œdipe la
question des franchissements et de la fin de la psychanalyse. Que se
passe-t-il quand Œdipe sait qu’il ne voulait pas savoir ?
Que désire t-il au-delà de ce qu’il sait de son
désir inconscient ?
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Selon Lacan, le sujet en fin de la
psychanalyse délivré de ses fantasmes, se voit tel Œdipe
dans la ruine du monde qui assurait sa réalité. Coupé de
tout objet par la présence du langage, coupé de toute
identité à lui-même par l’inconscient,
l’individu est confronté au néant et affronte la
réalité de sa condition humaine dans un désarroi absolu.
C’est l’épreuve traumatique de l’impuissance du sujet
que l’on nomme la « déréliction ».
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« Qui s’avancera dans cette
zone s’y avancera seul et trahi » (le
séminaire livre VII pp 353. Cette vision est conforme au destin de
Lacan lui-même dans l’histoire de la psychanalyse (cf.
dissolution de l’Ecole Freudienne de Paris, fondée par Lacan en
1980) « je fonde aussi seul que je l’ai toujours
été dans ma relation à la cause
psychanalytique »
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Sans espoir, n’attendant plus rien des
autres ni de lui-même, Œdipe ne peut assumer son destin qu’en
en reportant le poids chargé de haine sur ses enfants. Quand il
n’y a plus de parole, il n’y a plus de guérison.
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Qu’attend-on de la psychanalyse ?
« Elle vise au passage d’une vraie parole, qui joigne le sujet
à un autre sujet, de l’autre côté du mur du langage.
C’est la relation dernière du sujet à un Autre
véritable, à l’autre qui donnera la réponse qu’on
n’attend pas qui définit le point terminal de la
psychanalyse». On ne peut qu’approuver cette proposition de Lacan.
Le mouvement de l’interprétation du symptôme remet la
vérité inconsciente dans la circulation de la parole.
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Œdipe et Antigone, victimes
d’une « fidélité » à un
désir d’eux mêmes ignoré, finissent par le
reconnaître en voyant où elle les a précipités. Pour
eux, cette loyauté est celle d’un lien incestueux qui les tient.
Le reproche de trahison dont ils tentent d’accabler les autres,
n’est bien souvent qu’une malédiction envieuse envers qui
est sorti de l’inceste. Ils haïssent qui les quittent et maudissent
cet aspect de l’altérité. La vie se poursuit sans eux.
L’orgueil de l’héroïsme est bien le dernier rempart du refus
de l’altérite de l’Autre.
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Il est difficile de distinguer un refus qui
prend acte de ce qu’il refuse et en un sens accepte la castration et un
rejet forclusif qui détruit ce qu’il rejette au point de ne lui
reconnaitre aucune existence. Toute reconnaissance, toute parole s’appuie
également sur ce qui est méconnu et refoulé. L’inconscient demeure et ignore la
négation.
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Dans un premier temps, Lacan traduit la
dernière parole d’Œdipe (ne phusaï) comme
« n’être pas né tel » c’est
à dire aux conditions de sa naissance. Etre de tel sexe et pas
d’un autre, être né de tels parents et pas d’autres,
avoir vécu son histoire et non une autre. Etre né tel,
c’est être soumis aux conditions générales de
l’incarnation : Chair, sexe et histoire. Plus tard Lacan changera
cette traduction en « plutôt ne pas être ».
Ici la négation porte sur l’être comme si le sujet
se raye lui-même.
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Le même paradoxe est à
l’œuvre autour du thème de la malédiction consentie.
Acceptation qui fait la beauté du héros devant son sort. Cette
attitude est proposée aux analystes et crée un paradoxe au moment
où Lacan désigne l’apaisement qu’il est possible
d’atteindre en fin d’analyse. Il en donne un modèle qui
n’est rien d’autre que le déni de toute paix. Lacan se sert
abusivement de modèles héroïques qui contredisent son
discours. Le refus de la jouissance aurait pu instaurer en psychanalyse
d’autres modèles de
transmission. Ici le signifiant de transmission est celui de la
malédiction consentie.
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Œdipe clame son innocence et transmet
intégralement le malheur et refuse à en délivrer ses
enfants. Rien de l’humanisation d’un malheur ne le rapproche
d’un partage avec son entourage. Il perpétue sans la
déjouer la malédiction qui pesait sur lui. Il y a une
différence entre reconnaître un destin (c’est à dire
se situer comme pris dedans) et transmettre ce même destin comme une
malédiction.
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Gyuomard pense que par son
héroïsme Antigone nierait en fait la castration, qui aurait
valu pour elle à accepter d’être femme, à choisir
l’alliance plutôt que la filiation, à s’identifier
à Jocaste plutôt que se jeter dans une identification à son
frère et son père. Du coup, si on attend d’une psychanalyse
de se soustraire à la répétition, il faut en chercher le
modèle ailleurs.
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Dès le début de la
tragédie tout est joué. Antigone met sa vie sous le règne
des morts et tire de ce choix une force indestructible. Elle n’est pas
dans le même espace/temps que Créon et nul dialogue ne peut
s’engager. « Ma vie depuis longtemps j’y ai
renoncé ». Cette quête veut plus que ce que quiconque
peut lui donner : une alliance, la maternité. Son drame
n’a plus rien d’humain.
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Créon voit dans Polynice un autre
Œdipe venu menacer le pays des pères. Il entre avec Antigone dans
un jeu de miroir et s’identifie à son intransigeance. Il est saisi
de la folie d’Antigone. Comme une folie peut être
transférée sur son psychanalyste. Dans un tel transfert,
c’est la réponse de l’analyste c’est à dire la
façon dont il saura se dépendre d’une projection, qui va
décider d’un tour supplémentaire de folie où
analyste et analysant sont diaboliquement pris ; ou à
l’opposé du dénouement d’une répétition
mortifère.
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Antigone nomme en Créon la folie de
l’autre en oubliant de dire que c’est d’abord la sienne.
Créon profère des paroles de possédé où un
nouvel enjeu apparaît : son identité est menacée.
S’il donnait raison à Antigone, il perdrait sa qualité
d’homme et deviendrait une femme. C’est une identification
rejetée. « Qu’on ne dise pas que nous sommes aux ordres
des femmes » il s’enferme un temps dans une opposition
« ne céder jamais » qui l’assure au fond de
lui de rester un homme. Il faudra une parole de Tirésias pour le tirer
de sa folie et dénouer la confusion du mort et du vivant. Elle va lui
rappeler que la loi à laquelle il doit se soumettre (celle
d’ensevelir les morts) n’est pas celle d’Antigone. Créon
est redevenu humain mais trop tard Antigone est morte et son fils se
suicide sur le cadavre de sa fiancée. La mère
d’Hémon se donne la mort. Créon perd tous ses biens.
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Le séminaire de Lacan
s’achève sur une proposition « la seule chose dont
on puisse être coupable, c’est d’avoir cédé sur
son désir » Antigone ne cède en rien sur son
désir comme tout héros tragique (à la différence de
Créon qui finira par céder.) Voilà pourquoi il nous
propose Antigone en modèle. La maxime Lacanienne serait alors
« tu dois parce que tu le désires ». Mais
attention une telle maxime risque de faire croire à la toute puissance
du désir.
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Un tel éloge
n’est pas celui de la vérité mais du pouvoir. Dans la perspective lacanienne, les traits majeurs de l’idéal
livré aux psychanalystes seraient la recherche de la pureté, la
quête de l’absolu, la confusion de la vie et la mort, la folie
comme transmission, le rejet de l’impureté de l’origine, le
refus incestueux de la folie du père, la haine de la mère
porteuse de l’intrication de la vie et de la mort, la négation de
la mort.
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Cependant, la psychanalyse a une origine
éthique qui ouvre une autre perspective que celle de
l’inceste : comme Créon qui ne faisant plus de la folie que
le dernier rempart de son orgueil, laissera se dire comment il en est
arrivé là. Créon est pour Antigone celui qui occupe la
place de l’Autre. Mais il est trop pris lui aussi dans la
nécessité de savoir qui il est, pour faire surgir l’Autre
de l’identité d’Antigone, un Autre suffisamment
énigmatique et ouvert pour se demander à son tour à qui
elle s’identifie.
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Le psychanalyste désire. Cette
évidence reste le ressort de sa parole et de son action. L’énigme
du désir du psychanalyste reste intacte : qu’est ce qui
le fait se vouer, en principe sans bénéfice de jouissance,
à porter pour l’autre la cause de son désir ? Comment
désirer sans faire obstacle à la démarche de l’analysant ?
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Quatre ans après son séminaire,
Lacan modifie sa position. Lacan dira « Le désir de
l’analyste n’est pas un désir pur. » Le
désir pur, lui, est un désir incestueux comme le montre la tragédie
d’Antigone. Elle est traversée par une jouissance secrète
qui entraine la mort et coupe le fil des générations. Cette
purification prend des allures d’absolu dans un drame
d’identité. L’autre versant de la pureté est celui de
la perversion qui borde tout désir. Le désir de mort s’exerce
dans la tragédie de Sophocle dans la destruction de l’Autre (féminin
et maternel).
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Le désir de l’analyste est
inconnu pour l’analysant puisqu’il inclut l’énigme
angoissante du désir de l’autre, de l’altérite
irréductible du désir. Côté analyste, c’est un
désir « averti » qui tient autant à sa
psychanalyse personnelle qu’à ce qu’elle lui a fait
éprouver de l’irréductibilité de
l’inconscient.
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C’est justement parce que le
désir d’Antigone est un pur désir de mort qu’il ne
peut incarner le désir de l’analyste. Le désir de
l’analyste est un désir séparateur, un désir
de différence qui soutient la psychanalyse pour se déprendre de
la répétition tragique. C’est également ce qui a
amené Lacan a faire de son retour à Freud une redécouverte
et non une répétition pure.
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Il n’y a ni bon ni pur désir qui
justifierait que le désir du psychanalyste obéisse à une
norme. La psychanalyse doit se dégager des enjeux d’emprise
et d’identification du transfert. La théorie est aussi faite de
fantasmes qui se transmettent. Que les psychanalystes soient prudents dans
leurs références et soient mis en garde contre les
déchainements meurtriers de la jouissance.
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Freud disait « là
où c’était, je dois advenir » Lacan y voyant
l’impératif de l’éthique de la psychanalyse, le
devoir d’advenir là où était du ça, du sans
sujet, du pulsionnel et de l’inconscient.
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Le premier temps de la psychanalyse est de
poursuivre jusqu’au bout l’enchainement du désir par le
signifiant. Voir comment le signifiant détermine le destin. Pourtant, ce
n’est pas le terme. La psychanalyse n’est pas une école de
la fatalité. Surgit alors la signification d’un amour sans
limites, un amour délivrance non narcissique, distinct du
désir pur (qui pousserait au meurtre et au sacrifice) l’appel
à ce qui se nomme, dans la communauté humaine. Pour que la
psychanalyse puisse vivre, elle doit se dépendre de son propre surmoi
mais aussi de ses fantasmes, en acceptant l’humanisation du
désir.
Christine Paquis
Juin 2009